publicité

publicité

publicité

publicité

publicité

La pilule de 3ème génération : quels risques ? : Les conseils de l'expert

Publié par : Elide Achille

Interview du Pr Jean-François Bergmann, Chef du Service de Médecine interne, Hôpital Lariboisière (Paris), Professeur de thérapeutique, Université Paris-Diderot, ancien Vice-président de la Commission d'AMM.

Quels sont les risques de la prise d'une pilule contraceptive ?

Pr Jean-François Bergmann : Toutes les pilules présentent des risques de deux types. D’un côté, il y a des effets indésirables assez désagréables mais bénins, qui peuvent changer selon les pilules et les femmes (prise de poids, tensions mammaires, nausées, maux de tête, etc.).
De l’autre, il y a des risques rares et graves de thrombose, de maladies cardiovasculaires, d’embolies pulmonaires, liées parfois - mais non systématiquement - à une prédisposition de certaines femmes. Selon le type de pilules et leur composition, ces risques sont plus ou moins présents.

Les pilules contraceptives de 3ème génération, étaient sensées être mieux tolérées par les femmes...

Pr J.-F. B. : Les pilules de 3ème génération ont été présentées initialement en tant que pilules mieux supportées par certaines femmes souffrant des effets indésirables des autres types de pilules contraceptives. Au début, elles étaient donc vendues et présentées aux gynécologues et aux femmes comme des pilules plus « naturelles » et moins nocives. Si les bénéfices des pilules de 3ème génération ont été facilement mesurables, on a mis beaucoup plus de temps à remarquer les risques graves liés à ce type de médicament.

En quoi la pilule de 3ème génération présenterait-elle plus de risques ?

Pr J.-F. B. : Petit à petit, on s’est aperçu que ces pilules ne sont pas toujours anodines, et qu’elles peuvent présenter plus de risques de thromboses, de phlébites et d’ accidents vasculaires cérébraux que les précédentes. Les risques de thromboses se présentent essentiellement au début du traitement, pendant les premiers mois de prise.

Les risques graves sont-ils fréquents ?

Pr J.-F. B. : Si les femmes concernées par les effets indésirables liés aux pilules contraceptives (prises de poids, tensions mammaires, etc.) sont assez nombreuses, celles qui sont à risque de thrombose le sont beaucoup moins : on parle environ d’1 femme sur 10 000. Donc les risques les plus graves sont aussi les plus rares !

Actuellement, deux millions de femmes prennent ces pilules contraceptives, certaines d’entre elles ne supportaient pas des pilules de première ou deuxième génération, et en sont satisfaites et ne voudraient pas arrêter de les prendre. Il est donc peut-être pas raisonnable d’envisager de retirer complètement du marché ce genre de pilules.

©DR. Le Pr Jean-François Bergmann.

©DR. Le Pr Jean-François Bergmann.

Prévenir les risques des pilules

Pour prévenir au maximum ces risques, quelles précautions prend le médecin vis-à-vis de la prescription d'une pilule de 3ème génération ?

Pr Jean-François Bergmann : D’une part, il faut la réserver aux femmes qui ne peuvent vraiment pas supporter une pilule à moindre risque, de 1ère ou 2ème génération. D’autre part, il faut la prescrire aux femmes qui n’ont aucun risque d’antécédents familiaux ou personnels de thrombose. Une femme qui a fait une phlébite, ou dont la mère ou la sœur en a fait une, est sûrement soumise aux risques de ce type de médicament.
Il faudrait aussi mettre toujours en évidence le rôle du tabac : pilules contraceptives et tabac ne doivent pas être associés, surtout en cas de prise d'une pilule de 3ème génération.

Faudrait-il systématiquement faire une prise de sang particulière (dosage des facteurs de coagulation) avant de prendre ce type de pilule ?

