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Stop aux excisions et autres mutilations ! : L'opinion des hommes

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (06. août 2013)

Suite de l'interview de Laurent Duvillier, responsable de la communication du bureau régional en Afrique de l'Ouest et du centre, de l'Unicef. Il nous parle de l'avis, de l'opinion des hommes sur ces pratiques...

Quelle est la position des hommes et des parents qui pratiquent les excisions sur leurs filles ?
Laurent Duvillier : Les parents qui souvent pratiquent les mutilations génitales féminines, ne veulent pas les pratiquer, mais le font car ils pensent que c’est le mieux pour leurs filles. Ils ont peur qu’elle soit discriminée, exclue du groupe ou qu’elle ne trouve pas de mari. La volonté d’adhésion au groupe est tellement forte que malgré tous les dangers, les mères pratiquent l’ excision sur leurs filles.
Les hommes et les garçons, de plus en plus, ne voient pas d’inconvénients à épouser une fille non excisée, mais les femmes ne le savent pas et continuent à pratiquer les mutilations génitales car elles pensent que les hommes vont préférer les femmes excisées.

Comment expliquer la baisse des mutilations génitales dans beaucoup de pays ?
L. D. : Ces trente dernières années, on a en effet observé une régression globale de la pratique des mutilations génitales féminines. Il y a des pays où la pratique a diminué de plus de moitié, comme le Burkina Faso, le Nigéria, le Libéria. Aujourd’hui les jeunes filles, comparativement à il y a 30 ans, sont moins exposées que leurs mères aux mutilations génitales.

Ces progrès ont pu être effectués grâce au dialogue et l'information...
L. D. : Il y a un mouvement global souvent mené par les Africains eux-mêmes. Il faut amener à un dialogue sans juger les personnes, en les amenant à changer de comportement et avec des mesures d’accompagnement au niveau local.
Dans beaucoup de pays, un débat public pourrait être posé sur cette thématique qui est très sensible. En effet, elle touche au couple, aux relations entre l’homme et la femme, à l’identité, à l’adhésion au groupe, etc. Ce sont des thématiques sur lesquelles il n’est pas facile de s’exprimer en public. Mais dans de plus en plus de pays, un débat public est possible, ou bien une émission télévisée. Il y a 20 ans, cela aurait été inimaginable. Aujourd’hui, cela est possible et cela montre des avancées au niveau du discours, de l’engagement politique.
En combinant les efforts des organisations, des gouvernements et des législateurs, les choses vont changer. Aujourd’hui, les Africains et les Africaines se lèvent : des médecins, des législateurs, des citoyens, des mères et même des chèches traditionnels religieux qui déclarent « Non, ce n’est pas une pratique qui doit perdurer, elle est trop dangereuse, elle doit cesser ».

Existe-t-il des lois contre ces pratiques ?
L. D. : Sur les 29 pays étudiés dans le rapport de l’Unicef, 24 ont adopté une législation se référant aux mutilations génitales féminines. Certaines vont très loin et criminalisent, condamnent comme illégales ces pratiques. D’autres ne vont pas aussi loin et adoptent seulement des mesures d’accompagnement et prônent une médicalisation. Cela montre quand même qu’il y a un engagement politique au niveau législatif. Bien sûr, une loi ne résout pas tout, surtout quand elle condamne la pratique. Parce qu’on sait très bien que condamner une pratique risque de l’amener à se faire de manière secrète et donc moins visible et encore plus dangereuse pour les mères et les jeunes filles.
Mais une loi est importante car elle permet aux groupes qui sont sur le terrain, aux associations locales, aux organisations internationales et aux gouvernements africains d’avoir un cadre législatif, une norme qui permet de dire « vous n’êtes pas dans la légalité ». Le phénomène n’est plus ignoré comme il y a 20 ans, quand le sujet était tabou.
L’Unicef accompagne les gouvernements et va continuer à le faire. Mais la loi ne suffit pas, elle n’est qu’un premier pas vers un changement des normes. Il faut que les structures de santé puissent être à même de guider les gens dans l’abandon de la pratique.


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