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La résilience : interview de Boris Cyrulnik : Le rôle de la culture

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (18. septembre 2012)

Suite de l'interview de Boris Cyrulnik sur la résilience, l'importance de la culture, le déni...

Le déni est-il un frein à la résilience ?
Boris Cyrulnik : Le déni est le mécanisme de défense le plus habituel, aussi bien pour les traumatisés que pour leur entourage. Le déni est protecteur car il permet de moins souffrir, mais il empêche d’affronter et donc d’analyser les conditions de la résilience, et peut freiner le processus.
Je compare ça à un plâtre après une fracture de la jambe : si on fait marcher une personne trop tôt après une fracture, on va l’aggraver, alors qu’avec un plâtre, on donne à l’os le temps de se remettre en place. Mais on ne peut pas passer sa vie avec un plâtre, à un moment il faut l’enlever. De la même façon, on ne peut pas passer sa vie dans le déni, à un moment il faut en parler. Mais on ne peut en parler que quand notre famille, notre entourage et notre culture ont également cessé de se protéger par le déni.

Quel rôle joue la culture dans l'acceptation de son traumatisme ?
B.C. : Lorsque notre famille, notre entourage, notre culture se protègent aussi par le déni, à ce moment-là, la culture a un rôle, que ce soit grâce au romancier, au philosophe, à l’historien, au journaliste ou au cinéaste.
Prenons l’exemple du dessin animé Persépolis [de Marjane Satrapi]. Il montre la condition des femmes sous les dictatures religieuses en Iran. Même s’il s’agit en partie d’une fiction, il pose le problème et fait prendre conscience de la condition des femmes en Iran. La personne blessée peut alors lever le déni, à condition que l’entourage familial et culturel accepte lui aussi de le lever. Dès lors qu’un film ou un roman met en scène ce qui nous est arrivé, le traumatisme prend sens et la réflexion et donc la résilience sont possibles.

Le processus de résilience se met-il plus difficilement en place après un deuxième traumatisme ?

B.C. : Cela dépend de la façon dont a été vécu le premier traumatisme. Des observations ont été faites sur les Italiens après l’éruption du Vésuve et sur les juifs qui ont connu la Shoah et qui sont allés ensuite en Israël. Les Italiens qui ont survécu à une première éruption car ils ont été secourus, affronteront mieux la situation en cas de seconde éruption plusieurs années après.
A l’inverse, les juifs ayant été victimes de la Shoah, que l’on a fait taire pendant la guerre et même après, vivent très mal le fait d’être confrontés aux guerres ou aux attentats qui sévissent en Israël. Ils ont acquis un facteur de vulnérabilité, alors que les Italiens ont acquis un facteur de résistance.

Sources et notes :
- Résilience Connaissances de base sous la direction de Boris Cyrulnik et de Gérard Jorland, Editions Odile Jacob, 2010.
- Boris Cyrulnik,Sauve-toi, la vie t'appelle, éd. Odile Jacob, 2012


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