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La résilience : interview de Boris Cyrulnik : Ce qui influence la résilience

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (18. septembre 2012)

Suite de l'interview de Boris Cyrulnik sur la résilience, le traumatisme initial...

Quels sont les facteurs qui facilitent la résilience ?
Boris Cyrulnik : Il existe des facteurs de protection avant le traumatisme. Quand l’enfant a été bien sécurisé et qu’il a appris à mentaliser, c’est-à-dire à se servir de représentations d’images et de mots, en cas de malheur, il résistera mieux qu’un enfant dépourvu de ce facteur de protection.

Et après le traumatisme ?
B. C. : Ensuite, après l’agression, on note deux éléments essentiels à la résilience : le soutien et le sens. Si après le traumatisme, quel qu’il soit, la personne est soutenue et sécurisée, le processus se mettra plus facilement en place. Donner un sens à ce qui est arrivé est primordial également.

Et quels sont les facteurs qui freinent le processus de résilience ?
B.C. : Plusieurs facteurs sont à prendre en compte. Tout d’abord l’isolement affectif. Comme on l’a vu, l’isolement sensoriel provoque une atrophie cérébrale et arrête tout développement. Si une personne est seule, la résilience est impossible, la personne est prisonnière du drame. Aucun être humain ne peut vivre seul, on vit en société, en relation, en interaction et quand on est seul, on est très altéré. C’est d’autant plus vrai pour une personne traumatisée.
Si on nous empêche de parler, si on nous empêche de réfléchir, on ne peut pas donner sens à ce qui nous est arrivé. L’absence de sens est donc un frein à la résilience. La honte également. Il est fréquent que les personnes traumatisées se sentent fautives de ce qui leur est arrivé, elles se mettent alors en retrait et ne vont ni parler, ni mentaliser leur traumatisme, ce qui peut l’aggraver.

Des facteurs génétiques jouent-ils un rôle dans la résilience ?
B.C. : En effet, un déterminant génétique existe. Les personnes qui sécrètent le neuropeptide Y (précurseur de l’hormone DHEA) s’avèrent moins émotives et donc tiennent mieux le coup après un traumatisme.
Un autre déterminant de l’émotion est le neuromédiateur sérotonine. Les personnes qui en sécrètent peu, sont des personnes sensibles, pour elles, les coups du sort sont plus douloureux. Celles qui en secrètent beaucoup souffrent moins.

Quel est le rôle de l'âge dans la résilience ?
L’âge au moment du traumatisme influence également le processus de résilience. Il y a des périodes sensibles où un événement aura un impact plus important. Par exemple, si un enfant est privé de parole entre le 20ème et le 30ème mois, période où il doit apprendre à parler, le processus de résilience sera difficile à déclencher car l’enfant aura beaucoup de mal à comprendre. En revanche, s’il est privé de parole avant 20 mois ou après 30 mois, la résilience verbale sera plus facile si une niche affective est réorganisée autour de lui.


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