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Lâcher prise : en ai-je (vraiment) besoin ?

Publié par : Dr. Ada Picard (29. août 2017)

© iStock

On se le dit entre amis, entre collègues, entre amoureux : je devrais lâcher-prise, tu devrais lâcher-prise, il ou elle devrait lâcher-prise, nous devrions (…). Il faudrait « lâcher-prise » pour mieux se recentrer, mieux travailler, mieux s’épanouir, se découvrir de nouveaux talents et exploiter sa créativité.

Bref, « lâcher-prise » est le maître-mot du développement personnel, tellement évoqué qu’il en perdu son sens. Tellement conseillé, qu’il est devenu un graal que chaque individu devrait atteindre. Mais au fait, qu’est-ce que c’est le lâcher-prise ? Et en avons-nous tous (vraiment) besoin ?

Lâcher-prise : ce que c’est (et ce que ce n’est pas)

Dans le Larousse, on définit le lâcher-prise de cette manière : « Moyen de libération psychologique consistant à se détacher du désir de maîtrise ». La prise qu’il faudrait lâcher serait donc le « désir de maîtrise ». Mais le désir de maîtriser quoi ? Maîtriser son travail ou l’éducation de ses enfants, maîtriser une activité sportive, maîtriser son corps, maîtriser son épanouissement et maîtriser…son lâcher-prise ?

Se détacher du désir de maîtrise est une illusion bien naïve pour les êtres dotés d’intelligence que nous sommes, qui visons à évoluer et mieux vivre dans notre environnement. Lâcher-prise ne doit donc pas être une fin en soi, auquel cas elle nous conduirait droit vers… le besoin de lâcher-prise.

Néanmoins, comme le précise la définition, le lâcher-prise est un « moyen » destiné à se libérer d’une charge psychique, que l’on s’impose mais dont nous n’avons pas (vraiment) besoin. Cela vous semble abstrait ? Voici donc un petit exercice pour mieux comprendre…

Prenez un stylo (ou un quelconque petit objet) puis serrez la main, fort, autour du stylo. Tendez alors votre main, paume vers le ciel. Et ouvrez vos doigts. Le stylo ne tombe pas. Quelle différence d’effort y a-t-il entre la première et la seconde prise de stylo ? La seconde ne demande-t-elle pas moins d’effort ? Si… mais elle nécessite de l’attention, et un effort musculaire périphérique (celui de tendre la main) moins fatiguant que celui de crisper ses doigts sur sa prise. C’est cela, le lâcher-prise. On ne lâche pas tout (sinon le stylo tombe !) mais on se déleste des efforts superflus.

Autre exemple concret de la vie quotidienne : imaginez que vous passez votre journée à vous préoccuper de l’avis de votre chef sur vos rendus tardifs, etc. Vous focalisez alors votre énergie sur cette idée alors même que vous pourriez la rentabiliser dans d’autres actions. Lâcher-prise consisterait ici à lâcher l’idée d’avoir déplu à notre chef, pour se concentrer et agir sur d’autres choses que l’on peut maîtriser.

Lâcher-prise, ce n’est donc pas tout lâcher. C’est seulement détendre les tensions psychiques et physiques qui ne sont pas « rentables » ou qui ne servent à rien, et les substituer (éventuellement) par des élans plus bénéfiques.

Lâcher-prise : j’en ai besoin si…

Je veux tout bien faire
Je suis épuisé(e)
J’ai mal (au dos, à la tête, la nuque, etc.)
Je m’énerve pour un rien
Je rumine non-stop

1) Je veux tout bien faire

Au travail, à la maison, comme à la salle de sport, vous visez le top. La réussite et l’épanouissement sont votre objectif. Aussi, vous mettez toute votre énergie à satisfaire vos ambitions personnelles et altruistes. Et si par mégarde, un échec ou un conflit obscurcit votre journée, vous sombrez dans la culpabilité. On appelle cela…le perfectionnisme !

  • Le « lâcher-prise » qu’il vous faut :

Ce qu’il vous faut c’est de la détente et de l’amusement ! Retrouver le plaisir de faire, sans rechercher l’excellence. Autorisez-vous à être nul(le) et à rire de vous-mêmes ! L’improvisation théâtrale, la clown-thérapie voire la danse improvisée (danse des 5 rythmes, Danse Mouvement Thérapie, etc.) sont des exemples d’activités qui favorisent ce type de lâcher-prise. Si vous êtes amateur de nature, mettez-vous à jardiner. Si vous êtes manuel, faites de la poterie ou du macramé. Pour cultiver l’humilité, la patience et le plaisir de créer !

