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Les vrais dangers de la cigarette électronique : Les conseils du médecin spécialiste

Publié par : Elide Achille (12. juin 2013)

Interview du Professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue au CHU de la Pitié-Salpêtrière-Charles-Foix, à Paris. Il est un des principaux auteurs du rapport sur la cigarette électronique.

C'est quoi au juste une cigarette électronique ?

Professeur Bertrand Dautzenberg : C’est en fait une « fausse cigarette » comportant parfois à son extrémité une diode simulant une combustion. Elle comprend une cartouche dont la solution s’échauffe au contact d’une petite résistance. Cette cartouche contient du propylène glycol ou du glycérol, des arômes et souvent de la nicotine à des concentrations variables.

La cigarette électronique connaît de plus en plus de succès...
Professeur B. D. : La cigarette électronique (ou la e-cigarette) est disponible depuis 2006, mais depuis 2010, on constate une forte augmentation de ses ventes. De façon globale, elle est a priori beaucoup moins toxique que la cigarette classique, car avec la cigarette électronique, on n’a pas d’inhalation d’oxyde de carbone, ni de particules fines, ni de cancérogènes... Mais cependant, on manque d’informations précises sur son innocuité. La cigarette électronique diffuse de la nicotine, des particules irritantes pour les voies respiratoires... ce qui est dommageable pour un non-fumeur !

Pourquoi les médecins nous alertent aujourd'hui sur la cigarette électronique ?

Professeur B. D. : C’est un produit de plus en plus répandu qui est actuellement vendu dans la grande distribution, dans les supermarchés à côté des bonbons... et que des enfants peuvent acheter. Or ces cigarettes contenant de la nicotine, peuvent engendrer une dépendance... Et le risque est qu’elles deviennent alors un produit d’initiation au tabac pour les jeunes. Une étude a montré que 64% des collégiens parisiens de 12 à 14 ans qui ont essayé la cigarette électronique, n’avaient jamais fumé auparavant...

Les cigarettes électroniques ne risquent pas de faire plus de " mal " que les cigarettes classiques contenant du tabac...

Professeur B. D. : Pour un fumeur, la réponse est clairement non ! En revanche, pour un non-fumeur, il est évident que la cigarette électronique est toxique et risque d’induire une dépendance. Et donc, il faut réglementer leur vente. Ce produit ne devrait pas être considéré comme un produit de consommation courante...

© Professeur Bertrand Dautzenberg

© Professeur Bertrand Dautzenberg

Arrêter de fumer avec une cigarette électronique

Suite de l'interview du Professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue au CHU de la Pitié-Salpêtrière-Charles-Foix, à Paris.

Quels conseils donneriez-vous à une personne souhaitant arrêter de fumer avec une cigarette électronique ?

Professeur Bertrand Dautzenberg : Il est difficile de répondre à cette question, car nous manquons d’études, nous n’avons pratiquement pas d’évaluation sur la cigarette électronique. Comme je le disais, en matière de toxicité, mieux vaut faire l’usage d’une cigarette électronique que de fumer du tabac.
Mais en matière de dépendance, j’ai le sentiment que la cigarette électronique est plus proche des effets du tabac... que des médicaments d’ arrêt du tabac. Elle ne me semble pas une solution très propice au sevrage tabagique. Et aujourd’hui, nul professionnel de la santé ne peut recommander une telle solution pour arrêter de fumer, car aucune étude risque-bénéfice correspondant aux exigences d’un produit de santé, n’a jamais été conduite.

Quelle différence avec un inhaleur de nicotine vendu en pharmacie ?

Professeur B. D.: L’inhaleur de nicotine vendu en pharmacie est un médicament qui a fait l’objet d'études, et il est délivré par un professionnel de la santé.
La e-cigarette est interdite dans certains pays, en passe de devenir un médicament dans d’autres. En France, elle est considérée par défaut comme un « produit de consommation courante » (pour des taux de nicotine « autorisés » au-dessous de 20 mg/ml).
A l’avenir, on pourrait imaginer que la e-cigarette puisse servir au sevrage tabagique si les études prouvent son efficacité. Mais aujourd’hui, on peut s’inquiéter du rachat de sociétés de e-cigarettes par des cigarettiers, et craindre que ces e-cigarettes deviennent alors des produits d’initiation, d’incitation au tabagisme... une réglementation spécifique adaptée s'impose.


Sources et notes
- Rapport et avis d’experts sur l’e-cigarette (Office français de prévention du tabagisme). Mai 2013.

- Communiqué presse ministère de la Santé du 31 mai 2013.

- Recommandation de bonne pratique. Arrêt de la consommation du tabac : du dépistage individuel au maintien de l'abstinence en premier recours, HAS, octobre 2013.


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