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Maigrir : tout savoir sur l'opération de la sleeve : les conseils du chirurgien

Publié par : Dr. Nicolas Evrard

Le Pr Jean-Marc Chevallier du service de chirurgie digestive, cœlioscopie et de l'obésité de l’Hôpital Européen Georges Pompidou (Paris) et Président de la SOFFCO (Société Française et Francophone de Chirurgie de l'Obésité). Ce chirurgien spécialiste nous livre son point de vue sur la pratique abusive de la sleeve...

Bien que la sleeve soit prévue pour des personnes ayant un IMC supérieur à 60, de nombreux chirurgiens la pratiquent en dehors des indications. Qu'en pensez-vous ?

Certains chirurgiens se sont dit que puisque la sleeve marche pour les cas les plus graves, pourquoi ne pas la pratiquer pour les autres. Premièrement, ce n’est pas justifié sur le plan scientifique. Deuxièmement, ce n’est pas défendable d’un point de vue éthique.

Pour quelles raisons ?
Il est inacceptable qu’une opération soit pratiquée lorsque le risque de complications associées est plus important que les risques liés à l’obésité elle-même. Or, c’est le cas pour la sleeve. Ici, dans notre centre spécialisé de chirurgie de l’obésité, nous prenons en charge les patients qui ont eu des complications à cause d’une sleeve. Nous voyons souvent de jeunes patients dans des situations qui peuvent être gravissimes, alors qu’ils n’étaient même pas au stade de l’obésité morbide. Ce n’est pas acceptable. Les chirurgiens qui nous envoient ces patients, ne se rendent pas compte des difficultés qui peuvent survenir.

Y a-t-il des cas exceptionnels qui pourraient néanmoins justifier la pratique d'une sleeve sur des personnes dont l'IMC est inférieur à 60 ?

Pour moi, les seules raisons pour réaliser une sleeve en dehors des indications, ce sont la nécessité d’avoir accès à l’estomac pour une surveillance et l’impossibilité de pouvoir prendre les vitamines de substitution nécessaires après un bypass (non-disponibilité dans certains pays ou trop coûteux).
Sinon, il est moins dangereux et plus efficace de choisir l’anneau gastrique ou le bypass.

D'après vous, pourquoi la sleeve est-elle alors autant pratiquée par rapport aux autres techniques ? Est-elle réellement efficace ?

Un certain nombre de chirurgiens se sont lancés dans la chirurgie de l’obésité avec l’apparition de la sleeve. Cette technique est vite apparue comme la solution miracle et soi-disant simple. Ce qui est totalement faux étant donné les risques potentiels, mais également du fait de son efficacité qui est transitoire. Effectivement, trois ans après une sleeve, la majorité des personnes voient leur estomac se dilater et reprennent donc du poids. De ce fait, ¾ des personnes ayant eu une sleeve vont finalement avoir un bypass. C’est ce pourquoi la sleeve a été créée. Mais autant cette opération de sleeve est légitime pour des personnes chez qui le bypass ne peut être effectué dans un premier temps, autant c’est illogique si on peut le faire d’emblée.

Et l'anneau gastrique ?
Par ailleurs, l’anneau gastrique qui consiste également à réduire le volume de l’estomac (mais de façon réversible), s’avère tout aussi efficace que la sleeve, pour peu que les règles diététiques soient respectées. D’ailleurs, ce sont les mêmes pour les deux opérations : manger de façon fractionnée et en petite quantité. Mais avec l’anneau gastrique, il n’y absolument pas de risque aussi grave que la sleeve.


Pr Jean-Marc Chevallier, chirurgien spécialiste digestif

Pr Jean-Marc Chevallier, chirurgien spécialiste digestif

Baisse d'efficacité avec le temps

Suite de l'interview du Pr Jean-Marc Chevallier du service de chirurgie digestive, coelioscopie et de l'obésité de l'Hôpital Européen Georges Pompidou (Paris) et Président de la SOFFCO (Société Française et Francophone de Chirurgie de l'Obésité). Il explique pourquoi la sleeve devient moins efficace avec le temps...

Comment se fait-il que la sleeve perde en efficacité à long terme ?

Le problème vient du principe même de la sleeve. A la sortie de l’estomac se trouve un sphincter, le pylore. Il est généralement fermé et ne s’ouvre qu’à l’arrivée des aliments pour les laisser passer. Lorsqu’il ne reste plus qu’un tube, il y a rapidement une hyperpression à l'intérieur de ce tube à cause du pylore fermé. Cela entraîne des fistules postopératoires et un phénomène de reflux (remontée du contenu gastrique provoquant des sensations de brûlure). Mais cette hyperpression explique également l’échec de l’opération à long terme puisque l'estomac finit par se dilater. Cela confirme bien que la sleeve est censée être le premier temps d’un bypass.

Malgré cela, êtes-vous confronté à de nombreuses demandes ?

Oui, je suis confronté à de nombreuses demandes spontanées de sleeve, c’est étonnant. Lorsque les patients ne rentrent pas dans les indications, je leur explique pourquoi. Ils ne sont pas assez informés objectivement, on leur fait croire à des miracles. La notion de sécurité est totalement occultée et ils ne se rendent pas compte des risques. C’est très important que l’information soit transmise.

Malgré ça, certains patients que j’informe, font tout de même le choix d’aller se faire opérer ailleurs. L’envie de se sortir de l’obésité, ainsi que la souffrance qu'elle engendre, sont parfois si fortes que les patients ne sont plus objectifs. Il est donc important que les chirurgiens restent raisonnables face à l’engouement que suscite cette nouvelle chirurgie.

Quel est votre IMC ? Découvrez si vous êtes en surpoids, avec un poids insuffisant (maigreur) ou de corpulence normale !


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