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La reconstruction de l’hymen : un sujet tabou : La revirginisation en Tunisie

Publié par : Elide Achille (18. août 2011)

Interview de Nédra Ben Smaïl, psychanalyste, présidente de l'AFPEC, Association de formation à la psychanalyse et d'échanges cliniques, Tunis. Co-fondatrice d'Engagement Citoyen, une association de conscientisation citoyenne sur les droits des femmes en Tunisie. Auteur d'un essai à paraître " La nouvelle virginité des tunisiennes " aux éditions Cérès (Tunis).

En Tunisie, on parle beaucoup de revirginisation des filles, c'est-à-dire de la reconstruction de l'hymen. Est-ce une pratique medicale licite?
Tout d'abord, il est important de souligner que cette pratique est très répandue en Tunisie. Elle est réalisée par des médecins gynécologues et généralistes. Elle n'est pas interdite, mais elle ne fait l'objet d'aucun écrit scientifique, n'appartient à aucune nosographie, il n'y a pas de protocole de transmission de l'acte médical, ni de dispositions légales qui la rendent licite ou non.

Estimez-vous qu'un tabou entoure cette pratique ?
En effet, elle constitue un tabou social et scientifique. Une seule instance s'est exprimée sur le sujet : les autorités religieuses. Sur les 30 dernières années (le recours à la médicalisation de la virginité date des années 80), plusieurs fatwas ont été édictées, allant dans un premier temps dans le sens de la condamnation. Puis, devant l'ampleur du phénomène, les autorités religieuses ont fini par considérer la revirginisation comme non contraire au dogme. Il est intéressant de noter comment les instances religieuses s'adaptent au social, comment elles tentent d'"absorber" ces nouvelles pratiques pour ne pas se laisser déborder par elles.

D'ou vient la pression sociale qui s'exerce sur les filles?
Les transformations de la société tunisienne, la mixité dans les écoles, la scolarisation des filles, l'accession des femmes au travail, la mondialisation... ont placé la femme tunisienne devant un paradoxe difficile à soutenir : d'une part, un désir d'émancipation qui a eu pour conséquence de faire reculer l'âge du mariage et de "s'autoriser" une vie amoureuse, sexuelle et un nouveau rapport au corps ; d'autre part, une société qui est restée très attachée aux valeurs traditionnelles et musulmanes, dont la virginité est un des éléments.
Les femmes tunisiennes elles-mêmes sont prises dans cette contradiction, et il serait faux de réduire ce paradoxe à "une guerre des sexes" (hommes conservateurs versus femmes libérées). Certes, les "mâles" tunisiens tiennent à la valeur "virginité" plus que les femmes, mais nous pouvons dire que l'idéal esthétique et moral pour les deux sexes demeure du côté de la femme vierge.

Nédra Ben Smaïl, psychanalyste, présidente de l'AFPEC

Nédra Ben Smaïl, psychanalyste, présidente de l'AFPEC, Association de formation à la psychanalyse et d'échanges cliniques, Tunis © Nédra Ben Smaïl


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