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Fausse route chez l'enfant

Publié par : rédaction Onmeda (13. mars 2018)

© iStock

En général on se méfie d'une fausse route chez les enfants tout petits, et à juste titre, les fausses routes constituant la première cause de décès accidentelle de l'enfant de moins de un an. Néanmoins, les fausses routes sont un des accidents de la vie courante les plus fréquents à tout âge et leurs conséquences peuvent être gravissimes. Ce risque impose des mesures de prévention jusqu'à 6 ans et non pas simplement jusqu'à trois ans comme on a tendance à le croire.

Petit cours d'anatomie

Dans l'organisme, l’appareil respiratoire (composé du larynx, de la trachée, des poumons), qui permet de respirer est très proche de l’appareil digestif (composé de l’œsophage et de l’estomac). L'épiglotte agit alors comme un clapet pour diriger du côté de la respiration ou du côté de la digestion. Il suffit alors que le clapet se ferme mal et c'est la fausse route...

Fausse route de l'enfant : pourquoi un enfant avale de travers ?

Les causes

La fausse route correspond au passage d'un corps étranger dans les voies respiratoires, c'est à dire de la bouche vers l'arrière-gorge, le larynx, la trachée ou les bronches, alors que cet objet aurait dû se diriger vers les voies digestives : œsophage, estomac. Le corps étranger inhalé peut provoquer une asphyxie, qui peut être mortelle si elle n'est pas levée rapidement.

Ce corps étranger / objet causant la fausse route peut être :

  • un petit jouet, une surprise kinder et sa coque en plastique, une bille, une perle, une pièce de monnaie, un pion de jeu de société, un capuchon de stylo, une petite pile bouton, une vis ou une punaise mais aussi un fragment de ballon de baudruche ou de super balle qui peut se révéler extrêmement dangereux... 
  • un aliment, sachant que les plus à risque étant les aliments ronds et lisses comme les cacahuètes ou les bonbons mais aussi les aliments volumineux à texture molle comme les saucisses ou le fromage, comme cela sera détaillé au chapitre prévention.
A noter : Les fausses routes entraînant le décès de l'enfant concernent néanmoins plus souvent un objet qu'un aliment.

Des fausses routes fréquentes chez les moins de 3 ans... mais qui peuvent survenir à tout âge !

Les fausses routes surviennent dans 80% des cas chez l'enfant de moins trois ans, mais sont possibles à tout âge, et jusqu'à six ans la plus grande vigilance s'impose et des mesures de prévention sont nécessaires. Il convient aussi de bien se renseigner pour pouvoir agir de façon adaptée en cas de problème.

Certains enfants sont particulièrement à risque, comme ceux qui présentent un retard de développement ou une maladie neurologique, ceux qui ont des troubles de l'oralité ou tout simplement ceux qui ont perdu des dents de lait : ils auront plus de mal à mâcher correctement, et essayeront d'avaler des aliments de trop grosse taille...

Aperçu du développement des dents chez les enfants :

Poussée dentaire © iStock

Symptômes et traitement

Le syndrome de pénétration

Lors de l'inhalation d'un corps étranger, une toux brutale et une difficulté à respirer (dyspnée) surviennent. La personne est très agitée car elle "s'étouffe" et ne peut plus parler. Il s'agit du syndrome de pénétration qui survient lors du passage du corps étranger dans le larynx ou la trachée.

Cet épisode de suffocation (étouffement) peut-être de courte durée :

  • soit parce que le corps étranger est descendu dans une des bronches où il reste bloqué (dans ce cas, la toux reste très présente),
  • soit parce qu'il a été expulsé grâce à la toux : la personne est alors soulagée, même si la toux peut persister un peu.

Attention : Chez l'enfant de moins de trois ans le syndrome de pénétration peut être moins visible.

Lors d'une fausse route, si l'enfant tousse, il convient normalement de respecter la toux, car elle est plus efficace que les manœuvres externes pour évacuer le corps étranger.

A retenir : Il ne faut surtout pas essayer d'allonger l'enfant, ni lui donner à ce moment-là un verre d'eau ou de la mie de pain ! 

Ce qu'on peut/doit faire :

  • L'aider à se positionner tête vers le bas et l'avant pour favoriser l'expulsion du corps étranger.
  • Si le corps étranger est dans la bouche, on l'en extrait.
  • On reste évidemment vigilant et présent à tout moment : l'enfant peut aussi s'asphyxier secondairement s'il ne parvient pas à expulser le corps étranger...
Attention : Si le corps étranger est invisible, on ne met pas les doigts profondément dans la gorge car on risquerait de pousser l'objet plus profondément. 

Que faire après une fausse route et l'inhalation d'un corps étranger ?

