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Médicaments : pourquoi tant de problèmes ? : Dernier pays européen à interdire Médiator

Publié par : Dr. Nicolas Evrard

Suite de l'interview de Bruno Toussaint, rédacteur en chef de " Prescrire ".

4) Pourquoi en 1997, dans " Prescrire " avez-vous pointé du doigt le Médiator ?

Bruno Toussaint : En fait, on s’est aperçu que cela fait 20 ans que ce médicament est sur le marché du diabète et des hyperlipidémies, qu’il est remboursé par la sécurité sociale, et qu’il n’apporte aucune preuve d’efficacité sur ces pathologies. Il fait très légèrement baisser le taux de sucre et le taux de graisses dans le sang, mais ne protège pas contre l’évolution du diabète, contre l’altération des artères, des reins, des yeux, etc. Il « cache » un peu la pathologie, et la laisse évoluer.

On a déjà à l’époque de grosses présomptions sur les risques qu’il fait encourir aux patients qui le prennent au long cours.

4) Combien y a-t-il eu de morts finalement liées à ce médicament ?

B.T. : On ne saura jamais exactement, mais nous à « Prescrire », nous trouvons que les études menées en 2009- 2010 à partir des données de la sécurité sociale sont bien faites, et que l’estimation de 1000 et 2000 morts est raisonnable et cohérente. Evidement, Servier conteste ce chiffre.

5) Le benfluorex est-il interdit partout ?

B. T. : Chaque pays est souverain. La France est le dernier pays européen à avoir interdit le Médiator. Il me semble que le Maroc l’a retiré en novembre 2010, et pour la Chine, par exemple, je ne sais pas. Il faudrait faire une enquête pays par pays... Mais il est courant que des médicaments retirés en France ou en Europe continuent leur carrière dans des pays plus pauvres.

6) Y-a-t-il eu laxisme ou lenteur des pouvoirs publics ? Ou connivence ?

B.T. : Pour l’instant on ne sait pas. Voici ce que l’on peut dire : la firme s’est obstinée à maintenir son médicament sur le marché, en minimisant le côté coupe-faim. Et l’Agence du médicament a laissé faire.

7) Que dit le rapport de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) sur ce qui s'est passé avec le Médiator ?

B. T. : La première partie du rapport de l’Igas qui traite l’analyse du problème Médiator est très bien documentée.

Le rapport de l’Igas est très clair sur la responsabilité de Servier - l’entreprise savait très exactement ce qu’était son médicament - et il est également très clair sur l’étendue des dégâts dans l’administration du médicament, que ce soit l’agence du médicament auparavant ou l’Afssaps maintenant. C’est accablant de dysfonctionnements, de faux-semblants, de faiblesses, d’indécisions ou de décisions dilatoires... sous l’influence forte de la firme, certes.
Mais on est en droit d’attendre une autre consistance de la part d’un organisme comme l’Afssaps qui veut dire « Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé ». Si elle ne fait pas son boulot de surveillance, qui va le faire ?

En mars, l’Igas livrera la deuxième partie et ses recommandations sur ce qu’il faut faire pour améliorer la pharmacovigilance.




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