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Legalisation du cannabis : quels sont les arguments ?

Publié par : rédaction Onmeda (16. mai 2017)

© Jupiterimages/iStockphoto

Selon une étude récente de l’OFDT (observatoire français des drogues et des toxicomanies), près de 17 millions de français ont déjà fumé du cannabis au cours de leurs vie. Il semble contre-intuitif de travailler dans le domaine des addictions et de se prononcer pour la légalisation du cannabis. Pourtant des voix de médecins addictologues, spécialistes de la question, se font de plus en plus entendre dans ce sens.

Quels seraient les objectifs d’une telle mesure et en quoi cela pourrait s’avérer positif ? Quelques notions sur une des questions soulevées récemment lors des dernières élections présidentielles par certains candidats.

Une politique répressive inefficace

Nous sommes en France, après l’Islande, les plus gros consommateurs de cannabis en Europe [1], plus de 50% des français de 17 ans l’ont essayé au moins une fois au cours de leur vie. La France est pourtant un des pays ayant la législation la plus répressive concernant ces produits. Force est de constater que cette répression ne s’est à ce jour pas révélée efficace, étant donné l’augmentation constante du nombre de consommateurs. [2]

Le statu quo n’est donc pas souhaitable. Il est d’ailleurs à noter que les pays ayant appliqué une tolérance plus grande envers ce produit (Pays-Bas, Portugal) n’ont pas connu d’épidémie ou d’explosion de la consommation de cannabis, pourtant un des arguments principaux des opposants à la légalisation.

Plus de 50% des français de 17 ans ont déjà consommé du cannabis au moins une fois.

Des produits de plus en plus dangereux

Un des principaux arguments en faveur de la légalisation réside dans la composition même des produits en circulation.

Les cannabidoïdes sont les substances se fixant sur les récepteurs cannabidoïdes de notre organisme. Le premier découvert (en 1964), et le plus connu, est le THC (Δ9-tétrahydrocannabinol). Le second est le CBD (cannabidiol).

Depuis plusieurs années, la concentration de THC constatée dans les résines de cannabis explose, au détriment du CBD [3]. La raison en est simple : le THC a une affinité très forte pour les récepteurs cannabinoïdes, et est donc très addictogène.

Le problème majeur est le suivant : le THC est une substance puissamment psychoactive, et ses effets sont normalement contre-balancés par le CBD. Lorsque le THC est présent à un taux beaucoup plus élevés que le CBD, il y a un risque majeur de virage psychotique.

Dans les pays où le cannabis thérapeutique existe, le rapport entre THC et CBD est de 1/1. Si la légalisation du cannabis et la mise à disposition de cannabis thérapeutique ont entraîné mécaniquement une légère augmentation du nombre de consommateurs, le nombre de complications psychiatriques liés à la consommation a au contraire diminué dans le même temps.

La légalisation permettrait ainsi de pouvoir contrôler la qualité des produits mis en vente, et d’éviter au moins partiellement de nombreuses complications liés à un produit de mauvaise qualité. (bouffées délirantes aiguës, entrée dans la schizophrénie, etc.)

Des recettes non négligeables pour l’état ?

Un argument phare de la légalisation du cannabis est la question économique : une légalisation contrôlée par les pouvoirs publics pourrait à l’instar du tabac apporter des recettes fiscales pharaoniques, (jusqu’à 1,7 milliards d’euros en fonction des scénarios envisagés selon certains économistes) [4], et permettre notamment de financer le développement d’une véritable politique de prévention efficace, en plus d’assécher le marché noir et de priver le crime organisé de sa plus grande source de revenu.

De plus, des économies majeures seraient réalisées en terme d’argent mais également de temps concernant l’activité policière autour du trafic de cannabis, qui, encore une fois, n’est hélas pas efficace (20% environ de l’activité des policiers concerne ce trafic). Cela permettrait également de désengorger les tribunaux, puisqu’en 2014 près de 60000 condamnations ont été prononcées pour des infractions liées aux drogues, dont 91% concernaient le cannabis.

Les questions en suspens.

Les voix dissidentes concernant la question d’une légalisation contrôlée mettent en avant le risque d’un transfert de la consommation vers un autre produit. Si le cannabis est consommé très jeune, souvent à l’adolescence, cela est en partie lié à l’image « séduisante » du produit : illégal, ayant un caractère subversif.

Certains imaginent, sans pour autant que cela soit confirmé par les études, que rendre le cannabis légal et contrôlé, au même titre que l’alcool et le tabac, le rendrait peut-être moins attractif pour les plus jeunes, qui pourraient avoir envie de s’orienter vers des produits demeurant illégaux, et donc potentiellement nettement plus dangereux.

La consommation de cannabis, quoi qu’il en soit, a des conséquences notamment cognitives indéniables, et ce a plus forte raison lorsque le produit est consommé jeune. La légalisation pourrait permettre de fixer un cadre strict sur la qualité des produits mais également sur la population de consommateurs autorisés, comme cela est actuellement le cas pour le tabac et l’alcool.

Demeurer dans une position idéologique par rapport au cannabis et exiger une prohibition stricte est totalement contre-productif, hélas le débat semble encore compliqué.

Auteur : Dr Romain Boutonné

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