  • Après un épisode de fausse route, il est important de conduire l'enfant à l'hôpital en position assise afin de faire un bilan et d'extraire le corps étranger s'il n'a pas été expulsé en totalité.
  • Toute manœuvre d'expulsion est interdite, car elle pourrait favoriser le déplacement du corps étranger et entraîner une asphyxie.
  • Ne faites aucun geste, avant que la personne ne reprenne une respiration normale : n'introduisez pas les doigts dans sa bouche, ne tapez pas dans son dos. S'il s'agit d'un enfant, ne le suspendez surtout pas par les pieds....
  • Un bilan sera fait (radiographie du thorax, fibroscopie bronchique...) et le corps étranger retiré, si nécessaire.

L'asphyxie aiguë

Dans les cas les plus graves, le syndrome de pénétration ne disparaît pas car le corps étranger bloque totalement les voies respiratoires (larynx, trachée) : la personne s'asphyxie.

A savoir : La personne est en état d'asphyxie lorsque elle ne parvient ni à tousser ni à parler.

En cas d'asphyxie, apparaissent alors rapidement certains symptômes :

  • une grande difficulté à respirer (dyspnée),
  • des lèvres et des ongles bleus,
  • des sueurs,
  • une agitation,
  • des battements de cœur très rapides (tachycardie).

Il faut alors effectuer des manœuvres de réanimation adaptées dans la plus grande urgence.

A retenir :

  • S'il y a plusieurs adultes : l'un d'eux doit appeler les secours pendant que l'autre effectue les gestes nécessaires. Veillez alors à parler calmement et distinctement ; indiquez l'adresse exacte (étage, code d'accès, etc.), ne raccrochez pas avant que votre interlocuteur ne vous le demande. Consulter les numéros d'urgence
  • Si vous êtes seul avec l'enfant : ne pas hésiter à aller chercher de l'aide tout de suite auprès des voisins pour qu'ils appellent les secours pendant que vous vous occupez de l'enfant.

En cas d'asphyxie aiguë, des mesures urgentes sont à prendre, à adapter à âge de l'enfant. Dans tous les cas, maintenir la personne assise.

L'asphyxie aiguë chez l'enfant de plus de trois ans

  • Ne l'allongez pas.
  • Utilisez en premier lieu la technique des claques dans le dos.

Technique des claques dans le dos :

  1. Il faut se tenir sur le côté et un peu en arrière de la personne.
  2. Penchez-la vers l'avant en soutenant sa poitrine d'une main, ce qui permet à l'objet obstruant les voies aériennes de ne pas s'enfoncer davantage dans la trachée.
  3. Donnez un maximum de 5 claques entre les omoplates.
  4. Chaque claque a pour but de provoquer un mouvement de toux permettant de déloger l'objet.
  5. Après chaque claque, vérifiez si le corps étranger a été rejeté ou non. S'il a bien été rejeté, la personne se remet à respirer et tousse. Il est donc inutile de lui donner d'autres claques dans le dos.
Fausse route : technique des claques dans le dos


Si cette première technique échoue (l'état de la personne ne s'améliore pas), utilisez la manœuvre de Heimlich.

Manœuvre de Heimlich (compressions abdominales) :

  1. Placez-vous debout, derrière l'enfant, entourez sa taille avec vos bras et inclinez légèrement son buste vers l'avant.
  2. Formez un poing avec une de votre main.
  3. Positionnez le poing entre le nombril et l'extrémité inférieure du sternum, bien au centre de l'abdomen et saisissez ce poing avec l'autre main
  4. Enfoncez-le brusquement vers le haut, comme pour soulever la personne.
  5. Répétez ce mouvement jusqu'à ce que le corps étranger sorte.
  6. Après cinq compressions abdominales, si le corps étranger n'a pas été expulsé, reprenez la manœuvre des claques dans le dos, puis en cas d'échec, reprenez les compressions abdominales.
  7. Si la victime perd connaissance, allongez-là sur le sol et entreprenez les manœuvres de réanimation cardio-respiratoires.

Attention :
la manœuvre de Heimlich ne doit pas être réalisée avant un an.

Fausse route : manoeuvre de Heimlich

L'asphyxie aiguë chez l'enfant de moins de trois ans

  • Il faut pratiquer la manœuvre de Mofenson qui est plus adaptée à l'enfant de cet âge.

Manœuvre de Mofenson :

  1. Asseyez-vous.
  2. Mettez une main sur le ventre et le thorax de l'enfant et placez-le à plat ventre sur votre cuisse fléchie (sa tête est dirigée vers le bas, au-delà de votre genou).
  3. Avec le plat de l'autre main, donnez un coup sec et fort entre ses omoplates.
  4. Si le corps étranger ne sort pas, répétez cette opération plusieurs fois de suite.

