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Ma mère, ma soeur et... (moi)

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  • Ma mère, ma soeur et... (moi)



    J'ai besoin d'aide.
    Lorsque ma soeur et moi étions petites, nous vivions seules avec notre mère dans un petit appartement. Notre père est parti un matin de mai. Il faisait beau. Pourtant, je me souviens qu'il pleuvait mais en vrai il faisait beau.
    Notre mère nous a élevé seule, se privant parfois de repas pour que nous puissions manger. Nous étions très proches toutes les trois. Jamais de dispute, de bagarre, de cris.

    Un jour, elle a rencontré un homme. ça a été le coup de foudre. Il avait déjà un fils. En un an, ils se sont mariés, ont emménagé ensemble et ont eu un enfant. Une petite fille.
    Nous étions vraiment très contentes pour notre mère. Tout se passait bien. Ma soeur et moi étions toujours très fusionnelles. On passait tout notre temps ensemble même si on avait chacune notre chambre, dans la nouvelle maison. A la naissance de notre petite soeur, ma grande soeur s'occupait souvent d'elle. Je ne pouvais pas l'approcher. Je n'avais pas le droit. Elle jouait avec elle, la lavait, lui donnait le biberon. Moi je devais rester en dehors de leur relation. Pourquoi..? Je n'ai jamais su. Mais nous étions, ma grande soeur et moi, très amies. Nous nous entendions à merveille.

    Le temps a passé. Elle est entrée au collège. J'étais en CM1. A partir de cette instant, en devenant adolescente, elle n'a plus du tout été la même. Lorsqu'à mon tour je suis entrée en sixième, tout a basculé. La journée, elle ne travaillait plus, elle faisait des crises de spasmophilie, écrivait des phrases morbides sur des bouts de papiers et allait voir la psy du collège presque tous les jours. Je voyais ma mère se décomposer de jour en jour. Elles se disputaient très souvent pour les dévoirs, les taches ménagères etc... Je ne pouvais rien faire, sinon attendre la fin des cris. Ma mère l'a emmené voir un psychiatre, elle essayait de lui parler. Elle a tout fait pour ma grande soeur.
    L'année suivante, elle était en troisième et moi en cinquième, elle a commencé à se mutiler et à parler aux murs. Elle leur donnait des noms. Ma mère a été contrainte de l'envoyer dans une école spéciale pour qu'on s'occupe d'elle. Nous la voyions le week-end.

    Mes professeurs ont remarqué que j'avais changé. J'ai toujours été très souriante et active en classe. Mais je ne suis plus qu'un silence triste. Ils ont appelé ma mère pour lui dire. J'ai eu peur! J'ai eu tellement peur! Je ne voulais surtout pas qu'elle s'inquiète pour moi, elle avait assez de soucis comme ça! Depuis ce jour je fais semblant, à la maison. Je ris, je fais des blagues idiotes, je garde un faux sourire pour cacher ma tristesse. Je me suis un peu consolée en faisant du piano, dès que je peux.
    Ma grande soeur est retournée au collège, quelques mois après, avec un emploi du temps aménagé. Et, juste avant les vacances de Noël, elle a fugué. Et ça a été le début de la fin.

    Je me suis levée, ce matin là, ma mère était penchée sur la table. Je me suis approchée. Elle tenait une lettre où ma soeur disait qu'elle était partie, qu'elle était désolée, qu'elle regrettait. Nous avons essayé de relativiser. Je me souviens avoir dit:"Mais on ne voit ça que dans les films!" et ma mère a rit. Heureusement, elle répondait à mes messages. Nous avons appris qu'elle avait pris le métro jusqu'à la gare. Je suis allée au collège, en gardant mon téléphone allumé. Ma mère est parti à la gare pendant ce temps. La meilleure amie de ma soeur est arrivée et nous sommes tombées dans les bras l'une de l'autre car ma soeur avait envoyé un message d'adieu à toutes ses copines. J'ai réussi à appeler ma soeur, au milieu d'un couloir, en plein intercours. Les professeurs n'ont rien dit. Ma mère lui a acheté un billet de train pour Marseille, pour rejoindre notre père.
    Le soir de Noël, elle n'était pas là, pour la première fois. Nous avons beaucoup pleuré, ma mère et moi, en silence. Mes notes ont énormément baissé cette année-là.

