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Marine, psychiatre aux urgences de Paris : comment elle a tenu après les attentats

Publié par : Dr. Ada Picard (15. novembre 2016)


Elle s’appelle Marine, a la trentaine passée et un boulot un peu particulier. Elle est : psychiatre. Psychiatre en victimologie à l’Hôtel Dieu de Paris. Il y a un an, le 14 novembre 2015, elle était en poste. 7 jours 7, la nuit pour récupérer, elle a assuré les soins psychiques de victimes directes des attentats de Paris. Etonnamment, elle a « géré ». Tout à tour wonder-psychiatre et femme vulnérable, elle nous raconte.


Métro, urgences, dodo

Six ans qu’elle exerce son métier de psychiatre, six ans qu’elle accompagne des personnes psychologiquement souffrantes. Aujourd’hui, le Dr Marine Bernard exerce à l’Hôtel-Dieu à Paris, en unité de victimologie, où elle partage son temps entre consultations de suivi, urgences psychiatriques et urgences médico-judiciaires. Des femmes victimes de violence physique aux intoxiqués à l'alcool en passant par les attaques de panique, voilà le type de « patients » que Marine soutient au quotidien. Une routine bien particulière vue de l’extérieur, mais à laquelle Marine se prête avec énergie et ténacité. En se ressourçant grâce à ses amis, l’escalade, le théâtre…


L'horreur par procuration 

Il y a un an, ces « habitudes » ont été bouleversées. Le lendemain de cette soirée du 13 novembre 2015, durant laquelle Marine « buvait un coup avec des copains », Marine s’est présentée dans son service. Et à partir de ce jour-là, ce fut non-stop : « De 10 demandes de consultations d’urgence par jour, nous sommes passés à 100 » précise la psychiatre. « C’était hyper difficile les deux premières semaines » ajoute-t-elle. Dès le samedi, Marine a commencé à enchaîner les entretiens auprès des victimes directes de l’attentat.

« Les mots étaient hyper crus. J’ai entendu, et imaginé les images affreuses, du sang qui colle par terre aux corps déchiquetés »

Une heure à une heure 30 passée avec chaque personne, et aucun temps de pause. « Le traumatisme était très frais. Les mots étaient hyper crus. J’ai entendu, et imaginé, des choses affreuses, comme une description des corps déchiquetés et du sang qui colle par terre». Images affreuses qui lui revenaient parfois à l’esprit, le soir ou la nuit.


L'émotion de plein fouet
« Il y a plein de fois où j’ai eu envie de pleurer. Mais j’ai décidé de ne pas lutter contre ça. Quand j’avais les larmes aux yeux face aux patients, je ne me retenais pas » raconte Marine. Et c’est peut-être un des éléments qui l’a aidé : ne pas lutter contre ses émotions, forcément débordantes par moment.

« Il y a plein de fois où j’ai eu envie de pleurer. Mais j’ai décidé de ne pas lutter contre ça. Quand j’avais les larmes aux yeux face aux patients, je ne me retenais pas »

Et puis il y avait son équipe « hyper-soudée », et la présence massive de médecins volontaires, qui se réunissaient tous les soirs pour débriefer. "Sans cette solidarité, on n’aurait pas pu tenir » constate la psychiatre. Et si il y avait des moments où elle « n’en pouvait plus », elle se ressourçait grâce à la gratitude rendue par les patients. « Je me suis sentie utile » dit-elle. 


Et la vie (de femme) qui continue 

Depuis janvier 2016, le rythme s’est ralentit. Marine Bernard consacre aujourd’hui la moitié de son temps aux victimes de l’attentat de Paris. Elle leur propose en grande partie une psychothérapie cognitive et comportementale, destinée à soigner le stress post-traumatique.

« Ce qui m'inquiète, ce sont les conséquences politiques, le racisme et la peur qui règne dans la population »

Avec le recul, Marine saisit le côté positif de cette période émotionnellement et physiquement dense. « Je me suis sentie citoyenne » développe-t-elle. Des angoisses concernant de nouveaux attentats ? Aucune. « De toute façon on ne peut rien faire ni anticiper, donc ça ne sert à rien de se prendre la tête ». Cependant, la jeune psy a des inquiétudes : « les conséquences politiques, le racisme et la peur qui règne dans la population ». Peut-être qu’un jour elle se lancera dans un mouvement anti-raciste…Mais en attendant, elle s’adonne à ses plaisirs. Ces temps-ci, Marine clôt ses journées par des représentations…au théâtre et se défoule physiquement en faisant « beaucoup d’escalade ».

Propos recueillis par : Ada Picard
Entretien réalisé le : 14 novembre 2016

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