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Radioactivité : quels risques pour la santé ? : Connaître les risques

Publié par : Dr. Nicolas Evrard

Interview du professeur André Aurengo, chef du service central de médecine nucléaire du groupe hospitalier de La Pitié-Salpêtrière (Paris).

1) Peut-on comparer l'accident de Tchernobyl et celui de Fukushima ?

Professeur André Aurengo : Les deux accidents sont très différents et peu comparables en terme d’irradiation.

À Tchernobyl, la cuve du réacteur a explosé comme une cocotte-minute surchauffée. L’explosion a soulevé la dalle qui reposait sur le réacteur ; ensuite le graphite du réacteur a pris feu pendant une semaine. Une grande partie du contenu du réacteur a ainsi été projeté à plusieurs kilomètres d’altitude et dispersé vers l’ouest par les vents.
Ensuite, il faut savoir que les centrales soviétiques n’ont pas « d’enceinte de confinement » comme les Japonaises ou les nôtres. Il s’agit d’un énorme bâtiment en béton armé qui entoure la cuve du réacteur et qui s’oppose à la fuite des produits radioactifs.

À Fukushima, il n’y a pas eu d’explosion de la cuve du réacteur. Les explosions ont eu lieu à l’extérieur de l’enceinte de confinement et sont liées à une rupture des systèmes de refroidissement du réacteur. Le zirconium qui entoure les tubes de combustible nucléaire a chauffé et a réagi avec l’eau en dégageant de l’hydrogène qui a explosé. Les incendies ont été peu importants et les rejets ont été faibles. Ils sont secondaires aux fissures des gaines et à des rejets volontaires pour empêcher des surpressions au niveau de la cuve. Globalement, la contamination semble environ 10 fois plus faible pour le césium et 100 fois pour l’iode qu’après Tchernobyl, et elle a été principalement entraînée vers l’océan Pacifique.

2) Des radiations beaucoup plus faibles, d'accord, mais suffisantes pour entraîner des conséquences sur la santé ?

Professeur A A : Pour donner un ordre d’idée des radiations : on estime que la prise de comprimés d’iode stable (iode 127) pour éviter une contamination dangereuse de la thyroïde par l’iode radioactif libéré pendant un accident nucléaire n’est nécessaire que si la dose est susceptible de dépasser 50 mSv (mSv = milli-sieverts) pour un enfant.

À Fukushima - sauf aux abords immédiats de la centrale où normalement il n’y a pas d’enfant - on estime qu’en restant exposé dehors sans précaution du 18 au 22 mars, un enfant d’un an aurait reçu au plus 10 mSv à la thyroïde (1 mSv pour un enfant de Tokyo).

3) Et pour les adultes, qu'en est-il ?

Professeur A A : Pour un adulte la prise d’iode est prévue pour une dose de100 mSv, or on estime que les adultes japonais n’ont pas été exposés à plus de 4 ou 5 mSv. De plus, le risque de cancer thyroïdien secondaire à une irradiation est pratiquement nul après 20 - 25 ans. Après Tchernobyl, il n’y pas eu de cas de cancer thyroïdien radio-induit au-dessus de 15 ans. À partir de 50 ans, il y a plus de risque à prendre de l’iode stable qu’à ne pas en prendre. En effet, une surcharge iodée brutale peut entraîner une hyperthyroïdie transitoire, avec des conséquences cardiaques (troubles du rythme, décompensation d’une insuffisance cardiaque ou coronaire méconnue...).
Donc, mis à part peut-être pour certains intervenants sur la centrale, si les zones où le débit de dose reste élevé sont rapidement évacuées, si la consommation d’eau et d’aliments significativement contaminés est évitée, on peut raisonnablement espérer que l’accident de Fukushima ne fera que très peu de victimes, voire aucune, du fait de la radioactivité. Sous condition d’une gestion très rigoureuse de ce qui va se passer maintenant et dans les mois qui viennent.

4) Justement pour ces personnes qui sont intervenues lors de l'accident...

Professeur A A : Pour les 21 intervenants de Fukushima, la dose dépasse 100 mSv ; 19 ont été hospitalisés, mais on n’a observé aucun syndrome d’irradiation aiguë, ni de brûlures radiologiques, et on ne déplore aucun décès. Par comparaison, 237 des liquidateurs de Tchernobyl ont eu des symptômes de syndrome d’irradiation aiguë, 134 furent hospitalisés et 28 décédèrent.

>> Pourquoi prendre des comprimés d'iode ?<<

Professeur André Aurengo. DR.

Professeur André Aurengo. DR.



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