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Dépendance à l’alcool : comment en guérir ? : le témoignage d'un patient

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (23. novembre 2016)

Témoignage de Sabine, (ancienne) alcoolique sevrée depuis 20 ans. Elle nous confie son expérience et raconte comment elle a réussi à s'en sortir de son addiction.

Vous dites : Je suis une malade alcoolique qui ne boit plus. C'est comme ça que vous vous définissez ?

Oui. Cela fait 20 ans que je n’ai pas bu un verre de vin. Rien. Pas une goutte d’alcool. Mais, je sais que la maladie est toujours là. Je suis une alcoolique qui ne boit plus. C’est tout. Je sais que je suis en danger. Je le sais tous les jours. Même si l’alcool ne me manque pas... loin de là ! Mais depuis 20 ans, je suis d’une extrême vigilance.

Comment êtes-vous devenue dépendante de l'alcool ?

Je pense qu’il y a plein de raisons personnelles pour tomber dans cette maladie. Sûrement des raisons liées à l’enfance. Au manque affectif dans l’enfance... Au manque de confiance en soi... Cela fait des années que je suis une psychanalyse pour décrypter tout ça. C’est tellement compliqué. Ce que je peux dire, c’est que je suis une femme des années 80. Très active, très libre. Ma vie professionnelle m’a étourdie, pendant très longtemps.
J’étais attachée de presse pour une grande entreprise. Je faisais des journées de 15 heures, 20 heures ! Je bossais tout le temps avec des cocktails, des réceptions... C’était mon job. Alors, je prenais un verre par ci, un verre par là. Pas du gros rouge ! Mais que ce soit du champagne ou du gros rouge, l’effet est le même à la longue. Avec le stress, lié à ce boulot, avec la frime, aussi, qui va avec, j'ai été piégée. C’est stressant, vous savez. J’avais des choses à prouver, professionnellement. Un petit verre, une petite coupe, ça désinhibe. Et voilà.

Je bossais tout le temps avec des cocktails, des réceptions. C’était mon job. ... J’avais des choses à prouver, professionnellement. Un petit verre, une petite coupe, ça désinhibe.

Vous avez vu la maladie venir ?

Non ! Il m’a fallu du temps. En fait, je me suis rendue compte que j’étais dépendante, petit à petit. Je me retrouvais chez moi, le soir, toute seule, crevée, alors je me resservais un petit verre pour mieux dormir. Puis je me suis surprise à me servir un verre, le matin, pour me stimuler. Bref, quand je me suis aperçue que j’étais vraiment malade, il était trop tard. Et après, c’est le cercle vicieux. Je n’étais jamais saoule, vous savez... Jamais. J’étais la seule à savoir que j’étais malade. Jusqu’à ce que ça se dégrade.

Le chemin pour s'en sortir

Personne ne vous a aidée ?

Si. Mes enfants. J’avais un compagnon et j’ai eu deux enfants. Ce sont mes enfants qui m’ont aidée. Qui m’ont parlé. Mon fils aîné, surtout. Un jour, il m’a coincée dans la cuisine et il a eu des mots très durs. Il m’a dit que ça suffisait... Qu’il en avait marre de me voir me détruire comme ça. Qu’il fallait que j’arrête, sinon, il se barrait... On était séparés avec son père.

Alors, comment avez-vous fait ?

Je ne voulais pas trop en parler à un médecin. J'étais assez connue dans un certain milieu. J’avais honte probablement. Alors je suis allée un soir, comme une voleuse, chez les Alcooliques Anonymes. Je voulais me cacher au fond de la salle et juste écouter les autres. J’ai été bouleversée. Toutes ces vies... Toutes ces misères... J’ai eu l’impression de me retrouver dans ma vraie famille. Et j’ai parlé, j’ai raconté, et on m’a écoutée, sans jugement, sans condescendance. J’ai ressenti une vraie empathie. Je peux dire qu’ils m’ont sauvé la vie.

Chez les Alcooliques Anonymes.... J’ai eu l’impression de me retrouver dans ma vraie famille. Et j’ai parlé, j’ai raconté, et on m’a écoutée, sans jugement.

Ça a été long ?

Oh ! Si vous saviez... Les cures de sevrage, puis les rechutes. Ça a pris du temps ! Mais j’y suis arrivée. Vraiment avec l’aide du groupe et l’amour de mes enfants. Mais j’ai bien failli en mourir. Et maintenant ça fait 20 ans ! Abstinence totale. Et la vie est beaucoup plus belle, maintenant. Il faut que les personnes malades de l’alcool le sachent. Il faut bien leur dire que ça vaut le coup d’arrêter. Et surtout qu’on peut s’en sortir. Un jour après l’autre. Le combat se gagne un jour.

Vous souhaitez réagir, apporter votre témoignage ou poser une question ? Rendez-vous dans nos FORUMS Addictions : alcool, tabac, cannabis, etc. ou Un médecin vous répond.

 

Sources et notes
- Objectifs, indications et modalités du sevrage du patient alcoolodépendant. Site internet de l’HAS.
- Les mésusages d’alcool en dehors de la dépendance, Recommandations de la Société française d’alcoologie, Alcoologie et Addictologie 2003.


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