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Personnes séropositives : leur témoignage : Le témoignage de Chantal

Publié par : Elide Achille (30. novembre 2014)

Témoignage de Chantal 42 ans, maman de Marie 9 ans. Elle commence par dire comment elle a appris sa séropositivié...

Dans quelles circonstances avez-vous appris votre séropositivité ?

J'avais presque 23 ans, je vivais avec mon compagnon depuis 2 ans et demi. En personnes responsables, nous avions fait un test de dépistage quelques mois après nous être connus (afin de ne plus avoir à nous protéger). Le test était négatif. Quelques semaines plus tard, j'ai eu une angine et des ganglions, et mon médecin a voulu que je refasse un autre test qui s’est avéré aussi négatif. Cependant, Franck était de plus en plus instable psychologiquement et dans un état de santé relativement fragile. Il me parlait de refaire un test, et je trouvais cela stupide puisqu'il affirmait ne m'avoir pas trompée. Il a souvent insisté et j'ai fini par m'énerver sérieusement quand il l’évoquait.

Et finalement...
Finalement, un jour alors qu'il était vraiment très au fond de sa dépression, il m’a avoué en larmes : je t'ai menti, je t'ai tuée, quand je t'ai connue j'étais déjà séropositif depuis 3 ans, et j'avais peur de te perdre, alors je t'ai menti sur le résultat. J'ai été ébranlée par la nouvelle, je suis allée voir mon médecin qui m'a prescrit un dépistage, le lendemain j'ai eu le résultat : positif bien sûr ! Mais je suis une battante, je l’ai toujours été... Je ne me laisse pas écraser comme ça et j'ai de suite déclaré sans une larme que "je n'avais pas l'intention d'en mourir", la preuve, plus de 20 ans de contamination et je suis toujours debout, avec la pêche et sans aucune modification physique!

Beaucoup de choses ont changé avec la déclaration de la séropositivité ?

Oh oui ! Ma vie entière en a été bouleversée. Par exemple, à l'époque nous ne pouvions pas avoir d'enfant sans risque. J’ai donc j'ai eu ma fille tard (de lui, et après une rupture de plusieurs années) et je n'ai pas pu, à cause de cela avoir un autre enfant.

Quand nous nous sommes séparés, je n'ai pas pu rencontrer quelqu'un d'autre qui m'accepte avec ma maladie. Souvent c’est à cause de la famille, des gens, des "on dit" plutôt qu'à cause de la crainte d'être contaminé. Et puis quand je rencontrais quelqu'un, avant même que je lui dise que je suis séropositive, ce que je faisais pourtant rapidement, la personne avait déjà été mise au courant par "des amis qui vous veulent du bien". Donc ma vie sentimentale a été fichue.

La photo ne correspond pas au témoin.

La photo ne correspond pas au témoin.

Vie sociale et professionnelle

Suite du témoignage de Chantal. Après avoir passé un test qui a été séropositif, Chantal raconte ses problèmes survenus dans sa vie professionnelle.

Et du côté professionnel ?
Pour ce qui est de ma vie professionnelle, il faut savoir que les premiers traitements étaient violents. Ils m'ont réellement rendue malade et j’ai dû arrêter de travailler. Quelques années après, ils ont heureusement évolué, mais il aurait fallu refaire des mises à niveau pour reprendre un poste réellement intéressant, et puis la fatigue est quand même là. J'étais pourtant une personne brillante en tout ce que j'entreprenais.

Cependant, restant dans mon esprit de ne pas me laisser abattre, ne pas se sentir inutile, dans mon incapacité à l'inertie, j'ai mis à contribution mon "temps libre" pour m'investir dans de nombreuses associations caritatives. Avec ou sans structure déclarée, j'ai trouvé où je pouvais être utile.

Cela n'a pas été de tout repos, mais c'est aussi une façon de se dire que les "talents" ne sont pas gâchés, que nos acquis peuvent servir aux autres, que oui, la société a encore besoin de nous.

Diriez-vous que le regard des autres a évolué aujourd'hui ?

Je suis très mitigée sur ce point. Avant, nous avions la peste... On nous servait dans des gobelets en plastique (quand on nous invitait, parce pour le coup il n’y avait plus d'invitation aux repas). Et puis il y avait ces réflexions pesantes de certains membres du corps médical. Si le sang coulait mal lors de la piqûre, on vous glissait que « ça arrive avec des veines souvent trop piquées ».
Vous évoquez vos vertiges, on vous demande quelle drogue vous prenez.
Quelques rougeurs sur le visage et hop, le dermato refusait de vous serrer la main car "ça doit être la maladie de Kaposi", sans oublier la visite chez le gynécologue où l'on vous demande combien de partenaires vous avez eu cette année.... et j'en passe... puisque forcément un séropositif était soit une prostituée ou du moins une personne légère, soit un drogué.

Donc oui, de ce côté ça va réellement mieux, franchement, nous sommes à présent des malades comme tout le monde. Le corps médical a enfin compris qu'il y a énormément de personnes sans vice, et aussi des hétérosexuels qui ont été contaminés.

D’un point de vue social, avant c'était normal de ne pas travailler (pauvres de nous qui allions mourir), à présent nous sommes devenus des fainéants, donc j'imagine qu'on doit nous trouver en bonne santé comparé au début !

La vie amoureuse quand on est séropositif

Suite du témoignage de Chantal. Elle raconte la vie amoureuse quand on est séropositif...

Et concernant la vie amoureuse ?

Pour ce qui est de ma vie amoureuse, je ne vois pas vraiment d'évolution. Bien sûr, tous nos amis nous disent "et bien moi, ça ne me dérangerait pas d'être avec un séropositif". Alors pourquoi présente-t-on des éventuels prétendants à nos autres amies, mais pas à nous ? Ou encore, un homme va bien vouloir sortir avec vous, mais "ne se sent pas d'aller plus loin"... ou veut bien aller plus loin mais "préfère rester discret". Tout ceci est pénible, ces non-dits, ces mensonges, ces fausses excuses, toute cette hypocrisie, c'est très lourd.

En conclusion, quels messages souhaiteriez-vous faire passer ?

J'aimerais que les autorités sanitaires et les médias parlent un peu plus des avancées positives de nos vies, du faible taux de contamination chez les personnes "traitées correctement", de la possibilité de concevoir des enfants sains, de l'urgence du dépistage pour tous afin d'enrayer ce fléau. Et il faudrait aussi publier des témoignages de vies qui certes, ont été brisées, compliquées par cette maladie, mais qui restent de belles vies, parce que des vies de battants, de personnes courageuses. Ce sont des témoignages comme ceux-ci qui feront de nous des personnes comme tout le monde et nous permettrons d'être à nouveau intégrés de façon normale dans la société. Car avant d'être une séropositive, je suis un être humain, une femme, une maman.

Et en cela, je remercie les associations, et tout particulièrement Fight Aids Monaco, la Princesse Stéphanie, les encadrants, les bénévoles qui font tout pour que, non seulement nous gardions une dignité, que nous ayons les meilleures informations concernant notre maladie, mais qui, en prime, nous gâtent nous permettent de vivre des moments et des expériences que nous n'aurions sans doute pas vécus sans eux.

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