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Comment fonctionne une salle de shoot ? : Salle de shoot : l'avis du Dr William Lowenstein

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (12. mars 2013)

Interview du Dr William Lowenstein, addictologue, directeur général de la Clinique Montevideo, spécialisée dans la recherche et le traitement des addictions.

Pourquoi êtes- vous favorable aux salles de consommation ?

Dr William Lowenstein : En tant que médecin, je ne peux que me féliciter de l’ouverture d’une salle de consommation de drogues à moindres risques à Paris, et je l’espère dans d’autres grandes villes françaises où la situation l’impose.
Il n’est pas question d’abandonner la lutte contre le trafic, malgré des résultats plus que décevants des politiques répressives actuelles, surtout en termes de sécurité publique, ni de faire preuve de laxisme vis-à-vis de la dangerosité des drogues, comme l’heroïne ou le crack.
Il s’agit d’aider des citoyens en grande difficulté, de réduire les risques de leur consommation et de leur ouvrir ensuite le chemin du soin. Il ne faut pas confondre guerre contre la drogue et non-assistance à drogués en danger !

Faut-il changer la loi vis-à-vis de la consommation surtout si on ouvre les salles de shoot ?
Dr W. L. : L’intérêt sanitaire et social des stratégies de réduction des risques et des méfaits liés aux drogues est reconnu par le Sénat depuis 2005 et est inscrit dans notre Code de Santé Publique. Donc, nul besoin de changer la loi, du moins pour effectuer une mission de santé publique. Cependant, les politiques et les responsables gouvernementaux pourraient profiter du débat actuel pour clarifier certains aspects législatifs et ainsi mieux informer les Français des bienfaits de telle ou telle mesure de santé publique.

On manque de données épidémiologiques sur la consommation d'héroïne en France et d'évaluations cliniques sur le traitement des personnes dépendantes. Dans ces conditions n'est-il pas hasardeux d'ouvrir des salles de conso ?

Dr W. L. : L’OFDT mais aussi la CNAM et les services de justice, de police et de douane nous permettent de savoir que 280 à 300 000 usagers d’héroïne seraient à soigner ou à aider dans notre pays. Une majorité d’entre eux (170 000 environ) bénéficient déjà d’un suivi régulier grâce aux traitements de substitution opiacés - méthadone et buprénorphine. Ce sont les nouveaux usagers, les plus précarisés, consommant héroïne, crack, alcool, drogues de synthèse etc. qui sont plus difficiles à repérer et étudier. Un des objectifs des salles de consommation est aussi celui-là : améliorer les connaissances épidémiologiques.

Faut-il pour autant en rester là... ?
Dr W. L. : Mon regret est que notre pays ne se soit toujours pas doté d’une Agence Nationale de Recherche sur les Addictions (pour l’épidémiologie, les évaluations cliniques et la Recherche) et d’un Conseil National des Addictions (avec des représentants de la société civile ; pour les questions éthiques et sociales). Nous avons su le faire pour lutter contre le sida : Agence Nationale de Recherche contre le sida (ANRS) et Conseil National du Sida (CNS), dès le début de l’épidémie virale.
Faudra-t-il attendre encore 40 ans, après la loi cadre de 1970, et que les Kalachnikov l’emportent sur les seringues propres, pour structurer au mieux une Politique de Santé des Addictions dans notre frileux pays ?

© Dr William Lowenstein

© Dr William Lowenstein


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