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Médicaments, alors utiles ou dangereux ? : la surconsommation de médicaments

Publié par : Elide Achille

Suite de l'interview du Pr Jean-François Bergmann, Chef du Service de Médecine interne, Hôpital Lariboisière (Paris), Professeur de thérapeutique.

Que penser de la surconsommation et du danger des médicaments ?
Pr Jean-François Bergmann : Le médicament n’a jamais été un produit anodin. Mais dans notre monde sécuritaire, dans une société où l’on n’accepte ni risque, ni événement imprévu, la vision que l’on a des médicaments a changé. L’acceptation aveugle des décisions thérapeutiques risque de devenir une suspicion systématique. Alors que, comme d’habitude, l’attitude raisonnable est le « juste milieu ».

Par aileurs, certains patients ne sont pas correctement traités, et sont insuffisamment traités...

Pr J.-F. B. : Dans certains domaines thérapeutiques, il y a à l’évidence en France une surconsommation de médicaments : hypnotiques, traitements de confort, traitements du « terrain », vitamines, fortifiants et autres médicaments pour prévenir la sénescence...
Mais à l’inverse, il y a aussi de nombreuses situations de sous-traitement : beaucoup de malades en fibrillation auriculaire, qui justifieraient d’un traitement anticoagulant, ne le reçoivent pas du fait d’une mauvaise estimation du risque de ce traitement ; de nombreux malades diabétiques hypertendus, hypothyroïdiens, carencés en certaines vitamines (D, C) sont à l’évidence sous-traités ou non traités. En semant le doute sur les médicaments, ce type d’ouvrage risque d’aggraver cette situation néfaste pour la santé des Français.

Les réformes concernant les médicaments

La réforme engagée après l'affaire du Mediator serait-elle insuffisante ?

Pr J.-F. B. : Changer le nom de l’Agence du Médicament, ou modifier son organisation interne, n’est pas une garantie d’amélioration des processus d’évaluation des médicaments en France. C’est la politique générale de santé qui doit être améliorée, notamment dans le cadre de l’évaluation des médicaments, et de l’information au prescripteur et au public. Dans cette direction, certains progrès sont indiscutables, tels que la réévaluation permanente du rapport bénéfice/risque des médicaments, lorsque des informations nouvelles sont connues. Un produit n’aura donc pas l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) de façon définitive et au fur et à mesure des connaissances sur ce produit et les autres médicaments utilisés dans la même indication, l’AMM pourra évoluer, voire être retirée.

Par la loi " Bertrand ", la pharmacovigilance sur les médicaments commercialisés, est aussi renforcée...

Pr J.-F. B. : L’amélioration du recueil des données de pharmacovigilance et la meilleure connaissance des dangers des médicaments après commercialisation, sont aussi des progrès majeurs que l’on peut maintenant concrétiser grâce aux données de prescriptions recueillies de façon exhaustive par les caisses d’assurance maladie. Il est désormais possible de mener des études de pharmaco-épidémiologie exhaustives permettant de « suivre » la vie d’un médicament dans la vie réelle.

Qu'est-ce qui a été aussi récemment amélioré ?

Pr J.-F. B. : La loi a récemment renforcer l’indépendance des structures d’évaluation en imposant la déclaration systématique des liens d’intérêt, est aussi une bonne chose pour redonner la confiance vis-à-vis des décisions des Agences.

Il faut aussi souligner que l’Autorisation de Mise sur le Marché est désormais européenne et que les exigences européennes pour un nouveau médicament sont souvent suffisantes pour une « autorisation », mais ne sont pas, en soi, une « recommandation ». Il est donc important que les nouveaux médicaments soient accompagnés d’une évaluation qualitative telle que celle réalisée par la Haute Autorité de Santé (HAS). Les données de la HAS se doivent d’être une aide à la prescription et replacent le nouveau médicament dans la stratégie thérapeutique.


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