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Don d'organes : vous avez décidé quoi ? : Le témoignage d'une personne gréffée

Publié par : Clémentine Fitaire (17. août 2011)

Témoignage de Louis, 38 ans, greffé d'un rein.

Vous avez reçu un rein, il y a cinq ans. Comment allez-vous ?
Quand on a vécu ce que j'ai vécu pendant des années, je peux vous dire que la vie, on ne la vit pas de la même manière. Non seulement, j'ai cru mourir cent fois, mais je n'avais pas de vie. C'était de la survie. Une galère quotidienne. J'étais en insuffisance rénale. J'étais jaune, maigre. A tel point que je mettais du fond de teint pour me donner des couleurs. Pour ne pas trop inquiéter ma femme et ma fille... Elles n'étaient pas dupes, mais moi, un peu !

Comment cela se passait quand vous aviez des séances de dialyse ?

J'essayais de sauver les apparences. Je travaillais tant que je pouvais entre deux dialyses. J'étais dans une espèce d'état schizophrénique entre le monde des vivants, quand je travaillais, et le monde des survivants, à l'hôpital. Quand j'allais à mon travail, j'essayais de rire, d'être drôle. Je ne supportais pas le regard de pitié. Je voulais rester un homme. Et puis, il y avait le monde de la dialyse, l'hôpital. L' angoisse. Ceux qui mouraient, parfois, faute d'avoir trouvé un donneur. J'étais dans l'attente. Tous les matins, l'espoir d'avoir trouvé un donneur. Et chaque soir, la déception. Cela a duré, comme ça, cinq ans, quatre mois et six jours. J'étais inscrit sur une liste d'attente, gérée par l'Etablissement français des greffes.

Comment avez-vous appris le jour de la greffe ?
Le téléphone a sonné, il était trois heures du matin. C'était mon médecin qui me disait de me préparer, d'appeler une ambulance, de venir à l'hôpital pour une dialyse et que, peut-être, j'allais être greffé dans la journée. Et voilà. Ce que j'attendais depuis des années. Il n'y a que les gens qui ont vécu ça qui peuvent comprendre.
J'ai réveillé ma femme, ma fille. Je ne savais pas si je voulais pleurer, rire, flancher. J'étais dans tous les états à la fois. Ma femme est restée calme. On a préparé les affaires. On est partis. Et quinze jours plus tard, je suis rentré chez moi.

Et depuis, comment allez-vous ?
Parfaitement bien. Les traitements anti-rejets ont vite été stabilisés. J'ai repris des activités physiques, professionnelles. Et je n'ai plus besoin de fond de teint. J'ai retrouvé ma peau de bébé. Pas un jour ne passe sans que je pense à mon donneur. Cet inconnu qui m'a redonné la vie. Je sais que je n'ai pas le droit de le connaître, lui ou sa famille. C'est la loi. Et c'est certainement très bien comme ça. Mais du point de vue psychologique, c'est étrange. Je ne peux pas m'empêcher de penser à ce rein qui me fait vivre. Ce rein d'un homme qui est mort. Comme si j'avais, en moi, une petite partie de lui que je maintiens en vie. Comme si on avait une vie en commun tous les deux. Je serais mort sans lui et une petite partie de lui reste vivante en moi. On en parle, parfois, avec d'autres greffés. On n'en parle pas beaucoup. C'est un peu gênant, un peu tabou. Mais, au fond, on y pense tous.

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