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L’étude sur la toxicité d’un maïs OGM et du Roundup republiée

Publié par : Dr. Nicolas Evrard

Le professeur Gilles-Eric Séralini a annoncé la republication de son étude sur la toxicité de l’herbicide Roundup et du maïs OGM NK603 permettant à ce maïs modifié à tolérer ce produit herbicide. Cette étude, qui remet en question les effets à long terme de la consommation d'OGM, avait déjà fait l’objet d’une forte controverse.

L’étude du Professeur Séralini démontre que l’herbicide Roundup et le maïs OGM NK603 pourraient favoriser la survenue de perturbations hormonales et hépatiques, et le développement de certaines tumeurs chez les rats.

Publiée une première fois en 2012 dans le magazine Food and Chemical Toxicology, cette étude fût retirée des archives par le comité éditorial en 2013. Ce retrait serait la conséquence de l’arrivée de Richard Goodman dans le comité d’entreprise du magazine : un ancien employé de Monsanto, l’entreprise spécialisée dans les biotechnologies agricoles qui fabrique le Roundup et qui a breveté le maïs OGM NK603.
Par la suite, l’éditorial board a décidé de retirer l’article décrétant que « les résultats présentés, s'ils ne sont pas incorrects, ne permettent pas de conclure sur le lien entre OGM et cancer ».

Une transparence des informations

Le Pr Gilles-Eric Séralini a annoncé que l’étude sera republiée en accès libre dans la revue Environmental Sciences Europe, en même temps que les données brutes de l’étude pour permettre la transparence des informations.

Onmeda a interviewé en exclusivité Nicolas Defarge, coauteur de l’étude, Biologiste et chargé de mission CRIIGEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie Génétique).

Pouvez-vous résumer en quelques mots l’étude et ses conclusions ?

Nicolas Defarge : L’étude a consisté à nourrir des rats mâles et femelles avec du maïs OGM (NK603) tolérant au Roundup, un herbicide, traité ou non. D’autres groupes ont mangé la même nourriture contenant un maïs non-OGM que les témoins, mais leur eau de boisson contenait différentes doses de ce désherbant. Ensuite, 11 prélèvements urinaires et sanguins ont été réalisés sur chaque rat. Cela a permis de recueillir au total plus 100 000 données biochimiques.
A partir de celles-ci, des déficiences des reins et du foie ont été trouvées, ainsi que des perturbations des hormones sexuelles chez ces animaux. En effet, on a repéré de façon significative, surtout avec l’herbicide Roundup, un accroissement des tumeurs mammaires chez les femelles ; cet herbicide a pourtant été donné à très faibles doses aux rats (la moitié de ce qui est autorisé dans l’eau potable).

Ces conclusions alarmistes peuvent-elle être transposées chez les hommes ? Faut-il s’inquiéter ?
N. D. : Puisque nos données montrent qu’il y a des perturbations hormonales avec des déficiences hépatiques et rénales chez les rats, il est fort probable que cela provoque la même chose chez les humains. Je rappelle que le rat est le modèle classique utilisé en toxicologie pour déceler des effets chez les mammifères, dont l’humain fait partie. D’autant plus, que de leur côté, beaucoup de médecins s’inquiètent de l’augmentation des problèmes rénaux et hormonaux (liés aux perturbateurs endocriniens) chez les humains.

Pourquoi cette étude a-t-elle été autant controversée et pourquoi la republier maintenant ?
N. D. : Dans cette étude, nous avons trouvé des perturbations au niveau des paramètres des foies, des reins et des hormones des rats. Lors de la publication de cette étude, les photos montrant des tumeurs mammaires chez les rats ont déclenché de nombreuses critiques.
Parmi ces critiques :
> La souche de rats que nous avions utilisée a été considérée comme trop sensible. Mais la population humaine est aussi considérée de nature sensible, cela nous a donc paru logique d’effectuer des tests sur des rats similaires pour pouvoir obtenir des résultats cohérents. Cette souche est de toute façon recommandée par le National Toxicology Program (NTP) américain, et c’est la souche utilisée dans la très grande majorité des études de toxicologie, y compris celles réalisées par Monsanto sur ce même maïs OGM.
> Ensuite, le nombre de rats étudiés a été aussi très critiqué : au total, on a mené l’étude sur 10 rats. Ils ont été considérés trop peu pour pouvoir en déduire des résultats. Pourtant, les industriels utilisent généralement ce même nombre de rats lorsqu’ils testent des produits avant de les commercialiser. L’autorisation de mise sur le marché de ce maïs OGM est basée sur une étude ayant mesuré 10 rats par groupe !

Vous dites aussi clairement que votre étude a été critiquée et retirée car un ancien salarié de Monsanto a rejoint l'équipe éditoriale du magazine...
N.D. : En ce qui concerne le retrait de l’étude, au début Food and Chemical Toxicology magazine était convaincu par notre article, mais 2 mois après la publication, Richard Goodman a rejoint l’éditorial board. Le problème est que Richard Goodman est un ancien employé de Monsanto, l’entreprise spécialisée dans les biotechnologies agricoles qui fabrique le Roundup. On nous a demandé par la suite nos données brutes pour une autre relecture. L’éditeur en chef de FCT a reconnu qu’il n’y avait pas d’erreur ni de fraude dans notre étude mais qu’il décidait quand même de retirer l’article parce que, selon lui, nos données ne permettaient pas de conclure un lien direct entre OGM et cancer. Le problème était que nous n’avions jamais employé le mot cancer dans l’article ! Nous parlions de tumeurs mammaires qui, même si elles n’étaient pas toutes de nature cancéreuse, aboutissaient à la mort de l’animal, le plus souvent par euthanisie par respect de l’ethique animale. Et l’éditeur en chef pouvait-il se permettre d’ignorer les déficiences rénales, hépatiques et hypophysaires, ainsi que les perturbations des hormones sexuelles mesurées ? Ce ne sont donc pas des raisons scientifiques ou éthiques qui avaient motivées la dépublication de notre étude.

Face à la censure de l’article de 2012, nous sommes aujourd’hui très heureux de pouvoir le republier et qu’il soit accessible aux scientifiques comme au grand public. De plus, nous offrons en accès libre les données brutes de cette étude, ce que l’industrie s’est toujours refusée de faire, pas plus que les agences sanitaires qui ont autorisé ces produits.

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Propos recueillis par : Emma Deloffre
Consultant expert : Nicolas Defarge, coauteur de l’étude, Biologiste et chargé de mission CRIIGEN.

Source :
> Etude republiée : Toxicité chronique de l'herbicide Roundup et d’un maïs génétiquement modifié tolérant le Roundup, Séralini et al. Environmental Sciences Europe 2014, 26:14, Mardi 24 Juin 2014.

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