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L’inceste : oser en parler ! : Les conseils d'un psy

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (14. septembre 2012)

Quelques questions à Marie-Barbara Hervey-Best, psychothérapeute spécialisée dans les problématiques incestueuses. Elle apporte des conseils précieux...

Est-ce que l'inceste prend plus volontiers racine dans les familles où règne l'inceste ?

Les caractéristiques des familles incestueuses et incestuelles sont les mêmes, la différence relève du degré de pathologie, l’incestueux étant généralement plus lourd de conséquences car il y a passage à l’acte sexuel. Cependant une relation incestuelle sur une longue durée impliquant de nombreux microtraumatismes peut parfois causer autant de dégâts qu’un inceste ponctuel avec un membre éloigné de la famille. Donc la prudence reste de mise dans l’essai d’évaluation des conséquences du traumatisme.

Plutôt dans quelles familles existe-t-il des relations incestuelles ?
Ce sont généralement des familles à caractère dramatique sou tendu par l’insécurité et le manque de confiance, l’ angoisse de mort et l’angoisse d’abandon. Elles n’ont donc pas intégré la notion de limite constructive que ce soit les règles de fonctionnement saines de la famille ou la loi sociale. Elles se caractérisent par le clivage entre le cœur et le corps ( sexualité niée ou débridée), l’auto-destruction (suicides, accidents graves, morts d’enfants ou nombreuses maladies graves), des actes hors la loi, la déstructuration à travers la confusion des rôles familiaux, la recherche régressive de fusion avec l’autre et une préoccupation importante de l’image sociale ou une totale inconscience empêchant la famille de voir ses propres traumatismes. Plus le nombre de ces critères sera présent, plus la famille est pathologique.
Il faut rappeler que l’inceste ou l’incestuel touche toutes les catégories sociales sans exception.

Est-ce que dans certains cas, qui pourraient être considérés comme incestuels, il ne s'agit pas juste d'une transmission de traditions ?

Bien sûr, parfois il s’agit d’une transmission de tradition ou de mode. Mais la tradition comme la mode nécessitent parfois d’être questionnées, car la tradition ou la mode font partie de la culture, non pas de la nature. Par exemple : l’excision dans certaines cultures africaines, le thermomètre parfois utilisé dans le sud ouest de la France pour forcer les bébés à déféquer et être propre avant l’âge, la toilette intime parfumée des adolescentes sous prétexte de propreté qui détruit ou déséquilibre la flore vaginale, l’alcool dans les biberons en Bretagne au siècle dernier pour forger le caractère de l’enfant ou le calmer... Utiliser son bon sens reste fondamental et ce n’est pas parce que nos ancêtres avaient certaines pratiques, que cela reste juste pour nous aujourd’hui de les répéter.

Comment nuancer les gestes normaux et affectifs, parfois maladroits, de l'incestuel ?

Faites appel à votre bon sens. Si vous doutez, demandez de l’aide autour de vous ou à des professionnels car chaque situation est particulière. Si vous êtes mal à l’aise ou si vous sentez votre enfant gêné dans une situation, arrêtez-vous et nommer avec des mots simples ce qui se passe. Soyez attentif à ce que vous ressentez dans votre corps, pas uniquement à ce que vous pensez et à ce que vous percevez chez votre enfant.

Quelques exemples...
Exemple : votre petite fille de cinq ans surgit dans votre chambre vers minuit et vous êtes en train de faire l’amour. Elle tremble, un peu choquée. Arrêtez-vous sans drame, demandez lui tranquillement ce qui se passe. Peut-être a-t-elle eu peur des buits entendus ou de la position dans laquelle vous vous trouver ? Rassurez la simplement en la prenant dans vos bras : exemple : « maman n’a pas mal, je suis heureuse avec papa, tout va bien. » Répondez à ces questions, si elle en a. Ne devancez rien, suivez les demandes de votre enfant, pas plus.
Si vous lavez votre enfant et ressentez une excitation physique. Ne culpabilisez pas, arrêtez-vous, respirez et revenez au contact avec votre enfant calmement.
Si vous sentez une pulsion sexuelle que vous ne comprenez pas à l’égard d’un enfant, même chose, ne dramatisez pas, mais demandez rapidement l’aide d’un professionnel pour y voir clair.


Quels conseils pouvez-vous donner aux parents pour être vigilants ?

Un parent reste un référent pour l’enfant, une autorité qu’il a besoin de respecter. L’ adolescent doit apprendre à construire son estime de lui, à prendre confiance en ses capacités pour apprendre à gérer sa sexualité hors du champ de la famille, en construisant ses repères avec vous et à affronter le monde extérieur. Parfois il va régresser un peu ou faire des tentatives de séduction à votre égard, ce n’est pas grave, recadrez avec humour et fermeté. Exemple : « Ce geste-là, tu le réserves à ta petite copine, je suis ta mère, ne l’oublie pas ».



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