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Comment faire pour avoir un enfant bilingue ? : Interview de de notre expert

Publié par : Clémentine Fitaire (20. septembre 2011)

Barbara Abdelilah-Bauer (linguiste et psychosociologue), fondatrice de l'association des enfants bilingues et du café bilingue. En temps que spécialiste de cette question, dans cette interview, elle nous livre certains précieux conseils...

Doit-on faire un choix de langue pour le bilinguisme ?

Non, bien sûr que non. On n’a pas à faire de choix quand on parle de bilinguisme précoce. Les langues ont toutes la même valeur lorsqu’il s’agit de la langue maternelle. Une mère qui parle avec son bébé, quelle que soit cette langue, de l’arabe ou du breton, ne va pas se dire : je dois parler français. Il n’est pas nécessaire de faire un choix. On doit parler sa langue maternelle ou la langue dans laquelle on se sent le mieux avec son bébé. Car, outre les mots et la grammaire que l’on transmet, il y a aussi la tradition et l’histoire que l’on fait passer.

Ce choix -là est parfois imposé quand des parents monolingues veulent apprendre une autre langue à leur tout-petit. Souvent c’est l’anglais qui prime, car c’est ce que l’on retrouve le plus souvent dans les crèches et les écoles. Mais sinon, il n’y a pas de priorité d’une langue qui serait plus noble que l’autre. L’enfant baignant dans un milieu multilingue, va apprendre toutes les langues, comme si c’était sa langue maternelle.

Quel est l'âge idéal pour acquérir une seconde langue ?

La question ne se pose pas pour un enfant né dans une famille mixte. Il faut lui parler les deux langues dès la naissance, il n’y a pas d’âge idéal à ce moment-là, car le bilinguisme s’acquiert comme une seule langue maternelle. Si, par exemple, l’enfant qui vit en France, est dans une famille monolingue (autre que le français), il peut commencer à apprendre le français dès la naissance avec une nounou, ou à la crèche, plus tard à l’ école maternelle.

Jusqu’à 5 ans environ, l’enfant va acquérir cette 2ème langue de manière intuitive et naturelle sans s’en rendre compte, comme s’il s’agissait de sa langue maternelle. Bien évidemment, cela se fait en mettant en place des interactions, pas en le mettant devant une émission de TV, par exemple.

Après 5 ou 6 ans, l'apprentissage de la deuxième langue se fera autrement. L’enfant a suffisamment acquis la 1ère langue pour savoir très bien s’exprimer. Il va alors aborder une nouvelle langue comme une langue étrangère. On parle alors d’apprentissage de cette seconde langue. En effet dans ce cas-là, il va comparer ce qu’il apprend avec ce qu’il connaît de la première langue. Le mécanisme d’acquisition est différent : il va essayer de comprendre des mots, puis faire des phrases, etc.

Il n’y a pas d’âge critique, on peut apprendre à tout âge. C’est la manière d’apprendre qui est différente.

A partir de quel seuil de compréhension/communication dans une langue parle-t-on de bilinguisme ?
On distingue le bilinguisme actif du passif. Ce dernier concerne un enfant qui entend deux langues dans son entourage et les comprend très bien, mais qui n’éprouve pas la nécessité de reproduire la 2ème langue et donc parler cette langue. Cela peut arriver à partir du moment où dans son environnement, tout le monde comprend ce qu’il dit. Prenons l’exemple de la France où la langue dominante est le français, et la seconde langue, la langue de la famille.
En revanche, on a constaté bien souvent, lorsque l’enfant se retrouve dans le pays de la 2ème langue, avec de la famille qui ne parle que cette langue, il va développer cette capacité de la parler.

Attention, il ne faut pas s’attendre que les enfants soient bilingues actifs dès le premier jour. Il faut être plongé dans ce milieu pendant au moins quelques temps : ça peut aller de quelques jours à quelques semaines. En dehors de cela, l’important dans l’univers dominé par le français, est de maintenir au moins la capacité de compréhension, en créant un environnement où les enfants entendent l’autre langue et leur donner des matériaux : livres, dvd, musique...

La mode est au bilinguisme : est-ce une bonne chose d'inscrire ses enfants dans des structures d'apprentissage hors du contexte familial ?

Oui, ça peut apporter quelque chose. Mais il faut savoir qu’acquérir une seconde langue ne se fera pas avec des séances d’une heure par semaine. C’est un processus lent et il faut que l'apport de cette deuxième langue soit régulier et suffisamment intense. Ceci exclut d’emblée tous les ateliers qui se font une fois par semaine. En revanche, une école bilingue, avec idéalement une moitié de cours dans une langue et l’autre dans la deuxième langue, serait une bonne façon d’apprendre. Toutefois, même avec deux heures par jour, on peut espérer apprendre des choses dans l’autre langue. Parce qu’il faut savoir que les enfants n’apprennent pas la langue mais apprennent des choses dans une autre langue. C’est la différence.

En fait, tout dépend ce qu’on attend de ces apprentissages précoces. On ne peut pas faire aux parents des promesses comme celle de devenir bilingue en ayant une heure de cours le mercredi après-midi. Toutefois, pratiquer une deuxième langue, même à petites doses, les fait réfléchir, leur fait prendre conscience et améliorer leur propre langue. L’autre avantage consiste à rendre familière une langue étrangère pour plus tard.

Est-ce que les enfants de deux parents monolingues, peuvent devenir bilingues ?

Oui c’est possible, notamment s’ils ont une nounou qui leur parle une autre langue. Ou s’ils vont dans une école bilingue, mais au moins de la maternelle jusqu’au bac. En effet, tout dépend de la définition du bilinguisme. Le bilingue parfait ou équilibré n’existe pas. Donc oui, un enfant qui baignera dans un milieu avec une deuxième langue, même avec des parents monolingues, sera toujours plus bilingue que celui qui aura appris sa deuxième langue au lycée. Il faut retenir que cela ne se fait pas en 2 ou 4 ans, il faut aller au minimum jusqu’au lycée.

À lire : " Le défi des enfants bilingues " de Barbara Abdelilah-Bauer - Ed La Découverte.



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