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Quand la grossesse se termine mal... : Les conseils du psychiatre

Publié par : Clémentine Fitaire (04. août 2009)

Quelques conseils du Dr Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste - Institut de Puériculture et de Périnatalogie de Paris.

Le drame de la mort in utero d'un bébé est-il plus difficile à vivre lors d'une première grossesse ?

J’ai envie de dire que c’est toujours extrêmement douloureux. J’ajouterais toutefois qu’il y a une différence notable : une première grossesse laisse une crainte de ne jamais avoir d’enfants. Cela touche au pouvoir de procréation. Alors que les mamans qui ont déjà eu des enfants, expriment parfois même une gêne lors des groupes de parole, à l’idée d’avoir la chance d’être maman d'un bébé (ou plusieurs) en vie.

Quels conseils pouvez-vous préconiser pour que cela se passe le moins terriblement possible ?

La formation du personnel est primordiale. Elle est indispensable pour créer une enveloppe autour des parents, et être respectueux de leur souffrance.

Il faudrait faire connaître plus largement le deuil périnatal à la société et notamment dans les milieux professionnels où les femmes se sentent parfois évitées ou malmenées. « Il serait temps que tu te remettes vraiment au travail », s’entendent-elles dire parfois après le décès récent de leur bébé.

Après bien sûr, il faut intensifier l’offre de soins proposée par les psychologues et les psychiatres, cela peut être des entretiens individuels ou en couple, ou des groupes de parole.

Est-ce qu'accoucher dans un autre service que la maternité est une bonne idée ? C’est très discutable, car ces femmes sont tout de même des mamans. Il faut bien évidemment éviter de les laisser dans la même chambre qu’une maman avec un bébé. Les faire accoucher dans un service de gastro-entérologie ou d’orthopédie, comme je l’ai déjà vu, où les équipes ne sont pas formées, où elles n’auraient pas l’attention nécessaire, n’est pas une bonne idée. Et puis, pour injecter la vie, il faut qu’elle soit présente, sans que cela soit indécent. Une maman mise à l’écart pourrait penser qu’elle est une pestiférée.

Faut-il envisager une grossesse dans l'immédiat ou faut-il attendre, quels sont vos conseils ?

Il faut attendre d’être prêt, même si on n’est jamais vraiment prêt finalement. Pourtant à un moment donné, les mères ont fait suffisamment de chemin pour faire une place au bébé suivant. Elles sentent alors qu’il y a une place pour chacun : le bébé qui est mort et celui à naître. Il fut un temps où l’on recommandait de ne pas refaire un bébé trop vite, mais l’expérience montre que cela se fait souvent rapidement. Même si les mamans culpabilisent et ont l’impression de trahir le bébé précédent. On est là pour les rassurer, pour les accompagner quand elles sentent le bébé bouger, quand elles comparent, différencient leurs grossesses, quand elles parlent de leurs angoisses et du bébé à venir et qu’elles se rendent compte qu’il y a bien de la place pour les deux bébés...

Au final, il n’est pas forcément nécessaire d’attendre un an, mais il serait bien d’attendre au moins la date prévue d’ accouchement (DPA), afin qu’il n’y ait aucune confusion possible entre les deux grossesses. Que la deuxième grossesse ne se superpose pas à la première.

Quel suivi y-a-t-il après un accouchement qui finit mal ?

Il y a davantage de maternités qui proposent un suivi psychologique, même si cela reste encore insuffisant. En dehors de l’aide spécifique apportée par les psy, l’accompagnement fait par l’équipe dans son ensemble est essentiel. Et je suis amenée de plus en plus fréquemment avec des collègues à former des équipes entières depuis les secrétaires, aux obstétriciens en passant par les aides-soignants. C’est très important, car le décès d’un bébé fait vivre toutes sortes d’émotions aux soignants qui peuvent alors se sentir en difficulté pour aborder les parents. Dans certains centres, il y a un livret d’accueil. Véritable trait d’union entre l’équipe et les parents, il explique comment vont se dérouler l’ hospitalisation et l’accouchement et informe des droits, des formalités à accomplir, des obsèques...

Des associations se sont mises en place pour soutenir les parents endeuillés. Il y a également des groupes de parole. Parler de ce drame, les aide à se déculpabiliser, car elles ont toutes en commun de s’en vouloir : d’avoir trop travaillé, d’avoir fait parfois une IMG, de l’avoir fait souffrir...

Par ailleurs, on forme de plus en plus les étudiants. Il y a des diplômes universitaires qui permettent de mieux approcher cette question. Ce serait maltraiter les parents en ne leur proposant pas un accueil en rapport avec leur chagrin.

Depuis juin 2009, il est possible de déclarer l'enfant mort à l'Etat civil, cela a réellement changé les choses pour les parents qui vivent ce drame ?

Pour les parents qui perdent leur enfant avant 22 semaines d’ aménorrhée (SA), cela fait un changement important puisqu’ils peuvent maintenant le déclarer à l’Etat civil s’ils le souhaitent. Auparavant, il n’était pas possible d'effectuer cette démarche, en dessous de cette limite. Et parfois certains parents pour qui une interruption médicale de grossesse (IMG) était décidée (en raison de graves malformations), attendaient une semaine ou deux pour arriver à cette date qui leur permettait de le reconnaître. C’était très pénible pour eux.

On peut aussi déclarer le décès in utero de façon rétroactive ?
Avec cette circulaire on peut déclarer le décès de son bébé rétroactivement jusqu’en janvier 1993. Ainsi, certains parents qui n’avaient pas pu le déclarer, soit du fait du terme inférieur à 22 SA ou de son poids inférieur à 500 g, ou parce que c’était inconcevable et irreprésentable à ce moment-là pour eux, ont pu le reconnaître de manière rétroactive.

Cette circulaire a également modifié beaucoup de choses dans l’accompagnement proposé aux parents. Leur douleur est davantage prise en compte et ils sont mieux informés de tout ce qui concerne leur bébé et le devenir de son corps. Même si des progrès sont encore à faire, les équipes essayent de soutenir aux mieux les parents. Par ailleurs, la circulaire a permis d’entreprendre un travail de formation auprès des équipes côtoyant les parents endeuillés.

Mort in utero : conseils du Dr Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste

Mort in utero : conseils du Dr Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste


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