  • Ce qu’il ne faut pas faire :

S’imposer de lâcher-prise ! Car vous risquez de retomber dans le cercle vicieux de la perfection. Lâchez l’idée du lâcher-prise, et agissez ! Quoiqu’il arrive, rien ne sera parfait. Même l’épanouissement est un leurre, s’il devient une fin en soi. Alors mettez de côté toutes vos idées sur le bonheur, et savourez le plaisir d’être un novice et d’avoir droit à l’erreur !

2) Je suis épuisé(e)

Même si vous dormez bien la nuit, la fatigue vous assaille. À certains moments vous aimeriez tout lâcher, partir, et ne plus rendre de compte à personne… Tout effort (physique ou intellectuel) vous épuise, et vous commencez à vous replier sur vous-même. Votre ratio gain/perte d’énergie n’est visiblement pas en votre faveur ! Soit votre corps souffre quelque part soit vous utilisez votre énergie de manière inappropriée. Cela arrive lorsque l’on s’échine à des ambitions qui ne nous conviennent pas, à résoudre des conflits insolubles, et caetera.

  • Le « lâcher-prise » qu’il vous faut :

Que vous ayez ou non identifié le nœud de cet épuisement, il vous faut programmer des périodes de repos. Si l’épuisement est important, allez voir votre médecin qui pourra vous prescrire un bilan et un arrêt de travail. Sinon, engagez-vous dans un temps de repos quotidien. Accordez-vous une pause (20 minutes minimum) délimitée dans le temps, TOUS les jours, loin des stimulations (déléguez si besoin !). Allongez-vous, mettez éventuellement de la musique et n’attendez…Rien ! Pratiquez ces « pauses » pendant au moins un mois…Et tenez bon ! Petit à petit, votre esprit se clarifiera et vous identifierez plus facilement vos besoins et les nécessaires changements dans votre quotidien. Peut-être s’agira-t-il de ré-organiser votre temps : par ex. substituer les activités énergivores par des activités enthousiasmantes. Cela peut impliquer d’arrêter une activité, voire de la pratiquer différemment. Par exemple, substituer un trajet en voiture en un trajet à pied (ou en trottinette électrique, à vélo, etc.), etc.

  • Ce qu’il ne faut pas faire :

Tout lâcher du jour au lendemain ! Ce serait une réaction impulsive qui vous soulagerait peut-être à court terme, mais pas à moyen ou long terme. Le lâcher-prise consiste ici à faire une pause, et non à se détacher totalement de ses engagements. Prenez le temps du repos avant de quitter votre travail, votre conjoint(e), etc. La cause de votre épuisement n’est peut-être pas uniquement extérieure, mais aussi intérieure. C’est pour cela qu’il est nécessaire de se recentrer sur soi, de s’écouter, avant de réagir impulsivement. Lâcher-prise, oui, mais pas complètement !

3) J’ai mal (au dos, à la tête, la nuque, etc.)

Voilà des semaines, que vous souffrez du dos, de ce mal de tête ou encore de ce torticolis qui se répète. Tout porte à croire que vous tirez un peu trop sur une (ou plusieurs !) corde(s). Votre corps s’en plaint, et c’est une bonne chose !

Le symptôme psychosomatique est le signe d’une lutte intérieure. Probablement que votre mental (cette partie de nous qui veut maîtriser les choses) prend le pas sur vos besoins physiques. Votre corps souffre…il est temps d’en prendre soin !

  • Le « lâcher-prise » qu’il vous faut :

Comme c’est votre corps qui parle, c’est d’abord à ce dernier qu’il faut répondre. Allez d’abord voir un médecin (pour éliminer une lésion physique) puis un ostéopathe ou un kiné. Faites des étirements, appliquez-vous de la chaleur (ou du frais), faites du bien à cette partie du corps qui a mal.

