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Trous de mémoire : Les conseils du médecin spécialiste

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (11. octobre 2011)

Entretien avec le Pr Bruno Dubois, médecin spcailiste, neurologue à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris), et chercheur à l'Inserm. Il donne des conseils pratiques...

J'ai la mémoire qui flanche. Est-ce grave ?

Dans la plupart des cas, ça ne l’est pas. Je dirais que les trous de mémoire sont très compréhensibles et qu’ils sont, peut-être, le prix à payer de notre société moderne.
Imaginez : je connais, dès mon réveil, les événements en Afghanistan, et ce qu’il se passe aujourd’hui aux Etats-Unis ou en Chine. Je ne peux pas me souvenir de tout... Alors, parfois, ce sont nos clés ou nos lunettes qui en font les frais ! Et c’est l’oubli !
Bien sûr que ce n’est pas grave, et cela arrive à tout le monde. Se plaindre de sa mémoire, c’est aussi le prix à payer à l’avancée en âge. Le trouble attentionnel qui en est responsable est le plus souvent l’expression d’un vieillissement cérébral.

Est-ce parfois dû à quelque chose de plus grave ?
Les trous de mémoire sont parfois liés à certaines maladies...

Le trouble attentionnel peut conduire à diagnostiquer un syndrome dépressif (les ruminations mentales et la tristesse de l’humeur perturbent l’enregistrement mnésique), un syndrome anxieux (les préoccupations anxieuses elles aussi diminuent la disponibilité attentionnelle pour enregistrer les informations de façon satisfaisante), un trouble du sommeil (le sommeil est nécessaire à la consolidation mnésique), la prise de certains médicaments (comme les benzodiazépines qui peuvent interagir avec le processus attentionnel)..., beaucoup plus rarement une maladie d’Alzheimer.

On a justement peur de souffrir d'une maladie d'Alzheimer...
Un patient atteint de la maladie d’Alzheimer n’est généralement pas conscient de ses troubles. Ce n’est pas lui qui se plaint mais plutôt son entourage qui s’inquiète. Cela m’avait conduit, il y a quelques années à postuler le paradoxe suivant : « plus les sujets se plaignent de leur mémoire, moins ils ont de risque d’avoir une maladie de la mémoire ».

Est-il aujourd'hui possible de diagnostiquer suffisamment tôt une maladie d'Alzheimer ?

Oui. On peut dire que c’est maintenant possible. On connaît beaucoup mieux le mécanisme des dysfonctionnements précoces. Ce qui veut dire que l’on peut diagnostiquer beaucoup plus tôt une maladie d’Alzheimer.
Il y a l’ imagerie médicale, très sophistiquée qui permet d’éliminer d’autres troubles responsables aussi de pertes de mémoire. Dans certains cas, notamment chez des sujets jeunes, on peut effectuer des prélèvements biologiques, en pratiquant une ponction lombaire, qui peuvent montrer les signes de la maladie.
Tout cela, bien sûr ne se justifie que si l’on a une vraie suspicion de maladie d’Alzheimer. On ne fait pas ces examens, juste quand on perd ses clés. Parce que tout le monde se plaint d’avoir des trous de mémoire. Ce sont des troubles attentionnels.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui se plaignent de trous de mémoire à répétition ?

D’arrêter de s’inquiéter. Tant qu’ils se plaignent de ces trous de mémoire, c’est qu’ils ne sont pas bien malades. C’est quand l’entourage se plaint que les choses deviennent plus sérieuses. Alors les conseils, ce serait de ne pas prendre trop de médicaments inutiles, de diminuer le stress tant qu’on le peut, et surtout de bien dormir. Il n’y a rien de mieux que le sommeil réparateur pour contrecarrer les trous de mémoire.
En revanche, si l’on a vraiment des raisons de s’inquiéter, par exemple : si l’on oublie le décès d’un proche, si l’on oublie une importante soirée où l’on devait se rendre, si l’on se perd dans des endroits connus, alors, il faut aller consulter le médecin généraliste. C’est lui qui saura orienter les patients et leur famille pour un bon diagnostic et une bonne prise en charge.

Pr Bruno Dubois

Pr Bruno Dubois


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