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Le calvaire de l'hyperphagie : le témoignage de Marie

Publié par : Dr. Nicolas Evrard (17. février 2016)

Marie, 30 ans, maman de 3 enfants. Son témoignage...

> Depuis quand avez-vous des problèmes d'hyperphagie ?

Enfant, vers l’âge de 4 ou 5 ans, je ressentais déjà ce besoin irrépressible de me remplir, à n’importe quel moment de la journée. Un jour, à 6 ans, ma mère m’a surprise dans la cuisine en train d’engloutir un paquet de céréales. Je me souviens encore de la honte ressentie, la seule excuse me venant alors en tête étant que la date de péremption approchait et qu’il ne fallait pas les jeter.

Plus tard, je dépensais presque tout mon argent de poche dans la nourriture. Pas en achetant des bonbons chez le boulanger, comme les autres enfants. J’achetais aussi du fromage, des biscuits apéritifs, tout et n’importe quoi. Et entre-temps, j’avais appris qu’il fallait se cacher pour ne pas susciter de questions chez les autres.

> Comment se manifestait votre hyperphagie ?

En période de crises, je rentrais après les cours, je m’enfermais dans ma chambre où j’avais caché de la nourriture, et là, la séance de torture commençait. Un ou deux fromages, des paquets de gâteaux, des cacahuètes, des chips, parfois des yaourts par packs entiers, des paquets de bonbons. Et après cette orgie, alors que je me sentais déjà très mal, je devais ensuite subir le dîner familial au cours duquel il était inconcevable de ne pas manger pour ne pas attirer l’attention.

Les crises survenaient par phases. Parfois, je savais que j’allais en faire une plusieurs heures à l’avance. Plus j’essayais de me raisonner pour ne pas céder, pire était la suivante.

Je me croyais folle : j’entendais bien parler d’anorexie (ce n’étais pas mon cas), ou de boulimie (mais je ne me faisais pas vomir !), mais rien ni personne ne parlait d’un cas comme le mien.
Vers la fin de l’adolescence, j’ai connu aussi quelques épisodes de boulimie et d’anorexie, mais ça n’a pas duré. Alors que l’hyperphagie ne me quittait pas.

> En connaissez-vous l'origine ?

Les crises se sont espacées en vieillissant. Vers l’âge de 20 ans, elles sont devenues beaucoup moins régulières. Lorsque je suis partie de chez mes parents et vécu seule puis avec mon ami, j’ai un peu mieux réussi à les contrôler. De là à en conclure que ce trouble du comportement est lié à ma relation avec ma mère, il n’y a qu’un pas, et je pense, en effet, avec le recul, que c’est directement par opposition à elle, à l’image qu’elle a de moi et qu’elle aimerait que je reflète, que j’ai vécu ça.

> Est-ce qu'aujourd'hui, vous vous considérez comme guérie ?

Je ne suis pas à l’abri de refaire une crise de temps en temps, mais j’ai appris à les contourner lorsque je m’y prends suffisamment tôt. Le désœuvrement est mon pire ennemi, et ma vie actuelle me laisse peu de temps pour ne rien faire, donc je suis moins souvent en situation de crise. Je refuse aussi que mes enfants me voient dans cet état là, donc ils m’aident à me maintenir hors de l’eau.

Ma mère m’a entraînée chez des nutritionnistes sans succès puisque mon problème de poids venait de mes orgies cachées. J’ai pris rendez-vous chez un psy qui ne m’a rien apporté de plus que les nutritionnistes. Depuis 3 ans, je suis suivie par une endocrinologue pour d’autres soucis. Même si rien n’a été posé officiellement, je pense qu’elle se doute de ce que je vis. Elle me donne des conseils, m’écoute, et ce type de thérapie me convient mieux qu’une psychothérapie traditionnelle.



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