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Dans la réalité (virtuelle) d'un schizophrène : on a testé

Publié par : rédaction Onmeda (06. octobre 2016)

© Shutterstock

Actuellement en France, environ 600 000 personnes sont atteintes de schizophrénie. Cette maladie mentale qui affecte les émotions, les perceptions, les comportements et la pensée de ceux qui en souffrent, reste mal appréhendée par le grand public. Un outil de réalité virtuelle a récemment été crée à l’usage des professionnels, destiné à plonger l’utilisateur dans la peau d’un schizophrène. Notre rédactrice a testé, et nous raconte.

Lorsque l’on m’a proposé de passer quelques instants dans la peau d’un schizophrène, j’ai dit oui, pour mieux comprendre ce qu’il vit et ressent. Rendez-vous a été pris, ce mercredi 5 octobre à 15h30, au SchizoLab, je suis entrée dans la réalité de la schizophrénie.

15h31 : On m’installe sur une chaise confortable avant de me placer sur les yeux l’Oculus Gear, un casque de réalité virtuelle.

15h32 : Le film débute. Me voici officiellement dans la peau d’un schizophrène... Ça commence dans le salon. Installée sur le canapé, du bazar autour de moi, je peine à ranger. Je me dis que je dois ranger mais n’y parviens pas. Je me sens nulle de ne pas y arriver. Je me dis que je suis nulle de ne pas y arriver. J’entends une petite voix me dire que je ne suis vraiment bonne à rien. Je regarde la pièce puis mon regard tombe sur un DVD que j’ai oublié de rendre à la médiathèque. Même ça, je n’ai pas réussi à le faire.

Je fouille ensuite mes poches et y trouve un mémo me rappelant un rendez-vous chez le médecin. Même ça je l’avais oublié. Faut-il y aller ? “Non, me susurre une petite voix, il te veut du mal”. Je décide alors de regarder la télé. Il y a un flash spécial. Le présentateur explique les faits puis s’adresse à moi, me fait des reproches, avant de reprendre le cours de son émission. Je ne comprends plus rien. Est-ce vraiment arrivé ?

Il est temps de sauter dans un bus et de rendre ce DVD à la médiathèque. A peine montée, je sens les regards se braquer sur moi. Qu’y-a-t-il ? Que voient-ils en moi ? Je ne me sens pas à l’aise. Je sens leur jugement. Ils doivent savoir pour le bazar dans mon salon, le rendez-vous médical et le DVD oublié. Ils doivent me trouver nulle. Je les entends penser : “Quelle incapable !”.

Arrivée à la médiathèque, je me rends au guichet où une jeune femme officie. Je lui explique que je viens rendre un DVD. On me demande ma carte d’adhérent.
 Mince, j’ai oublié de la prendre avec moi. J’explique la situation et vois qu’elle n’est pas contente : “Ca va prendre beaucoup plus de temps ! Vous devez avoir votre carte d’adhérent sur vous ! En plus vous êtes en retard ! Vous devez régler 3 euros de pénalités”.

Mince, je n’ai pas d’argent sur moi. Prendre mon porte-monnaie, même ça je ne suis pas capable de le faire. Je lui dis que je n’ai pas d’argent et elle s’énerve d’autant plus.
 Je vais devoir revenir pour payer, la honte. Je ne peux même plus emprunter de DVD.
 Je l’entends dire que je suis une incapable.

J’ai oublié ma carte d’adhérent. J’avais oublié que j’étais en retard. Elle est énervée contre moi. Elle me trouve nulle. Les gens commencent à s’impatienter derrière moi. Je les entends pester. J’entends leurs voix. Et, cette voix, encore, qui me dit que je ne vaux rien. Mais je ne sais plus. Est-ce vraiment arrivé ? Tout est confus.

15h38 : Le film est terminé. J’enlève le casque Oculus Gear et me dis que cette expérience était incroyable.

D’une part, parce qu’elle fait vivre les symptômes insidieux de la schizophrénie : perception de soi altérée, difficulté à communiquer avec l’entourage, idées et impressions étranges, conviction que certaines personnes te veulent du mal, désintérêt de nombreuses choses comme le ménage ou la gestion de ses biens, hostilité perçue de l’environnement, sentiment d’insécurité et enfin, difficultés à distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas.

Disséminés sur plusieurs années, ces symptômes peuvent passer inaperçus et être oubliés, relégués dans la case “mauvais jour”.
 Mis bout à bout, ils causent une souffrance évidente.

Par ailleurs, cette expérience souligne la manière dont le schizophrène perçoit certains évènements que l’on peut qualifier d’insignifiants.
 Par exemple, le regard d'un passager de bus. Pour une personne non atteinte, ce comportement n’est pas relevé. Pour un schizophrène, cela peut être vécu comme une atteinte directe contre sa personne.

Mon bilan :

L’Oculus Gear, est un exemple réussi de la technologie mise au service de la santé. Cette expérience immersive - dont le scenario a été écrit par le Dr David Travers, psychiatre au CHU de Rennes - va permettre aux familles et jeunes professionnels de mieux appréhender la schizophrénie. S’il est évident qu’il reste encore du chemin à faire, il se peut que la réalité virtuelle soit une solution pour lutter contre la stigmatisation de la maladie mentale.

Auteur : Dounia Malki


Expérience réalisée dans le cadre du Schizolab, en présence du laboratoire Janssen, de l’association UNAFAM et du Docteur David Travers Psychiatre au CHU de Rennes.

Pour en savoir plus :

- Les troubles psychologiques
- La schizophrénie, cette maladie du cerveau
- Savoir détecter une schizophrénie
- Le trouble bipolaire ou maladie maniaco-dépressive

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