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Enfant handicapé : les règles scandaleuses du Trésor Public

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (13. mai 2014)

Eglantine Eméyé, présentatrice télé, et présidente de l'association Un Pas vers la Vie, s’occupe depuis huit ans de Samy, son fils souffrant d'une forme sévère d'autisme. Chaque mois, elle écrit une chronique exclusive pour Onmeda. Ce mois-ci, elle raconte ses démêlés avec le Trésor Public...

Mi-mars 2014. Je reçois un courrier des impôts. On s’attend rarement à une bonne nouvelle dans ces cas. Bingo ! Pour une nouvelle c’en est une : on m’informe que je fais l’objet d’un contrôle, et que certaines pièces doivent être renvoyées rapidement pour justifier mes déclarations. On me réclame les reçus des dons que je fais à diverses associations. Et puis j’ai fait une erreur de déclaration de CSG. Ok, ça c’est fort possible.

Mais plus curieux, ils veulent aussi les justificatifs de handicap de Samy, et uniquement pour l’année 2011, ce qui est plutôt drôle a priori, comme si Samy pouvait avoir été handicapé à 80% en 2010, autant en 2012, mais pas en 2011 : qui oserait affirmer un handicap pour payer moins d’impôts ? Je m’exécute donc.

Mais une semaine plus tard, revoilà un courrier du Trésor Public, avec son lot de mauvaises nouvelles : je dois de l’argent supplémentaire aux impôts. Et là, je tombe de haut : une des raisons de ce redressement, est que j’ai déclaré en 2011 être « parent isolé », ce qui me donne droit à une réduction d’impôts.

J’assume seule le handicap de mon fils, je vis seule !

A l’époque, je vis seule avec mes deux enfants, dont mon fils Samy handicapé, et épuisée, je décide de loger une étudiante, en échange de son aide. Toutes les deux, nous convenons d’un arrangement : je la loge, la nourris, et elle me garantit une vingtaine d’heures de baby-sitting par semaine. Elle sera libre les week-ends. Courageuse Myriam, a même accepté d’être formée par une des éducatrices de Samy, pour pouvoir s’en occuper !
Dans les faits, j’ai deux baby-sitters : Samira, qui va chercher Samy à son Institut Médico-Educatif, et Myriam, pour Marco après l’école. Toute cette organisation coûte cher, mais elle fonctionne.

Et là, le contrôleur des impôts, à qui je réclame un rendez-vous pour explications, me dit, droit dans les yeux, que puisque je loge une jeune fille, je ne suis donc pas « parent isolé » ! Quelle blague ! Le père de mes enfants n’est pas là, j’assume seule le handicap de mon fils, je vis seule. En tout cas j’en ai l’impression, Myriam ayant sa chambre au fond de l’appartement, à 20 ans, préfère dans ses moments libres son ordinateur et sa musique comme toutes les jeunes filles du monde.

Mais le meilleur reste à venir. Mon contrôleur des impôts m’explique que si je vivais avec un membre de ma famille, même si ce dernier gagne sa vie, là, je peux me considérer comme « parent isolé » : un comble !
Chose bizarre, quand j’ai hébergé un temps ma sœur aînée, qui cherchait un appartement, c’est sans doute la période de ma vie de maman où je me suis sentie la moins isolée : elle m’aidait, faisait les courses, préparait les repas si je rentrais tard... Et comme elle gagnait sa vie, elle n’hésitait pas à participer financièrement. Mais malgré toute cette aide, là, je pouvais être considérée comme seule, isolée.

C’est la loi... c’est pas moi qui l’ai faite !

Je récapitule.
Je loge une étrangère qui me coûte des frais supplémentaires, et aux yeux de l’Etat tout va bien, je peux participer encore un peu plus à la société (qui m’a laissée tomber avec mon fils handicapé).
Je partage mon appartement avec un membre de ma famille (d’après mon contrôleur des impôts, ce peut être ma sœur, mon père ou ma mère, n’importe qui du moment que c’est dans la famille), salarié, adulte, actif dans tous les sens du terme, et l’Etat considère que mes difficultés n’en sont que plus grandes, je ne dois pas payer plus d’impôts.

J’ai bien tout compris là, Monsieur ? Mon interlocuteur acquiesce, visiblement gêné, et va finalement clore le débat d’un magnifique : « C’est comme ça, c’est la loi, c’est pas moi qui l’ai faite ». Ouf ! Ah ben alors, si c’est pas lui tout va bien ! Vive cette société, dans laquelle plus personne n’est responsable de rien, puisqu’il y a toujours quelqu’un au-dessus. Donc plus personne ne prend la responsabilité de s’adapter non plus….

Et je repars, partagée entre l’indignation, le fou rire, et le souci de devoir payer de nouveaux impôts, augmentés d’une majoration en guise de pénalité. Ah oui ! J’ai oublié de vous dire : cette augmentation d’impôts va aussi donner lieu à une augmentation de mes cotisations de taxe d’habitation ! Là, je n’ai pas su pourquoi…
À quand un vrai statut pour les parents d’enfants handicapés ?

Auteur : Églantine Éméyé, présentatrice télé et présidente de l'association Un pas pour la vie.

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