Perturbateurs endocriniens : peut-on leur échapper ?

Publié par : rédaction Onmeda (28. septembre 2017)

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Nous vivons tous entourés de perturbateurs endocriniens, avérés ou potentiels. Que ce soit dans l’alimentation, les cosmétiques ou les produits ménagers, il paraît plutôt difficile de les éviter complètement. Cependant, leurs effets néfastes sur notre santé devraient nous pousser à changer nos modes de consommation.

Où trouve-t-on les perturbateurs endocriniens ?

Le terme “perturbateur endocrinien” désigne une substance chimique, capable de venir contrecarrer l’action des hormones au sein des organismes animaux, l’Homme y compris.

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans la majeure partie de ce que nous utilisons dans notre quotidien, ainsi notre environnement nous expose aussi à leurs effets nocifs.

Ainsi, les perturbateurs endocriniens (PE) entrent dans la composition de nombreux produits cosmétiques, alimentaires, insecticides ou pharmaceutiques. De plus, ils affectent également les cours d’eau et altèrent la faune aquatique.

La famille des parabens

Les produits de beauté et d’hygiène conventionnels renferment des conservateurs, susceptibles de rentrer dans la catégorie des perturbateurs endocriniens (PE). Parmi eux, figurent les célèbres parabens.

Le méthylparaben

On retrouve ce conservateur dans les cosmétiques, les produits d’hygiène, les biocides (anti-parasitaires), les parfums, etc. Il reste autorisé et n’est pas considéré comme nocif par les autorités de santé européennes.

Pourtant, dans leurs recherches sur les parabens, des scientifiques américains du SUNY Downstate Medical Center et de l'Arizona State University (1) ont remarqué des taux exceptionnellement élevés de méthylparaben et propylparaben dans un échantillonnage de sang, issu de cordons ombilicaux.

Ces résultats évoquent la possibilité d’un passage de la femme enceinte au fœtus, un fait que les scientifiques estiment préoccupant.

Une autre étude (2) a relevé des traces de méthylparaben dans les tissus de mammifères marins, comme le dauphin, l’ours polaire ou la loutre de mer.

Le propylparaben et le butylparaben

Quant au propylparaben et au butylparaben, ils demeurent autorisés, sauf dans les produits sans rinçage pour les enfants de moins de trois ans.

Néanmoins, un rapport danois de 2016 (11) soupçonne le butylparaben d’avoir un impact plus important que prévu sur les glandes endocrines.

Après avoir procédé à des tests sur des rats mâles, les chercheurs ont ainsi constaté une baisse de la qualité de leur sperme. Toutes les doses essayées ont donné ce résultat.

De nombreuses autres substances suspectes

Le BHT

L’hydroxytoluène butylé, ou BHT, est un antioxydant, très fréquemment utilisé dans l’alimentation, les cosmétiques et les soins d’hygiène.

Selon un rapport de l’Anses (3), les études n’ont pas démontré d’effets toxiques sur la reproduction des rats. Toutefois, toujours d’après cet organisme, deux études ont constaté que le BHT pourrait se comporter comme un oestrogène et un antiandrogène.

Cette substance figure sur la liste de surveillance de la directive cadre sur l'eau (UE) 2015/495 de mars 2015.

Le BHA

Cousin du BHT, le BHA (butylhydroxyanisole) partage la même fonction antioxydante, spécialement dans les produits de beauté et d’hygiène, mais aussi dans l’industrie alimentaire. Cependant, Il tend à être de moins en moins employé, au profit du BHT.

Les phtalates

Très employés dans les emballages (même alimentaires), les jouets ou les médicaments, les phtalates ont, à juste titre, très mauvaise réputation. De nombreuses études ont mis en lumière leurs effets, potentiellement très préjudiciables pour la santé.

Publiée en 2015 dans la revue Environmental Science & Technology de l'ACS (4), une étude relève une possible corrélation entre l’exposition professionnelle aux phtalates et des risques de fausses couches. Cependant, des recherches complémentaires s’avèrent nécessaires afin d’établir un lien certain.

Par ailleurs, des chercheurs australiens ont remarqué des problèmes cardio-vasculaires, de l’hypertension ainsi que du diabète de type 2 sur 1 500 hommes, possédant un taux urinaire élevé de phtalates (5).

Le bisphénol A (BPA)

Tout le monde garde en mémoire l’affaire des biberons contenant cette substance chimique. Jugé comme perturbateur endocrinien, il est actuellement interdit dans la composition des contenants et ustensiles, destinés à entrer en contact avec des produits alimentaires (7). Cette disposition concerne uniquement la France.

De nombreux travaux ont déjà été réalisés sur le bisphénol A. Par exemple, des scientifiques américains (8) suggèrent que le contact régulier des femmes enceintes avec le BPA serait susceptible de favoriser l’obésité chez les enfants.

