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Les vrais dangers des perturbateurs endocriniens : les conseils du cancérologue

Publié par : Elide Achille

Le Pr David Khayat, cancerologue et auteur du livre, "Prévenir le cancer ça dépend aussi de vous", éditions Odile Jacob, répond à nos questions sur les perturbateurs endocriniens, et apporte différents conseils...

Quelle est la part de responsabilité des perturbateurs endocriniens dans les cancers ?
Pr David Khayat : Par définition, les perturbateurs endocriniens vont augmenter les risques de cancer qui sont liés aux hormones. Quand on analyse les différentes causes de cancers, on peut avancer les chiffres suivants : 30% causés par le tabac, 30% causés par les hormones (œstrogènes chez la femme, testostérone pour le cancer de la prostate chez l’homme), 20% par l’alimentation.

Le risque de ces 30% de cancers liés aux hormones va augmenter au contact des perturbateurs endocriniens, qui, comme leur nom l’indique, perturbe l’équilibre et les effets de nos hormones. Les études sont là pour indiquer que probablement cette augmentation régulière du nombre des cancers de la prostate est probablement en rapport avec le fait qu’il y ait de plus en plus de perturbateurs endocriniens autour de nous.

Alors pourquoi ne pas interdire l'utilisation des perturbateurs endocriniens ?
Pr David Khayat : Cela a commencé à être effectué, puisque depuis début 2015, le bisphénol A ne doit plus entrer dans la fabrication de contenants alimentaires. Cependant, il faut arrêter de penser que les perturbateurs endocriniens sont uniquement une répercussion directe de l’industrie. En effet, il en existe dans la nature. On en respire, on en mange, on en a sur la peau. Il est donc difficile de s’en prémunir.

De plus, il existe ce qu’on appelle : l’effet cocktail. C’est-à-dire que lorsqu’on considère deux perturbateurs endocriniens, ou un perturbateur endocrinien et une substance cancérigène (la vitamine A chez un fumeur, par exemple), les deux ne vont pas s’additionner, 1+1=2, mais se combiner, 1+1= 3 ou 4 : un effet de synergie qui complique et démultiplie les combinaisons possibles. Cela complique les études, et entre toutes les combinaisons possibles, entre tout ce qui existe dans la nature, dans les produits industriels, il est quasiment impossible de voir quel est le cocktail le plus dangereux, de les classer et de les étudier : c’est un vrai problème pour lequel il n’y a pas de vraies bonnes solutions !

Face à des perturbateurs endocriniens produits par l’industrie, on pourrait très bien envisager de mettre des lois en place afin de diminuer la fabrication de ces perturbateurs. Mais les perturbateurs naturels qui sont dans notre vie quotidienne, c’est quasi impossible d’en éviter le contact. Et une autre question se pose : par quoi pourrions-nous remplacer ces perturbateurs endocriniens produits par l’industrie ? Là, on prend un risque, parce que nous n'avons pas aujourd’hui de produit testé et nous ne pouvons donc pas savoir s'il est sans risque, et capable de remplacer les perturbateurs endocriniens les plus habituels.

Où retrouve-t-on ces perturbateurs endocriniens ?

Pr David Khayat : Produits de beauté, pesticides, tickets de caisse, emballages, jouets, produits de ménage, eau, aliments : énormément d’éléments du quotidien contiennent des perturbateurs endocriniens.

Intéressons-nous plus particulièrement à la dioxine. Présente un peu partout grâce à sa longue durée de vie, cette substance est connue pour avoir des effets avérés dans l’apparition de cancers hormono-dépendants, notamment ceux du sein, de l’ utérus, de la prostate et des testicules.

Présente en grande quantité dans le saumon, on a constaté que 70% de la contamination des Français en dioxine résulte de leur consommation de saumon.

Cependant, il faut distinguer le contact domestique et professionnel. Un agriculteur qui répand des pesticides et qui ne se protège pas, aura, ce qu’on appelle, un contact massif aux perturbateurs endocriniens. Il présentera donc un risque accru de développer un cancer de type hormonal. Cependant, le contact aux perturbateurs endocriniens qui existe au quotidien, pour la plupart des personnes, est comparativement très faible.

L’origine des cancers hormonaux est, dans la grande majorité des cas, due à l’effet de multitudes de petits facteurs cancérigènes qui ont chacun un petit effet cancérigène qui, à lui seul, serait insuffisant pour provoquer l’apparition de cellules tumorales, mais qui mis bout à bout, entraînent l’altération de notre ADN et de nos gènes... et ce qui peut engendrer le développement d’un cancer.

En conclusion, il est plus simple de dire que l’on retrouve les perturbateurs endocriniens partout dans notre quotidien. Cependant, des mesures peuvent être prises au niveau institutionnel, afin de réduire, voire arrêter à long terme notre contamination quotidienne.

Y a-t-il des précautions à prendre face aux perturbateurs endocriniens ?

Pr David Khayat : Chez la femme, le dépistage est la précaution de mise. Il est important d’avoir le réflexe à partir d’un certain âge de se faire dépister vis-à-vis de certains cancers. Chez l’homme, on sait que le dépistage de masse n’est malheureusement pas valable, puisqu’il provoque des problèmes de sur-diagnostic et de sur-traitement de cancers de la prostate.

Pour éviter le cancer de la prostate, il n’y a donc pas grand-chose à faire. C’est une maladie extrêmement fréquente chez l’homme : on sait que 80 % des hommes âgés de plus de 80 ans et décédés d’autre chose, ont révélé, lors d'autopsies, être atteints d’un cancer de la prostate alors qu’ils ne le savaient pas.

Il faut être conscient que les hommes vont pratiquement tous développer un cancer de la prostate. Le tout est de savoir s’il va se développer cliniquement, le temps de la vie, ou s’il va rester « muet ». Pour la prostate, nous n'avons donc pas de solution en ce qui concerne les perturbateurs endocriniens. Mêmes s'il faut œuvrer pour diminuer la présence de ces perturbateurs dans notre environnement.

De plus, il faut savoir que la consommation dite « domestique » des perturbateurs endocriniens n’est pas forcément novice. Mais il est avéré que l’exposition forte à la dioxine provoque des cancers liés aux hormones, notamment lorsque le fœtus, le bébé et l’enfant y sont exposés, ils auront un risque plus important de développer plus tard un cancer.

© Pr David Khayat

© Pr David Khayat



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