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Psychose maniaco-dépressive (trouble bipolaire): Les conseils du psychiatre

Publié par: Dr. Nicolas Evrard (06. octobre 2010)

Entretien avec le professeur Chantal Henry, psychiatre et spécialiste des troubles bipolaires à l'hôpital Chenevier, Créteil. Elle donne plein de conseils pratiques...

Pourquoi les troubles bipolaires restent-ils trop méconnus ?

C’est vrai que le diagnostic des troubles bipolaires est souvent long à affirmer. Et la méconnaissance de la maladie y est pour quelque chose.
On estime qu’il faut huit ans, en moyenne, pour poser un diagnostic. Et pendant toute cette période, les patients sont en danger.
Le problème se pose souvent lors d’une entrée dans la maladie par une phase dépressive. Cela se déroule lentement. La personne se sent mal et impute son mal à une simple dépression. C’est là que le médecin généraliste doit être suffisamment informé pour ne pas passer à côté du bon diagnostic. S’arrêter au symptôme dépressif, c’est courir un vrai risque.
En effet, les antidépresseurs prescrits seuls aggravent souvent l’évolution de la pathologie. Ils peuvent entraîner des décompensations ou s’avérer parfaitement inefficaces. Donc, lorsque quelqu’un de dépressif, traité par antidépresseurs, ne s’améliore pas, ou résiste au traitement, il faut penser au trouble bipolaire.

Et en cas de troubles maniaques, le diagnostic est-il plus facile à faire ?
Même lorsque l’entrée dans la maladie se fait par la phase maniaque, on peut passer à côté, tant qu’il n’y a pas de trouble du comportement majeur. La personne semble très en forme, hyperactive et on ne se doute pas qu’il s’agit d’un état pathologique.
Il est donc très important que la maladie bipolaire soit mieux connue, aussi bien des médecins que du grand public. Elle touche 1% de la population, et elle peut être très invalidante.

Pourquoi avoir changé l'appellation de la maladie ? (On ne dit plus psychose maniaco-dépressive mais trouble bipolaire)
Tout simplement parce que la gestion de la maladie, ses traitements, ont évolué. Avant les traitements pharmacologiques, on ne parvenait pas à stabiliser cette pathologie et l’évolution pouvait se faire sur un mode plus chronique avec des épisodes plus sévères.
Aujourd’hui, seules 50% des personnes atteintes vivront un épisode psychotique. Le mot
psychose renvoie à une évolution plus péjorative et plus chronique de cette maladie. Or, ce n’est plus le cas. Il est possible d’équilibrer le trouble bipolaire, comme on équilibre un diabète.
Bien sûr, il faut rester vigilent, mais on peut vivre normalement. A condition d’avoir une bonne hygiène de vie, des rythmes réguliers et de surveiller l’état de son sommeil, et de son humeur.

La psycho-éducation est en voie de développement en France. Quels-sont ses intérêts ?
L’information. Aussi bien pour le patient lui-même que pour son entourage. L’idée est de savoir repérer les premiers signes d’une rechute et de l’éviter. Quand on a l’information suffisante sur la maladie, il est absolument possible de limiter les effets. Et, pour cela, le rôle de l’entourage, de la famille est essentiel.
Quand on voit que le sommeil est altéré, que la personne ne dort plus que quelques heures, par exemple, tout de suite, on peut intervenir et réadapter le traitement pour éviter la décompensation.
C’est une manière de prise en charge qui implique l’adhésion du patient à sa prise en charge. Comme dans le cas d’autres maladies chroniques, c’est le patient lui-même qui devient acteur de son propre équilibrage. C’est lui qui ressent les symptômes ou c’est son entourage qui en prend conscience et qui alerte le médecin.

En pratique, cela se traduit comment ?
Quelques séances de psycho-éducation peuvent permettre de réduire les rechutes pendant plusieurs années. Une quinzaine de séances, c’est la possibilité de diminuer de moitié la durée des hospitalisations. Et ça passe par des choses toutes simples.
Déjà, bien se rappeler qu’une simple insomnie peut provoquer une décompensation. Ainsi, on peut mener une vie bien remplie et constructive, à condition d’être attentif et bien informé.

Dr Chantal Henry, psychiatre

Dr Chantal Henry, psychiatre



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