A noter : Dans tous les cas, l'hospitalisation est indispensable, soit pour extraire le corps étranger, soit pour s'assurer qu‘il a été totalement expulsé. L'enfant doit être maintenu assis pendant son transport jusqu'à l'hôpital.

Fausse route : manoeuvre de Mofenson

Parfois, après une fausse route, une infection pulmonaire peut apparaître. Elle se manifestera par une forte toux et de la fièvre, apparaissant quelques jours après la fausse route.

Il conviendra de consulter rapidement et de réaliser une radiographie thoracique pour visualiser un éventuel corps étranger, qui pourra alors enlevé grâce à une fibroscopie pulmonaire.

Un traitement antibiotique sera nécessaire. 

Prévention

Il y a des circonstances de la vie courante qui sont particulièrement à risque de fausse route : il s'agit souvent des fêtes, des anniversaires et des apéritifs ou des pique-niques...

En général, l'enfant est joyeux, un peu excité, et fait moins attention à déglutir correctement. Il peut aussi éclater de rire au cours du repas, ou courir avec un aliment dans la bouche... ce qui est dangereux ! Il y a aussi dans ces circonstances beaucoup d'aliments particulièrement à risque : bonbons, cacahuètes, saucisson, saucisses cocktail...

Quelques règles à tenir pour limiter au maximum le risque de fausse route

  • Mieux vaut prévenir cet incident grave en installant correctement les enfants pour le repas : durant un moment, ils mangent en étant assis, calmement, sous surveillance d'un adulte, avant de repartir jouer...
  • On leur apprendra à ne pas parler la bouche pleine et à bien mâcher avant d'avaler.
  • On prendra soin de disposer les aliments en hauteur et non pas en libre-service !
  • Et il vaut mieux choisir des aliments comportant peu de risque lors de la préparation du repas.
  • Attention aussi aux jeux comportant de petites pièces, particulièrement quand jouent ensemble des enfants d'âge différents.
  • Il faut être particulièrement vigilant à ce que l'enfant ne mette pas les objets dans sa bouche.
  • Avec des petits à la maison, il faut faire attention avec tous les petits objets et les placer hors de leur portée : vis, punaises, barrettes petits aimants, croquettes des animaux...

Des aliments à éviter

Tous les aliments doivent être préparés de façon adaptée à l'âge pour limiter le risque de fausse route : coupés en touts petits bouts, parfois réduits en purée... Si tous les aliments peuvent théoriquement être inhalés lors d'une fausse route, certains sont beaucoup plus dangereux car ils sont plus à risque d'obstruer les voies respiratoires et d'être difficile à déloger en cas de fausse route.

  • Il y a par exemple les petits aliments ronds ou ovoïdes : les cacahuètes bien sûr, mais aussi les olives, les raisins secs, les noisettes, les amandes, les pois chiches, haricots blancs ou rouges, les pistaches, les petits bonbons (Smarties, Dragibus, collier de bonbons, petit œuf en chocolat etc.)...
  • Mais il y a aussi les aliments mous de plus grande taille, qui du fait de leur texture peuvent s'avérer particulièrement dangereux. Ainsi, les saucisses cocktails, les saucisses de Strasbourg, les Knacki et tout particulièrement les Knacki ball ont été la cause de plusieurs accidents mortels. La texture de la saucisse fait que les manœuvres de réanimation sont inefficaces. Il est indispensable de couper la saucisse plusieurs fois dans la longueur avant de couper des tranches très fines, la couper simplement en rondelles ne suffit pas à éviter les accidents.

Attention :

  • Les Knacki ball, elles sont tout simplement à bannir. Une mention a été apposée au dos du paquet, mais elle est malheureusement trop petite et peu explicite.
  • Le même type d'accident mortel a été observé avec les fromages de type Babybel, causant plusieurs accidents mortel.
  • Même chose avec les Chamallow, pour lesquels l'emballage précise qu'ils sont interdits au moins de trois ans, mais qui sont en fait dangereux à tout âge.
  • Il en est de même au Japon pour les fameux mochi, confiserie au riz gluant tellement accidentogène que les autorités japonaises leur consacrent des messages de prévention spéciaux !
  • Enfin, plusieurs accidents ont été causés par des jouets cadeau inséré dans un paquet de céréales ou dans une glace par exemple : attention aux mauvaises surprises !

Les fausses routes de l'enfant peuvent le plus souvent être évitées en étant vigilant lorsque l'enfant joue et mange... Et pour savoir réagir en cas d'accident, le mieux est de se former aux premiers secours auprès d'un organisme agréé.

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Sources et notes

Auteur : Dr Cécile Stratonovitch, Pédiatre.

Sources :



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