D’autres effets, tels que la puberté précoce ou une participation au développement de certains cancers, ont été signalés par diverses études.

Le polychlorobiphényles (PCB)

Les PCB sont des composés chimiques, fréquemment retrouvés dans les produits industriels (peintures, transformateurs électriques) avant leur interdiction. Néanmoins, poissons gras et produits laitiers peuvent en contenir encore.

Leur persistance dans l’environnement explique ces cas de pollution. Les PCB se stockent dans les tissus adipeux et peuvent dérégler les systèmes hormonaux, des animaux comme des humains.

De plus, des chercheurs américains ont mis en évidence la contamination de l’air intérieur dans plusieurs écoles (9), exposant ainsi les enfants à des risques pour leur santé.

Le pentachlorophénol (PCP)

Ce produit s’utilise principalement pour traiter le bois, mais sa nocivité a conduit la France à un contrôle strict de son emploi. Le PCP, comme le PCB, est un polluant persistant et considéré comme perturbateur endocrinien à faible dose. Il agit notamment sur la thyroïde et le système immunitaire (10).

Comment se protéger des PE ?

Les PE demeurent difficilement évitables, tant ils ont imprégné notre quotidien. Nous pouvons, tout au plus, essayer de limiter la consommation de produits qui contiennent les plus toxiques.

Le problème provient surtout de la chronicité de l’exposition, même (et surtout) à faible dose.

On retrouve beaucoup de PE dans l’alimentation en raison de leur migration via les emballages en plastique. L’idéal serait de cuisiner soi-même des aliments frais et biologiques, sans avoir recours aux produits transformés. Du côté des ustensiles de cuisine, le plastique peut être assez facilement évité.

Concernant les cosmétiques, le choix du bio s’avère une solution pour échapper aux PE. Les nombreux labels, dont les cahiers des charges sont plus ou moins sévères, garantissent une composition de meilleure qualité. Dans ce cas également, privilégier les contenants en verre diminue encore les risques.

Du côté des produits ménagers, retrouver des basiques comme le vinaigre ou le bicarbonate de soude permet de ne pas inhaler de PE, très nombreux dans cette catégorie.

Concernant les vêtements neufs, il est fortement conseillé de les laver avant de les porter. D’ailleurs, on peut aussi essayer de se constituer une garde-robe bio, avec des matières et des teintures plus saines.

L’air des logements contenant également une proportion non négligeable de PE, le recours aux peintures, colles et autres matériaux écologiques assurent une alternative aux matériaux conventionnels.

Il s’avère donc tout à fait possible de limiter notre exposition aux perturbateurs endocriniens dans la vie quotidienne, au moins partiellement.

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Notes et sources

Auteur : Véronique Michelan

Sources :

(1) SUNY Downstate Medical Center. "Pregnant women in Brooklyn have highest levels of certain preservatives used in cosmetics: Parabens in human cord blood." ScienceDaily. ScienceDaily, 26 October 2015. <www.sciencedaily.com/releases/2015/10/151026092811.htm>.

(2) American Chemical Society. "Parabens and their byproducts found in dolphins and other marine mammals." ScienceDaily. ScienceDaily, 14 October 2015. <www.sciencedaily.com/releases/2015/10/151014121105.htm>.

(3) https://www.anses.fr/fr/system/files/REACH2016RE0001.pdf

(4) American Chemical Society (ACS). "Exposure to phthalates could be linked to pregnancy loss." ScienceDaily. ScienceDaily, 2 September 2015. <www.sciencedaily.com/releases/2015/09/150902102649.htm>.

(5) University of Adelaide. "Everyday chemicals linked to chronic disease in men." ScienceDaily. ScienceDaily, 12 July 2017. <www.sciencedaily.com/releases/2017/07/170712084807.htm>.

(6) https://www.anses.fr/fr/content/bisph%C3%A9nol-1

(7) https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/mise-en-oeuvre-loi-bisphenol-a-bpa

(8) Columbia University's Mailman School of Public Health. "Mom's exposure to BPA during pregnancy can put her baby on course to obesity." ScienceDaily. ScienceDaily, 17 May 2016. <www.sciencedaily.com/releases/2016/05/160517120503.htm>.

(9) American Chemical Society. "Indoor air in schools could add to children's exposure to PCBs." ScienceDaily. ScienceDaily, 28 June 2017. <www.sciencedaily.com/releases/2017/06/170628095812.htm>.

(10) https://www.cdc.gov/niosh/ipcsnfrn/nfrn0069.html

(11) Technical University of Denmark (DTU). "Butylparaben can have several endocrine disrupting effects." ScienceDaily. ScienceDaily, 7 July 2016. <www.sciencedaily.com/releases/2016/07/160707083246.htm>.