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L’inceste : oser en parler ! : Le témoignage d'une femme

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (14. septembre 2012)

Témoignage de Noëlle Le Dréau, victime d'un inceste et auteure du livre Après l'inceste... Comment je me suis reconstruite avec la psychogénéalogie (InterEditions / Dunod).

Comment expliquez-vous qu'après avoir divulgué le climat incestuel dans lequel vous aviez grandi, quasi tout le monde vous a tourné le dos ?

Lorsque j’ai pris confiance en moi, suffisamment pour oser enfin révéler mon histoire personnelle à ma mère et à ma fratrie, j’avais 50 ans !

Qui vous a aidé dans votre démarche ?
C’est mon second époux qui m’a donné la force d’oser franchir le mur du silence, et de dévoiler l’attitude de mon père, encensé jusque-là par ma mère qui le cautionnait malgré ses audaces perverses et ce qu’il m’avait contrainte à vivre petite fille et adolescente. Par un livre, j'ai donc décidé d'apporter mon témoignage sur l'inceste, mais aussi d'aller plus loin dans cet ouvrage sur la reconstruction...

Quelles en ont été les conséquences ?
Je n’ai pas revu deux de mes trois enfants depuis mon dévoilement du « secret ».
Peut-être que la présence de mon nouveau compagnon leur imposait de vivre, très inconsciemment, une brusque déchirure de ce lien symbolique continuant à exister du fait de mon célibat avec leur père disparu dans la nature et qui finalement les avait abandonnés... et qu’ils devaient soudain m’en faire porter la faute, d’où leur ralliement au clan de la fratrie... et leur rejet violent de leur mère. Je n’avance qu’avec prudence cette présupposition... ils n’ont jamais repris contact avec moi malgré plusieurs courriers de ma part. Ce qui, aujourd’hui, est une blessure que je n’arrive pas à guérir.
J’ai appris par la suite que, dans la majorité des cas, un secret grave n’est finalement racontable qu’à un moment familial majeur : naissance, mariage, décès !

Et je n’échappe pas à la règle.

Pensez-vous avoir " coupé " le lien qui faisait se reproduire l'inceste et l'incestuel dans votre famille, en les ayant révélés au grand jour ?

Je ne saurai jamais si, du fait de cette révélation, de mon témoignage, il n’y aura pas de reproduction d’inceste dans ma descendance. Certes, je l’espère !
Par contre, je suis formelle : le fait d’informer, de transmettre, de comment fonctionne une famille incestuelle, voire incestueuse, avec ses injonctions, ses croyances, ses comportements fusionnels, de territoire (habitations, chambres, lits entre autres), de répétitions de prénoms, ou de chemins de vie copiés-collés d’une fratrie à une autre, ou bien encore apporter un éclairage sur les télescopages de générations, conditionnent l'environnement relationnel d’une famille...
Alors oui, écrire, témoigner, transmettre, cela peut apporter enfin un éclairage pour que la famille reconsidère sa façon de vivre, si elle accepte de considérer l’avenir de sa descendance comme une responsabilité, non comme un jeu de... l’ego ! J’appelle cela faire de la prévention de l’incestuel, voire de l’inceste.

Peut-on pardonner ?

Suite du témoignage de Noëlle Le Dréau, victime d'un inceste et auteure du livre Après l'inceste... Comment je me suis reconstruite avec la psychogénéalogie (InterEditions / Dunod).

Est-ce que vous en voulez plus particulièrement à quelqu'un aujourd'hui ?
Lorsque l’on a admis que ce qui est... est ! et ce qui n’est pas... n’est pas ! alors il n’y a rien à pardonner.
En travaillant intimement sur ce qui m’avait construite, et ce qui avait conditionné ma famille, ma mère et mon père, dans leurs croyances, leurs façons de vivre, etc. j’ai compris qu’eux-mêmes étaient aussi issus de parents et grands-parents, oncles et tantes, ayant souffert des guerres, des complications et de violences de tous ordres, dans une société souvent cruelle ou sordide, et qu’ils n’avaient fait que ce qu’eux-mêmes n’avaient pas compris comme malsain. Ils s’étaient construits à leur façon, sans réfléchir, dans une survie et souvent la croyance qu’ils faisaient de leur mieux.

Pardonnez-vous l'attitude de vos parents ?
Je ne les excuse pas, mais je ne leur en veux pas non plus. C’est ainsi, et le passé ne se transforme pas. Le présent oui, le futur aussi. C’est là qu’il convient d’orienter ses efforts de « devenir ».
Et puisque je me suis prise en mains pour me reconstruire, le désir de vivre est primordial pour éclairer ma route. La haine, le ressentiment sont dévoreurs d’énergie. Il vaut mieux chercher à les défaire de soi, par un travail psychologique, ou de développement personnel. Le chemin est exigeant, mais porteur de sens et d’ouvertures.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui n'osent pas franchir le pas, par peur de tout perdre, un peu comme cela a été votre cas ?

1°- En tout premier lieu : qu’elles gardent la tête haute, elles ne sont pas coupables, mais victimes !

2° - Se dire qu’il y a 80 % de chances pour qu’elles ne soient pas crues ou rejetées par leur famille (qui savent cependant qu’elles n’ont pas tort, mais se réfugient dans le déni).

3° - Que vos lectrices et lecteurs se répètent qu’elles ne sont pas « folles » ! D’ailleurs, leur trajet de vie le prouve, elles ne peuvent avoir inventé des faits ayant laissé des traces toxiques dans leur parcours de vie : la plupart des agressées sexuelles ayant un parcours de vie douloureux, inconstant, avec des effets retards, même dans la vie adulte, dépressions, insomnies, boulimies, anorexies, tendances suicidaires.

4° - Il est important d'être au clair avec ses objectif, et le mieux est d’en référer à un accompagnant pouvant être victimologue psychologue, afin d’établir une liste des priorités, des choix et actions à mener, des moments à privilégier.

Révéler va obligatoirement avoir des conséquences compliquées à gérer, mais pas insurmontables si on s’est préparé.

5 ° - Et se rappeler qu’il n’est pas utile de se sacrifier et se taire, car le silence détruit, à moins bien sûr de choisir un chemin spirituel si intense que l’on aspire à devenir un être éveillé, et qu’on y parvienne ! Se libérer d’un secret aussi grave constitue un acte fort de libération des culpabilités, permet de se réconcilier avec soi, d’éclairer sa famille pour un devenir plus heureux de sa descendance.

Sources et notes :

- Après l'inceste... Comment je me suis reconstruite avec la psychogénéalogie, Noëlle Le Dréau, InterEditions / Dunod, 19,90 €. Pour en savoir plus sur son témoignage, sa résilience, etc.

- M.Born, J.Dekville, Les abus sexuels d'enfants, Mardaga, 1996.



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