Pr J.-F. B. : Il s’agit d’un sujet très discuté, pour lequel il est difficile de faire la part des choses. Le plus important reste quand même l’interrogatoire et l’examen clinique des femmes, qui précède la prescription de toute pilule contraceptive, pour être sûr qu’il n’y a pas eu d’antécédents de thrombose dans leur vie ni dans leur famille.
L’intérêt d’un dosage systématique des facteurs de coagulation chez toutes les femmes avant de prendre la pilule anticonceptionnelle reste un sujet très controversé, et n’est pas recommandé. Mais si on le réservait aux femmes ne pouvant pas supporter les pilules de 2ème génération, ce qui est assez rare, ce serait peut-être une stratégie de prévention partielle des risques de thrombose.

Plaintes et déremboursement

Quelle est votre opinion sur les plaintes déposées par des femmes contre des laboratoires pharmaceutiques fabriquant des pilules contraceptives ?

Pr Jean-François Bergmann : Personnellement, je ne connais pas le dossier médical des femmes ayant porté plainte. Les laboratoires ont-ils voulu cacher les risques de thrombose liés à ces médicaments, certains médecins auraient-ils « oublié » d’informer les patientes sur ces risques ? En tout cas, il faut admettre que la notion de risques de thrombose liée à ces traitements n’a jamais été cachée et figure dans les notices de toutes les pilules estroprogestatives.

On en revient toujours aux risques liés à la prise d'un médicament...

Pr J.-F. B. : La plupart des médicaments exposent à des risques d’effets secondaires graves. Donc prendre un médicament, c’est forcement prendre un risque. Chaque fois qu’il y a un effet indésirable on ne peut pas forcement porter plainte contre un médecin ou un laboratoire.

Il faut admettre que la fatalité a un certain poids dans ces histoires. Même si vous prenez une pilule de première ou deuxième génération, et que vous ne fumez pas et vous n’avez pas eu d’antécédent de thrombose dans votre famille, les risques de phlébite ne sont pas éliminés complètement. Ce n’est pas évident de démontrer que la pilule soit vraiment directement fautive.
Pourtant, il est très important d’alerter les femmes, de les informer sur les risques que ces médicaments pourraient présenter et de limiter la prescription des plus à risque, celles de 3ème génération.
D’autre part, je pense que dans ces plaintes, il y a toujours une grande volonté de trouver des coupables, des responsabilités par rapport à quelque chose de grave qu’on vient de vivre, ainsi qu’une volonté de mettre en alerte les autres patientes potentielles.

Et quelle est votre opinion par rapport au déremboursement des pilules de 3ème génération ?
Pr J.-F. B. : Un problème difficile à comprendre est qu’on décide de les dérembourser et qu’on les laisse disponible sur le marché !
En fait, les enjeux ne sont pas les mêmes : le remboursement qui implique la sécurité sociale (les payeurs) peut se faire en excluant le « sur-risque » de thromboses (3ème génération) qui expose à des coûts de soins supplémentaires importants pour la nation, et en disant « si une femme veut vraiment prendre ce risque pour ne pas avoir de tension mammaire ou de prise de poids, c’est son problème et qu’elle se le paye, mais moi je ne rembourse que les meilleurs choix : les pilules à moindre risque ! »

Et les retirer du marché ?
Pr J.-F. B. : En revanche, l’Agence du médicament sait que les pilules en général sont des médicaments majeurs utiles et efficaces, et que des milliers de femmes ne pouvant/voulant pas prendre des pilules de 1ère ou 2ème génération, sont bien avec des 3ème génération qu’elles prennent depuis des années (et donc sans grand risque de thrombose qui est maximum dans les premiers mois). Retirer ces pilules du marché poserait beaucoup de problèmes et serait, en plus, sûrement refusé au niveau européen (et on doit se plier aux AMM européennes).
Le mieux est donc bien d’en restreindre l’usage sans les supprimer complètement... mais il faut aussi bien expliquer les décisions : la communication sur ces sujets est essentielle !


publicité