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Don d'organes : vous avez décidé quoi ? : Les conseils d'un médecin spécialiste

Publié par : Clémentine Fitaire (17. août 2011)

Interview du professeur Bernard Charpentier, chef du service de néphrologie, dialyse, transplantations au CHU de Bicêtre (Kremlin-Bicêtre). Il apporte des conseils et des informations utiles et pratiques...

Comment expliquer que les Français soient encore si réticents à donner leurs organes ?
Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, la première raison, c'est le refus de la famille. Les parents, les proches, viennent d'apprendre le décès brutal de leur fils ou leur fille. A peine le temps de comprendre le drame qui vient de se produire, à peine le temps de comprendre l'état de mort cérébrale dans lequel se trouve leur être cher, qu'on les informe de la question du don d'organes. Si ce sont des personnes qui n'ont jamais osé aborder la question en famille, elles se retrouvent démunies, choquées, avec l'impression qu'on veut leur voler leur proche, et elles disent « non ».
Si, au contraire, ces personnes ont déjà abordé la question en famille, qu'elles connaissent la position de leur défunt, la réponse « oui » s'impose. Ils savent alors que la mort de leur parent va pouvoir sauver cinq ou six vies.
Mais, il n'y a pas que le refus de la famille, qui pose problème. Il y a aussi le recensement des morts cérébrales dans les hôpitaux. La coordination médicale est encore difficile sur tout le territoire français.

Que faire alors pour que les Français soient plus nombreux à vouloir donner leurs organes ?
En parler ! Pendant des années, le sujet est resté complètement tabou. On n'osait pas aborder la question. Et puis, il y a eu de nombreuses campagnes d'information. Aujourd'hui, les gens savent de quoi il s'agit. Mais la question reste toujours difficile à aborder en famille. C'est tellement effrayant. Cela touche à l'impensable. Tout à coup, envisager que les personnes que l'on aime le plus au monde, vont pouvoir disparaître... c'est tellement douloureux. Pourtant, il faut aborder la question, ne serait-ce qu'une fois. Dire à ses proches, moi, si ça m'arrive, voilà ce que je veux. Je veux, par ma mort, pouvoir sauver d'autres vies. Ou je ne veux pas. Chacun est libre. Pour que lorsque cela se produit, la famille ne soit pas démunie. Il ne faut pas être dans la culpabilité ou dans l'horreur d'un choix comme ça.

A quelle occasion parler de ce sujet ?

Parfois, une simple émission de télévision ou de radio, ou une lecture sur internet peut amener le sujet. Mais vraiment, à mon avis, ce qu'il faut, c'est en parler dès l'école. C'est là que se forment les consciences civiques. Il faut inscrire le don d'organes dans les programmes d'instruction civique. Vous savez, les enfants sont très généreux, naturellement. Ils sont tous d'accord pour le don d'organes.

Et puis, il y a toujours la possibilité de prendre sa carte de donneur d'organes. C'est aussi un bon moyen de décharger la famille d'une décision difficile.

Est-ce que tout le monde peut être donneur d'organes ?
Oui. Dans certaines conditions médicales, évidemment. Mais tout le monde peut être donneur. Même malade, même âgé : c'est la qualité de l'organe qui compte.
D'abord, on peut donner de son vivant. On peut donner son sang, on peut donner ses plaquettes, on peut donner sa moelle osseuse également, pour sauver des personnes atteintes de leucémie, par exemple.

Et puis, après sa mort, lorsqu'il s'agit d'une mort cérébrale, on peut donner son coeur, ses poumons, ses reins, son foie ou sa cornée. Une personne en mort cérébrale peut sauver cinq ou six vies et rendre la vue à plusieurs personnes. Mais, le prélèvement d'organes n'est possible que dans certaines conditions. Il faut que le donneur potentiel soit en mort cérébrale, après un traumatisme crânien, par exemple, ou après certains accidents cardio-vasculaires. Ces morts cérébrales (le coeur continue de battre ndlr) ne représentent que 1% des décès à l'hôpital. Ces conditions sont rares et donc précieuses.

Don à partir d'un donneur vivant

Interview du professeur Bernard Charpentier, chef du service de néphrologie, dialyse, transplantations au CHU de Bicêtre (Kremlin-Bicêtre).

Et quid du don d'organes avec un donneur vivant ?

On peut en effet ainsi donner un rein. On vit très bien avec un seul rein. Ce type de don d'organe se fait, souvent, dans le cadre de la famille. Aux Etats-Unis, on compte 50% de greffes avec un donneur vivant. En France, on en compte 8% seulement. Je ne crois pas que les Américains soient plus généreux que les Français. C'est vraiment qu'il y a, chez nous, un vrai problème de communication sur le sujet.

L'une des grandes réticences des familles de donneurs, c'est la mutilation du corps de leur proche. Que pouvez-vous leur dire ?
Il y a eu parfois une époque où le corps du défunt n'était pas toujours respecté comme il aurait dû l'être. Mais les choses ont changé. Aujourd'hui le donneur est prélevé dans les mêmes conditions que lors d'une intervention chirurgicale. Avec le même respect et les mêmes réparations que sur un vivant. Les équipes chirurgicales sont formées pour cela, maintenant. Concrètement, cela signifie que les incisions sont refermées et couvertes d'un pansement. Si les cornées sont prélevées, elles sont remplacées par des prothèses. Après l'opération, le défunt est habillé et rendu à sa famille. Aucune cicatrice n'est apparente. Et puis, ce que je peux dire aux familles, c'est que la mort tragique de leur proche, peut sauver des vies et qu’il ne sert à rien d’avoir ses organes en place pour aller au Ciel. Grâce à leur décision, on peut inverser le cours des choses et aller de la mort à la vie.

Les arguments religieux sont-ils un obstacle ?

Parfois, mais pas très souvent. La plupart des religions défendent la vie.
Chez les catholiques ou les juifs, pas de problème. Sauf chez certaines personnes dont le déterminisme religieux leur font envisager la vie et la mort comme des choix d'ordre divin sur lesquels il n'est pas bien d'influer. Mais c'est rare. Chez les juifs, sauver une vie, c'est sauver l'univers. Chez les musulmans, Dalil Boubakeur et de nombreux musuImams se sont prononcés en faveur du don d'organes.

Pour les protestants, le corps mort n'a rien de sacré.
Cependant, la question a été soulevée, dans tous les courants religieux, pour définir, ou redéfinir la mort. Puisque quelqu'un en état de mort cérébrale est quelqu'un dont le coeur ne s'est pas encore arrêté de battre. Pour les religions où le coeur est au centre de la vie, cela peut poser problème.
Pour la religion Shinto, le prélèvement d’organe est impossible, l’âme flottant autour du corps, c’est ce qui se passe dans un pays aussi développé que le Japon obligeant d’avoir recours systématiquement aux donneurs vivants et aux prouesses techniques chirurgicales avec des risques importants encourus par les donneurs, alors qu’il serait si simple d’utiliser les morts.

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