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Euthanasie : état des lieux

Publié par : rédaction Onmeda (16. janvier 2018)

© iStock

En octobre dernier, l’auteure Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, a choisi la Belgique pour en finir avec une vie de souffrance dont elle ne voulait plus. En France cette pratique est interdite et suscite des débats passionnés car elle renvoie à des questions éthiques et morales. L’occasion pour Onmeda de faire le point sur l’euthanasie.

Euthanasie : pourquoi ?

Le mot euthanasie vient du Grec et signifie mort douce. Aujourd’hui cela consiste à aider médicalement à mourir une personne qui en exprime le souhait. La Suisse a été le premier pays à l’autoriser en 1942, d’autres ont (récemment) suivi le mouvement comme les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg.

L’euthanasie est empreinte d’une sombre charge psychologique. Elle renvoie aux peurs ancestrales les plus enfouies, celle de la disparition définitive. Alors pourquoi souhaiter en finir, en dehors de certaines formes de dépression mentale qui poussent au suicide? Parce que dans les pathologies très lourdes, la douleur, l’absence d’autonomie ainsi que d’autres facteurs tels que la difficulté à vivre le quotidien ou l’absence d’une qualité de vie, ne laissent plus de place au plaisir de vivre.

La souffrance est tellement insupportable que les personnes préfèrent en être débarrassées même si cela est synonyme d’en finir avec la vie.

Les soins palliatifs

Face à la peine endurée par ces patients, la réponse a été la mise en place de soins palliatifs. Il s’agit de porter assistance aux personnes qui ne peuvent plus gérer la douleur, ni la détresse liée à une ou plusieurs pathologies ou à un état. Ces soins sont considérés comme une aide au traitement, afin de limiter les complications par exemple ou comme accompagnement vers la mort.

La subtilité réside justement dans ce mot d’accompagnement. En cas de soins palliatifs, il ne s’agit pas d’aider à mourir mais de préserver une qualité de vie dans le cas d’un stade terminal d’une maladie qui n’a pas d’autre issue que le décès du patient.

Lorsque les traitements sont donnés à tout prix et en dépit de l’accord du malade qui a exprimé le souhait ne pas les avoir, on parle d’acharnement thérapeutique. C’est pour éviter une souffrance inutile que le député Jean Leonetti fait voter en 2005, une loi qui interdira de s’obstiner à prodiguer des soins quand cela atteint une limite déraisonnable.

Encore une fois, il faut être précis. Éviter l’acharnement thérapeutique sur la demande du patient signifie cesser ce qui lui fait plus de mal que de bien. En aucun cas cela ne signifie l’aider à mourir.

Que dit la loi sur l’euthanasie ?

La loi est très claire et sans ambiguïté en France : il est interdit d’aider un patient qui le souhaite, ou à la demande de son entourage s’il est dans l’incapacité de prendre une décision, à en terminer avec la vie.

Aujourd’hui cette aide médicale à mourir est donc absolument interdite en France.

Depuis le 2 février 2016, il y a eu de nouvelles instructions dédiées aux soins dispensés, afin que toute personne majeure puisse exprimer ses volontés de fin de vie en ce qui concerne le traitement qu’elle va recevoir. Cela peut se faire à n’importe quel moment, il n’est pas nécessaire d’être atteint d’une pathologie ou être âgé pour le faire. C’est une sorte de testament concernant son propre corps.

Un formulaire de directives anticipées

Le ministère de la santé a mis en place un formulaire officiel de directives anticipées. Ces dernières doivent être rédigées alors que la personne a encore toutes ses capacités intellectuelles lui permettant de faire un choix avisé selon ses propres desiderata. Cela peut être un refus d’aide respiratoire ou d’alimentation artificielle.

Le médecin traitant est le mieux placé pour communiquer de façon objective avec son patient sur cette prise de décision, qui peut aussi se faire à l’occasion d’une hospitalisation ou lors d’une admission dans un centre médico-social. Dans le cas où le patient est déjà atteint d’une pathologie grave dont l’issue peut être fatale, le médecin devra spontanément lui suggérer d’écrire ses souhaits de fin de vie.

Désigner une personne de confiance

Les réformes ont également permis de désigner une personne de confiance, évidemment majeure, dont la fonction est très importante parce qu’elle revêt plusieurs aspects vis-à-vis de celui qui l’a nommée. Non seulement elle a un rôle d’accompagnant mais elle peut assister aux rendez-vous médicaux, elle peut également prendre connaissance du dossier médical avec l’accord du principal intéressé, tout en respectant le devoir de confidentialité qui va de soi.

Dans le cas où la personne elle-même n’est plus en état d’exprimer ce qu’elle veut au moment où il faut prendre des décisions concernant la poursuite ou l’arrêt du traitement, c’est la personne de confiance qui sera référente auprès du corps médical. Idéalement c’est elle qui conservera les directives anticipées et les fera connaître en temps voulu.

Le débat sur l’euthanasie reste d’actualité

Chaque cas de demande d’euthanasie, que ce soit en France ou à l’étranger, remet sur le tapis l’autorisation à mourir « dignement ».

Les personnes engagées directement, lorsqu’elles sont en faveur de l’euthanasie, exigent d’obtenir le droit de décider de leur fin de vie. Cela veut dire une implication active pour l’entourage qui décide de les accompagner (ou pas), ainsi que pour le corps médical qui est en première ligne également.

D’un autre côté, les opposants de l’euthanasie évoquent les dérives qui seraient, d’après eux, inévitables. Ces débats sont difficiles à trancher car ils mettent en question des données émotionnelles, personnelles, des histoires différentes et un rapport face à la mort qui dérange certaines personnes.

C’est ce qui rend si ardues les décisions des pouvoirs politiques sur ce sujet délicat qu’est l’euthanasie. A cette discussion s’invite la notion du suicide assisté, qui est l’action de procurer au patient une substance qui va l’aider à mettre fin à sa vie et qui est très éloignée de l’euthanasie.

L’euthanasie a beau être interdite en France, les polémiques l’entourant sont nombreuses.

En effet, certaines personnes estiment que cette aide médicale à mourir existe déjà, puisque accepter de prescrire une sédation à des patients en phase terminale précipite leur décès. Ils évoquent une « euthanasie passive ».

Or les médecins sont formels, donner des médicaments qui endorment ou des antidouleurs qui permettent au patient de ne plus souffrir, sont des soins de confort dispensés dans le but de les soulager.

L’issue des personnes en stade terminal d’une maladie grave et incurable est malheureusement irrémédiable, que ce soit avec ou sans soins palliatifs. Ces derniers, comme leur nom l’indique, apportent de l’apaisement dans un moment où cela compte énormément.

* Editions Robert Laffont - Versilio

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Sources et notes

Auteur : Ladane Ladane Azernour-Bonnefoy

Sources :

- Ministère des Solidarités et de la Santé
- Décret n° 2016-1067 du 3 août 2016
- Haute Autorité de Santé (HAS)


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