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Comment fonctionne une salle de shoot ? : Salle de shoot : l'avis de Jean-marie Le Guen

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (12. mars 2013)

Interview de Jean-Marie Le Guen, Député de Paris et Adjoint au Maire de Paris en charge de la santé publique et des relations avec l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Vous êtes favorable au développement des " salles de shoot ", pourquoi ?
Jean-Marie Le Guen : Pour commencer, une petite précision de vocabulaire : nous parlons de « salles de consommation à moindres risques ». Les mots ont leur importance et l’expression « salles de shoot », souvent instrumentalisée, est inappropriée car elle ne correspond pas à ce que sont réellement ces dispositifs.
La situation de la consommation de drogues en France est de plus en plus préoccupante : hausse du nombre de consommateurs de drogues dures (entre 1992 et 2010 le nombre de consommateurs d’héroïne a doublé en France), et développement de la polyconsommation et des pratiques à risques. Il y a aussi l’apparition de véritables « scènes ouvertes » (dans les parcs, les gares, les halls d’immeubles...) fréquentées par des toxicomanes de plus en plus jeunes (la moyenne d’âge de la première injection d’héroïne est de 20 ans) et dans une situation de fragilité sanitaire et de précarité sociale. Dans ce contexte, des réponses nouvelles doivent être apportées.

Qu'est-ce qu'au juste une salle de consommation à moindres risques ?
Jean-Marie Le Guen : Les salles de consommation à moindres risques constituent une réponse pragmatique où l’usager est avant tout considéré comme un patient et au sein desquelles les équipes médicales et sociales travaillent de concert. Elles apporteront d’une part plus de sécurité dans les quartiers concernés ; d’autre part, elles permettront la mise en place d’un accompagnement efficace des usagers de drogues vers les traitements de substitution ou de sevrage. Pour autant, ces salles ne constituent pas une réponse ultime, mais plutôt un outil de plus de la stratégie de réduction des risques. Autrement dit, l’expérimentation de ce dispositif innovant doit naturellement s’accompagner du maintien, voire même du renforcement, des autres dispositifs de prévention, de soins, de sevrage et de stabilisation sociale existants.

Les expériences dans les autres pays européens nous permettent-ils d'avoir le recul nécessaire pour entreprendre ce projet ?
Jean-Marie Le Guen : De nombreuses expériences étrangères, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Canada ou encore en Suisse, ainsi que le rapport scientifique de l’INSERM de juin 2010, démontrent les bénéfices de ces structures en matière de santé publique, de lutte contre l’exclusion et de tranquillité publique. Après un long travail de concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, nous sommes aujourd’hui prêts à expérimenter ce type de dispositifs en France, et en particulier à Paris.

© Jean Marie Le Guen. DR. - Interview de Jean

© Jean Marie Le Guen. DR. - Interview de Jean

La polémique sur les salles de shoot

Suite de l'interview de Jean-Marie Le Guen, Député de Paris et Adjoint au Maire de Paris en charge de la santé publique et des relations avec l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Cela ne revient-il pas à " légaliser " la consommation de substances illégales ?
Jean-Marie Le Guen : Absolument pas. Les salles de consommation à moindres risques, ne servent en aucun cas à légaliser ou faciliter l’accès à la drogue, mais au contraire à favoriser l’accompagnement vers moins de consommation, plus de soins et d’insertion de personnes exclues du système de soins et de protection sociale. Nous ne sommes en aucun cas dans le prosélytisme ou l’incitation à la consommation.
Cette expérimentation concerne une petite partie de la population des usagers de drogues, les plus précarisés, premières victimes des trafics, et n’augure en rien d’une légalisation de la consommation de substances illégales.

Des Parisiens se disent heurtés par l'ouverture de cet espace de consommation de drogues. Que leur répondez-vous ?
Jean-Marie Le Guen : Leurs inquiétudes sont tout à fait légitimes et nous les comprenons. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons entamé un travail d’information et de sensibilisation des Parisiens dans certains quartiers de la capitale. Nous ne pouvons cependant pas rester les bras croisés face à cette situation qui est très choquante.
Chaque jour, des centaines d’usagers s’injectent de la drogue dans l’espace public, dans des conditions d’hygiène catastrophiques, au vu et au su de tout le monde. Autrement dit, ces espaces de consommation de drogues existent déjà dans notre capitale, avec tous les dangers qu’ils présentent pour les riverains.

Alors au final quel est le principal objectif de ces salles de consommation ?
Jean-Marie Le Guen : Ce que nous souhaitons, c’est leur substituer un espace sécurisé et encadré par des professionnels, dans lequel la consommation se fait en circuit fermé. Notre objectif est double : améliorer la situation sanitaire et sociale des personnes concernées et rétablir la tranquillité de notre espace public et des Parisiens. Enfin, il est important de rappeler que la mise en place de l’expérimentation se fera en collaboration étroite avec tous les acteurs concernés et sous le contrôle de l’Etat. Un protocole très strict sera adopté et naturellement nous serons extrêmement vigilants quant au respect de cette réglementation.

Sources et notes
- CHAPPARD P. et al, Salle de shoot Les salles d’injection supervisée à l’heure du débat français, La Découverte, 2013.
- Dominique Demangel, « Salles de shoot » : la remise en cause d’une expérimentation ?, Esprit, Décembre, 2013.


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