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Quand la grossesse se termine mal... : Le témoignage d'une femme

Publié par : Clémentine Fitaire (04. août 2009)

Témoignage de Fabienne, 34 ans, maman de 4 enfants dont trois de 8 à 3 ans, et de Gabin, décédé à plus de 7 mois de grossesse (mort in utero).

Comment s'est passé votre grossesse ?
« Vous le sentez bouger ? Non pas beaucoup ». Voilà les échanges que j’avais à chaque rendez-vous. Non Gabin ne bougeait pas beaucoup contrairement à ses frères et sa soeur qui faisaient des galipettes à longueur de journée. Lors de la visite du 7ème mois, j’ai été rassurée car tout allait bien : mon bébé pèse un peu plus d'un kilo, ce sera un petit garçon, me dit le gynécologue. Regardez, vous ne le sentez pas, mais il bouge. Ah oui, sur l'écho je vois bien qu'il bouge et emmène son pouce à sa bouche.

Que s'est-t-il passé alors ?

Je ne sentais plus mon bébé depuis plusieurs jours. Toutefois, quelques contractions m’ont fait penser qu'il bougeait dans mon ventre. J’étais alors fatiguée, mon ventre pesait de plus en plus, et je sentais que mon bébé poussait vers le bas. Je me suis dit qu'il fallait peut être que je lève le pied, la fin de l'année scolaire approchait et il y avait beaucoup de choses à faire. Le lendemain, j’ai contracté de plus en plus, je perdais un peu de sang, j'ai appelé mon gynécologue qui m’a dit d'aller à la maternité faire un contrôle. Je suis partie effrayée, je me suis dit que c'était trop tôt 7 mois de grossesse, mon bébé ne pouvait pas naître maintenant. Arrivée à la maternité, j’ai été prise en charge par une élève sage-femme, elle m’a fait allonger, a posé le monitoring. En vain, pas le moindre petit bruit, elle me dit qu'elle allait chercher la sage-femme, je voyais revenir pas une mais deux sages-femmes qui ont cherché le rythme cardiaque du foetus. Elles enchaînaient avec une échographie puis me disaient qu'elles allaient appeler le gynécologue, que lui avait plus l'habitude des échographies.

Vous avez alors compris qu'il y avait un problème ?

J’ai tout de suite vu à leurs visages que quelque chose n’allait pas, mais je ne voulais pas y croire. Elles ont dit qu'il y a une probabilité qu'il y ait un souci, et là je me suis effondrée. J’ai voulu garder espoir me disant que le gynécologue va y arriver lui... Il a tenté mais il a fini par annoncer que malheureusement, il n'y avait plus d'activité cardiaque.

Après cette terrible nouvelle ?

Je ne sais plus, j’ai eu l’impression d'être ailleurs, que j’allais me réveiller. Ce n’est pas possible... On me parle d' accouchement, d'autopsie, de funérailles, de tests qu'on va devoir me faire... Tout se mélange, je ne peux pas y croire, pourquoi mon bébé, pourquoi je ne l'ai pas senti, pourquoi, pourquoi... En vrac : mon mari effondré, moi au milieu des mamans qui arrivent pour accoucher, le gynécologue qui 10 minutes auparavant m'a annoncé le décès de mon bébé : « Allez courage, ce n'est pas grave vous remettrez ça, vous êtes jeune. »

Le témoignage de Fabienne

Fabienne, 34 ans, raconte l'accouchement de son bébé mort in utero...


Puis vous avez dû " accoucher "...
Après l'annonce de cette mort in utero, on m'a expliqué que j’allais devoir accoucher. Je voulais qu'on m'endorme pour me faire une césarienne, mais non ce n'est pas possible : il faut accoucher par voie basse. Accoucher, donner la vie, mais mon bébé était mort... comment peut-on me demander d'accoucher ? Je voulais rentrer chez moi, voir mes enfants, leur dire que tout va bien mais je ne pouvais pas. On m’a dit qu'on allait me donner des comprimés, que ça pouvait prendre plusieurs jours, que je devais rester cette nuit. Il était 20 heures, ça faisait 3 heures que j’étais partie de la maison, on était mon mari et moi dans la chambre, il fallait maintenant prévenir nos proches, nos enfants qui pensaient que j’allais rentrer avec le bébé... Je ne voulais voir, ni parler à personne, je me sentais tellement coupable, coupable de n'avoir rien senti, de ne pas avoir réagi plus tôt, coupable d'avoir fait mourir mon bébé, oui ça vient forcément de moi : qu'est-ce que j'ai fait ou pas fait ? Cette question je me la suis posée des milliers de fois, et je me la poserai toute ma vie.

Et puis mon mari s'est assoupi, il n’a dit rien, je ne savais pas ce qu'il pensait, m'en voulait-il, était-il aussi anéanti que moi ? Oui, c'était lui, sa manière de réagir, mais comme je lui en ai voulu de ce silence, il était là, mais en silence...

Comment s'est passé l'accouchement ?
Le lendemain, à 9 h 35 et après 2 poussées, Gabin est né dans le silence le plus total. Il était magnifique, ressemblant à ses frères, mais il avait l'air d'avoir tellement souffert. Je l'ai gardé dans mes bras pendant deux heures n'arrivant pas à le laisser partir. Je savais que si je le laissais partir, je ne le prendrais plus jamais contre moi. Nous sommes restés tous les 3 avec mon mari pendant ces deux heures, nous lui avons parlé, nous savions que ce serait les seuls moments qu'on aurait avec lui.
Nous avons voulu le déclarer. Évidemment. Nous avons décidé tous les deux que nous ne voulions pas d'autopsie, que personne ne touche à notre bébé. Aujourd'hui je le regrette je me dis que peut être nous aurions eu des réponses, peut être que nous avons été mal conseillés, peut être que nous n'avons pas su écouter.

Comment voyez-vous l'avenir près de 6 mois après le décès de votre bébé ?
Dès le retour de la maternité, il m'a fallut affronter les regards et les questions des gens. Aujourd’hui, ce qui fait le plus mal, c'est l'indifférence des gens, leur manière de faire comme si je n'avais jamais porté ce bébé, les femmes enceintes, les nouvelles mamans qui m'évitent comme si j'avais la peste, mon entourage qui prépare les fêtes comme les autres années et qui ne comprend pas que nous puissions être moins enjoués à l'idée de faire la fête.
Et puis l'oubli, nous avons besoin que Gabin soit présent dans notre famille, j'en parle souvent aux enfants. Mais en dehors de nous 5, personne n'en parle...
Pour le moment je ne me sens pas suffisamment forte pour vivre sereinement une autre grossesse. Et puis j'aurais l'impression de "remplacer" Gabin, et ça je ne le veux pas.

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