    J'ai su par la suite que ma soeur n'avait pas du tout l'intention de se rendre chez notre père. Elle voulait, avec quelques centimes en poche, se rendre à Bordeaux pour rejoindre son petit copain qu'elle s'était fait sur Internet. Elle ne l'avait jamais vu en vrai et pensait pouvoir vivre chez lui. Elle est rentrée dans une école privée à Marseille, pour finir sa troisième et faire sa seconde.
    Je ne la vois plus que pendant les vacances, et encore, pas toujours car il y en a certaines que nous n'avons pas en commun.

    Ma petite soeur a vu sa protectrice partir sans comprendre. Elle ne s'est pas raprochée de moi.

    L'année dernière, j'étais en 4ième, c'était ma première rentrée sans elle. Elle qui faisait la sienne, le lendemain, à Marseille, au Lycée. Je ne disais plus rien. Pas un mot en classe, silence dans la cour. J'étais complètement rongée. Je suis devenue agoraphobe. J'ai sans cesse de fortes migraines. Je me ronge les ongles et j'ai les doigts en sang. J'ai eu la chance de rencontrer une prof de français formidable qui m'a aidée. Mais je reste triste et très solitaire.

    Cette année, je suis en troisième. Ma soeur en première dans un internat horticole qui lui plait beaucoup. Elle a refait sa vie. Elle a des amis, s'amuse, aime sa nouvelle école, se balade sur la plage au soleil et a trouvé un nouvel amoureux, dans sa classe. En vrai, pas un hologramme, pas un amour virtuel. Elle est heureuse.

    Mais elle nous a laissées, ma mère et moi, tristes et blessées pour toujours. Ma mère est très malade. Très fatiguée. Elle est restée en arrêt maladie pendant 5 mois. Elle a repris le travail à mi-temps mais rentre le soir à bout de nerf, harassée. Elle doit faire le repas, le ménage, le linge. J'essaye de l'aider comme je peux... je mets la table, je vais chercher le pain. Elle se dispute très souvent avec mon beau-père. Il y a beaucoup de cris à la maison. Et je suis obligée de les supporter. Je dois rester dans la même pièce qu'eux pour éviter que ça dégénère. Je sais que si je me réfugie dans ma chambre, ils se permettront de crier plus fort encore. Ils me prennent tous les deux à parti, pour savoir qui a raison. Mais je ne veux pas rentrer dans leurs disputes, moi ! Je me tais, je les laisse faire, je suis impuissante.

    Notre entourage ne voit pas que je suis triste. Ils plaignent ma mère, mon beau-père. Mais moi je ne suis qu'un décor. Tout ma vie je n'ai été que "la petite soeur". Sous prétexe que je ne suis que ça, je n'ai pas le droit d'être triste, moi aussi? Je suis une plante verte qu'on oublie d'arroser. Je suis une buisson en carton, sur la scène où se joue un drame familial. Les plantes vertes et les cartons ne pleurent pas... Pour les autres, c'est une affaire entre ma mère et mes soeurs. La petite a le droit d'être triste car son ange gardien vient de partir. Ma mère a le droit d'être triste car sa fille vient de partir. Moi, entre parenthèses, je ne compte pas. Je ne suis que la soeur, je n'ai pas le droit d'être triste. Je suis un détail. Une poussière.

    Je suis perdue... Ma soeur est loin de moi, ma mère est malade et elle se dispute sans arrêt avec mon beau-père. Je suis très seule, je ne parle jamais. Je fais semblant, à la maison. Mais j'en ai marre de faire semblant d'être heureuse! C'est tellement difficile! Je joue du piano, encore et encore. Et j'écris comme je cris: en silence.

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