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Absence du père... comment faire ? : Témoignage de Catherine

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (13. septembre 2012)

Catherine, une artiste de 55 ans est mère d'une fille de 21 ans et d'un garçon de 24 ans. Le père de ses enfants est décédé d'un cancer alors qu'ils n'avaient que 7 et 10 ans. Elle nous livre son témoignage sur sa situation...

Comment avez-vous fait face à la situation ?
La mort de leur père a été quelque chose de très violent, de très dur. D’autant que leur papa était beaucoup plus âgé que moi et était très présent car il avait moins d’activités professionnelles. Moi j’ai un métier où je bouge souvent, du coup il s’est beaucoup occupé des enfants.

Comment gérer sa propre peine et celle de ses enfants ?
Quand je me suis retrouvée seule avec mes enfants, j’étais perdue. Mon métier artistique a été une vraie thérapie et m’a beaucoup aidée. Mais c’était très dur par rapport à mes enfants, même si devant eux, j’essayais de tenir le coup. Le plus difficile, c’est quand ils me réclamaient leur papa et qu’ils me disaient « Il nous manque ». Je leur disais qu’à moi aussi, il me manquait.

Comment répondiez-vous à ce manque ? Evoquiez-vous souvent votre mari avec vos enfants ?
Nous l’évoquions surtout par les lieux. On est resté longtemps dans la maison où on avait vécu tous les quatre. Elle était emplie de lui par ses livres, ses photos, il faisait beaucoup de choses. Nous avions aussi un lieu en Auvergne où il y a vraiment beaucoup de ses affaires. Nous l’évoquions aussi par ses habitudes, comme les plats qu’il aimait nous faire ou la musique qu’il écoutait. Il y a tellement de points de repère liés à lui dans nos vies, on portait sa présence.

On a également gardé un lien très précieux avec la sœur de mon mari. Mon fils lui a posé beaucoup de questions sur la jeunesse de son papa. C’était extrêmement important, ce sont des points de repère pour se construire. Et régulièrement, elle leur a donné des objets qui appartenaient à son frère, comme un livre ou une photo. En plus, mon fils ressemble à son père quand il était jeune, donc ce n’était que du bonheur.

Comment vos enfants ont-ils vécu leur enfance et leur adolescence sans père ?
Mon fils ne s’est jamais remis du décès de son père. Pour un garçon, se construire sans l’image d’un père, c’est très difficile. En plus, ils étaient vraiment en phase tous les deux. C’était hallucinant cette transmission du père au fils. Donc pour lui ça été catastrophique. Aujourd’hui encore, il n’a pas confiance en lui. Les années d’ adolescence ont été horribles : angoisse, panique, le fait de se chercher et d’être en appel de ce père. Maintenant, bien sûr ça va mieux, mais cela se fait progressivement. C’était difficile à comprendre pour moi, il y avait toutes ses questions, et là, c’est moi qui me demandais pourquoi je suis toute seule ?

Et du côté de votre fille ?

Pour elle, cela était différent. Ce qui était terrible du fait qu’elle était plus petite, c’est qu’elle avait l’impression de perdre l’image de son papa. Elle se disait qu’elle n’avait pas eu assez de temps avec lui, ce qui est vrai. Au début, tous les jours, elle essayait de se souvenir quand il la prenait dans ses bras, quand il lui chantait une chanson, quand il lui racontait des histoires, quand ils faisaient des jeux ensemble. Pendant l’adolescence, elle a beaucoup pris sur elle, elle était très mature, et je pense que la situation a accru cette maturité. Je pense qu’elle voyait ma peine et la difficulté que j’avais d’essayer de protéger son frère, du coup elle s’est gérée elle-même. Mais ce n’est pas le rôle d’un enfant de porter autant de choses. Je suis certaine que dans sa vie de femme et de mère, cela jouera un rôle essentiel.

Vous avez-vous-même grandi sans père. Cela vous a-t-il aidé à affronter cette situation ?
Non, déjà parce que chaque histoire est différente. Moi, je n’ai pas du tout vécu avec mon père, je l’ai retrouvé lorsque j’avais 18 ans. Et ma mère faisait comme s’il n’existait pas, même si je posais des questions. Je croyais même qu’il était mort. C’était une horreur tous ces non-dits. Donc, ça ne m’a pas aidé. Ce qui est sûr, est que j’étais moins armée pour élever un garçon car j’ai grandi sans père, ni frère. C’est sûrement aussi pour ça que j’étais aussi perdue de me retrouver toute seule avec un garçon.

Qu'avez-vous tiré de cette situation difficile ?
J’ai pu constater que pour la construction des enfants, le père est essentiel. La mère aussi, les deux le sont. Quand on est seul, c’est trop difficile. Je vois vraiment ce que ça a fait sur mon fils, c’est terrifiant de voir qu’il va mettre quatre fois plus de temps à se construire, peut-être parce qu’il a une hypersensibilité, mais je pense qu’un enfant a besoin de la complémentarité père-mère.

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