Puis, retrouvez une activité physique douce qui vous manquait, ou que vous aimeriez faire : la natation, le yoga, le vélo en plein air, la marche, la danse, etc. N’oublions pas que bouger fait partie de nos principaux besoins. Être entouré, aussi. Alors, retrouvez des amis autour de cette activité et – surtout – faites-vous du bien !! Et si vous pratiquiez intensivement une activité, poursuivez-là…en douceur. Lâchez, pendant un temps, votre objectif de performance. Votre corps vous en sera reconnaissant !

  • Ce qu’il ne faut pas faire :

Se résigner à la douleur ! Si accepter sa douleur est nécessaire pour vivre avec ou la soigner, il ne s’agit pas de la supporter sans rien faire ! Le lâcher-prise n’est pas synonyme ici de passivité. Il s’agit au contraire de soulager la douleur, de manière locale puis générale, en retrouvant une mobilité plus plaisante.

4) Je m’énerve pour un rien

Vous êtes susceptible à tendance irritable, et partez au quart de tour pour quelque raison que ce soit. La moindre injustice provoque chez vous de la colère et vous n’hésitez pas à vous en prendre aux autres (ou à vous-mêmes), à la moindre déception. Savez-vous à quoi sert votre colère ? À vous faire prendre conscience que vos besoins ou vos valeurs ne sont pas respectés, voire bafoués, par les autres…ou par vous-mêmes.

  • Le « lâcher-prise » qu’il vous faut :

Ici, ce sont les attentes vis à vis des autres qu’il vous faut lâcher. En vous concentrant sur vous-même plutôt que sur les défauts de votre entourage. Il ne s’agit pas ici de s’en prendre en soi, ni même de prendre sur soi. Mais de se recentrer sur ses propres forces et de les cultiver. Sans lutter contre la colère, on la sublime en agissant dans le sens de nos valeurs. Par exemple, en s’exprimant sur une cause qui nous touche, en s’affirmant auprès de son chef ou de son (sa) conjoint(e), en allant courir pour digérer ses émotions, etc. Le tout est de ne pas rester passif, et d’agir en accord avec soi-même, sans attendre un feu vert de la part des autres.

  • Ce qu’il ne faut pas faire :

Là encore, lâcher-prise ne signifie pas tout lâcher, et déverser sa colère sur les autres. Ce que vous ne devez pas lâcher, ce sont vos valeurs (par ex. le respect, la rigueur, etc.) et vos besoins. En vous engageant en ce sens, vous apprendrez petit à petit à vous affirmer sans tomber dans l’agressivité.

5) Je rumine non-stop

Dans votre tête, ça n’arrête jamais. Vous réfléchissez, anticipez, interprétez, commentez (etc.) sans discontinuer, et jugez chaque instant de votre existence. Ces ruminations, c’est votre mental qui les crée. Plus vous allez donner du crédit à ces idées, plus vous…ruminerez. Idem, si vous essayez de lutter. Voici donc ce que vous pouvez faire si votre mental vous casse les pieds…

  • Le « lâcher-prise » qu’il vous faut :

Commencez par envisager votre esprit actif comme une qualité… Ensuite, intéressez-vous à lui. Observez ce qu’il vous apporte de bon et de mauvais. Faites le ménage dans votre cerveau en pratiquant la méditation de pleine conscience. 10 à 30 minutes tous les jours, en guise d’hygiène mentale.

En quoi consiste la méditation ? À exercer son attention sur le moment présent et à accueillir ce qui s’y présente : les pensées, les émotions, comme les sensations. Soyez curieux de ce qui se passe en vous, même des ruminations, sans lâcher votre ancrage dans le présent (qui repose le plus souvent sur la respiration). À force de pratique, vous serez plus à même de focaliser votre attention sur le présent et sur les pensées inspirantes. Et lâcherez petit à petit les pensées négatives.

  • Ce qu’il ne faut pas faire :

Chercher à arrêter de penser ! Il n’y a rien à faire, l’être humain est fait pour réfléchir, comprendre et anticiper. Ne cherchez donc pas à faire le vide, comme certains le préconisent, car cela ne fera qu’accroître vos ruminations. Acceptez que les pensées se bousculent, laissez-les venir, et d’elles-mêmes elles lâcheront prise !

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Auteur : Dr Ada Picard, psychiatre et psychothérapeute cogntivo-comportementaliste à Paris.



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