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Savoir réagir en cas d'échec à l'école : les conseils du psychologue

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (18. novembre 2016)

Entretien avec la psychologue et ancienne enseignante Rebecca Duvillié. Elle donne plein de conseils...

1. Quelles sont, selon vous, les causes de l'échec scolaire ?

Il y trois grandes causes à l’échec scolaire

  • Tout d’abord, les causes économiques : un enfant issu d’un milieu social défavorisé aura plus de chances d’être en échec scolaire. Ce sont les grandes idées des sociologues Bourdieu et Passeron.
  • Ensuite la deuxième cause de l’échec scolaire c’est la maladie : la dyslexie ou encore l’hyperactivité par exemple.
  • Et enfin la troisième cause, c’est l’institution qui ne s’adapte pas aux enfants qui ont un handicap. Pendant longtemps l’école a culpabilisé l’enfant s’il ne travaillait pas bien à l’école, c'était soit parce qu’il était paresseux, soit parce que les parents n’étaient pas assez présents. Mais elle ne s’est jamais posée la question de savoir ce qu’elle pouvait faire pour réconcilier l’enfant avec le système scolaire.

2. Comment l'école pourrait-elle s'adapter à l'enfant ?

Déjà, je pense qu’il faudrait éviter les redoublements intempestifs. Il y a des enfants qui redoublent inutilement et qu’on met en échec psychologique. Ils lâchent alors prise, sont démotivés. Il faudrait se demander pourquoi cet enfant est en échec, et surtout lui donner les moyens de rattraper son retard à l’école. Par exemple, si un enfant n’a pas suffisamment travaillé en maths, il faudrait mettre en place des cours de maths le soir à l’école, pour qu’il puisse rattraper son retard, et passer dans la classe supérieure.

Des statistiques en Suède ont montré qu’un enfant en échec scolaire qui redoublait avait plus de difficultés que celui qui passait en classe supérieure. Je pense qu’il faudrait aussi impliquer un peu plus les parents dans l’école, surtout pour les catégories les plus défavorisées. Le problème c’est que les parents parfois démissionnent et ont une certaine résistance à l’école.

3. Le redoublement vous semble-t-il une solution adaptée ?

Pas forcement. A moins que l’enfant soit en très grande difficulté, qu’il ait été malade pendant une grande partie l’année. L’image narcissique de l’enfant qui redouble, c’est "je suis un mauvais enfant, je suis un mauvais élève", il se décourage et ne fait plus rien. Alors que si on l’encourage, et qu’on lui offre les moyens d’y arriver, il progresse.

4. En tant qu'enseignante, que faites-vous quand un enfant a des difficultés à assimiler ce que vous lui apprenez ? Quelle est votre démarche ?

Quand un enfant ne comprend pas, je me demande si ma méthode d’enseigner est la bonne, et si cette méthode est vraiment adaptée à cet enfant. L’apprentissage c’est quelque chose qui se fait à deux. Après je me demande, s’il y a un disfonctionnement à détecter : une dyslexie, une dysorthographie. Et si je ne sais pas détecter les causes de cet échec je fais appel à des spécialistes.
Je peux inviter les parents à faire un bilan chez l’orthophoniste. Il ya beaucoup de raisons pour qu’un enfant décroche, ce peut être un problème de maturité. Le temps psychologique ne correspond pas forcement au temps scolaire.

5. Pensez-vous que l'école soit en mesure de trouver des réponses efficaces au problème de l'échec scolaire ?

Elle en a la capacité mais ne se pose pas forcement les bonnes questions. Elle ne tient pas compte du désarroi des parents des enfants qui sont en échec scolaire, de la pédagogie adaptée à l’enfant, elle prend des décisions intempestives sans se poser des questions préalables, sans savoir qui ce ne va pas chez l’enfant.
Je pense qu’il faudrait laisser les enfants dans leur classe d’âge, pour éviter qu’ils ne se sentent stigmatisés.

6. Que pensez-vous des heures de soutien mises en place ?

L’idée était bonne, mais c’est assez décevant, assez insuffisant. Ce sont des heures de soutien qui sont faites à des moments où les élèves sont fatigués, soit en fin de journée, soit entre midi et 14 heures.
Les enseignants n’ont pas été formés à ça, ils se contentent souvent de continuer le cours qui a été fait dans la journée, alors qu’il faudrait appliquer d’autres méthodes plus ludiques pour faire apprendre l’enfant. Je pense aussi que ces heures de soutien ont pour effet de stigmatiser un peu plus ces enfants, qui ont l’impression d’être puni avec ces 2 heures supplémentaires.
Les bons élèves qui réussissent bien auront une école allégée, alors que les autres se verront imposer 2 heures supplémentaires.
Je pense qu’il faudrait introduire des spécialistes dans les écoles, des orthophonistes, des psychologues, qui sont formés à la difficulté, et que ce soient ces personnes qui prennent en charge les élèves durant des heures de soutien.

7. Quels conseils donneriez-vous aux parents qui se sentent quelque peu dépassés par l'échec scolaire de leur enfant ?

Il n’y pas de fatalité à l’échec scolaire, il y a toujours quelque chose à faire. Il ne faut pas que les parents baissent les bras, sinon l’enfant aura tendance à se décourager. La première chose à faire est de rencontrer l’enseignant, de lui poser des questions, de lui demander ce qu’il pense des difficultés de l’enfant.

Ensuite, il ne faut pas hésiter à consulter un spécialiste. Les parents peuvent d’abord en parler à leur médecin généraliste ou au médecin scolaire, puis consulter un spécialiste selon les difficultés de l’enfant.
Il est essentiel de dédramatiser et d’essayer de résoudre les problèmes. Il ne faut pas trop confronter l’enfant à ses notes et son classement dans la classe. Cette attitude serait déprimante pour l’enfant. Il ne faut pas oublier que l’école est un lieu de vie, pas de marginalisation.

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