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Le calvaire de l'hyperphagie : le témoignage de Francine

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (17. février 2016)

Francine, 45 ans, maman d'un enfant. Son témoignage...

> Pouvez-vous nous parler de votre hyperphagie que vous qualifiez de compulsive ?

Avant de souffrir d'une hyperphagie compulsive, j'ai commencé à manger de façon anarchique vers l’âge de 8 ans. Mes parents ont divorcé et je l’ai vraiment très mal vécu. Ma mère est partie vivre à l’étranger avec son nouveau mari, elle a eu d’autres enfants. Je suis restée en France avec mon père. Il n’a pas refait sa vie, mais il était très malheureux et ne me voyait pas. J’ai donc grandi toute seule. Lorsque je rentrais de l’école, je mangeais un peu n’importe quoi. Plus je mangeais, plus ma mère me manquait. Mais au moins, pendant les rares moments de « gavage », je ne pensais pas à elle. J’avais un sentiment de plénitude, qui ne durait que le temps du remplissage de ce vide par le goûter, le dîner, et entre les deux, par tout ce qui me tombait entre les mains... Mon père ne s’apercevait de rien.

> Jusqu'à quand cela a-t-il duré ?

Pour mes 10 ans, ma mère devait revenir fêter mon anniversaire. Elle est bien venue, mais avec un bébé de presque de 2 ans dans les bras. Je n’avais pas été prévenue, personne, ni mon père, ni mes grands-parents, et surtout ni elle, n’ont jugé bon de me prévenir que j’avais une petite sœur. Le choc a été terrible. J’ai eu l’impression de disparaître. Je n’avais pas de notion de vengeance, mais j’étais très consciente de la souffrance et de la douleur engendrées.
Puis, ma mère a disparu à nouveau pendant 2 ans, et je l’ai revu pour mes 12 ans. Cette fois, c’est elle qui a eu un choc. Elle a toujours été très attentive à sa silhouette. Là, elle a vu sa propre fille transformée en petite boulotte, le visage défiguré par la graisse. Je n’avais rien de la petite adolescente légère et charmante qu’elle s’attendait à voir ! J’ai vécu un bonheur intense de la voir déçue et désemparée grâce à moi. Je tenais là un moyen de lui faire du mal. Et je ne me suis pas gênée !
Suite à cela, j’ai continué à manger de façon compulsive. La moindre contrariété et je remplissais mon vide avec tout ce qui me tombait sous la main. Il m’est même arrivé de faire la poubelle de la maison à 2 heures du matin parce que je n’avais rien à me mettre sous la dent et que j’avais jeté des restes ! J’arrivais à me dégoûter !

> Comment vous en êtes-vous sortie ?

Par plusieurs « électrochocs » : le décès de mon père alors que je venais d’avoir 19 ans. Ma mère avait eu 2 autres enfants, elle ne m’adressait la parole que pour me dire que j’étais grosse et me mépriser, rien de nouveau. J’étais à la fac et un garçon que je n’avais jamais remarqué, m’a demandé si je pouvais l’aider pour certains cours. De fil en aiguille, nous sommes devenus amis. Il a commencé à me mettre à l’aise et un jour, il m’a carrément demandé pourquoi je ne faisais pas plus attention à ma ligne, avec le « joli » visage que j’avais... C’était la première fois de ma vie que quelqu’un faisait attention à moi.

> Avez-vous été aidé par un psy pour votre hyperphagie ?
J’avais 23 ans quand je suis allée voir un psy qui m’a orientée vers un nutritionniste. J’ai mis 3 ans à perdre ce que j’avais pris en 15 ans. Je suis débarrassée des kilos, mais pas de mon envie compulsive de manger dès que quelque chose va de travers... Aujourd’hui, je suis mère d’un garçon de 15 ans. Je n’ai pas voulu d’autres enfants car je craignais une fille, je ne voulais pas non plus faire de différence entre mes enfants. Je suis attentive à ce que je mange, je ne peux pas m’empêcher de me remplir dès que je m’ennuie ou que je suis inquiète ou pour n’importe quelle mauvaise raison. Pour cela j’ai toujours en stock des carottes, des radis, des choux-fleurs que je grignote dès que me prend l’envie de me remplir ! Je n’ai aucun plaisir à déguster, c’est une véritable corvée que j’essaie d’expédier le plus rapidement possible, par crainte de retomber dans l’excès !

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