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La migraine cataméniale

Publié par : rédaction Onmeda (14. novembre 2017)

© iStock

Vos règles approchent et vous vous préparez à une nouvelle crise de migraine ? Vous souffrez, comme plus de 50% des migraineuses, de migraine cataméniale, caractérisée par des crises qui surviennent durant la période qui entoure les règles, en raison de fluctuations hormonales et plus précisément de la chute du taux d’œstrogènes.

Volontiers plus sévère, plus récidivante et rebelle aux traitements que les crises qui surviennent à d’autres moments du cycle, la migraine cataméniale peut impacter fortement la qualité de vie. Souvent jugée inéluctable, elle peut pourtant être prise en charge efficacement.
 

La migraine cataméniale ou menstruelle peut être de deux types :

La migraine cataméniale non exclusive

La migraine cataméniale non exclusive est définie par la survenue de crises sans aura entre J-2 et J+3 du cycle, associées à des crises, avec ou sans aura, qui surviennent à d’autres moment du cycle.

Cette migraine aggravée par les menstruations est la plus fréquente.

La migraine cataméniale pure

La migraine cataméniale pure est définie par la survenue de crises sans aura entre J-2 et J+3, sans autre crise durant le cycle.

Cette forme de migraine purement menstruelle est plus rare, n’atteignant que 7 à 19% des migraineuses.

A noter :
« Les critères J-2 ; J+3 sont des critères d’études, souligne le Dr Michel Lantéri-Minet, neurologue responsable du département d’évaluation et de traitement de la douleur au CHU de Nice. Il est évident qu’une patiente qui vient nous voir pour des crises qui surviennent à J-3 sera considérée comme souffrant de migraine cataméniale. »

La migraine purement cataméniale apparaît typiquement à la puberté, avec l’apparition des menstruations.

« Les patientes ont toute leur vie des crises, uniquement pendant leurs règles, poursuit le neurologue. Pendant la grossesse, ces patientes voient leur migraine complètement disparaître et reprendre après l’accouchement puis enfin, disparaitre à nouveau à la ménopause. »

Les causes et facteurs déclenchants

Dans toute crise de migraine, il faut distinguer la cause, qui est liée à une prédisposition génétique, du facteur déclenchant sans lequel la crise n’a pas lieu et qui est très variable selon les individus.

Dans la migraine cataméniale, ce facteur déclenchant est bien établi. « Il s’agit d’un changement endogène drastique : la chute du taux d’œstrogènes qui précède la période menstruelle », explique le Dr Lantéri-Minet.

Le rôle de la pilule œstroprogestative est très variable

La pilule œstroprogestative a une influence variable sur la survenue de la migraine cataméniale. « On peut voir des migraines menstruelles chez des patientes qui ont un cycle naturel et qui ne prennent pas de contraception, mais aussi des crises cataméniales à l’arrêt de la pilule chez des patientes sous contraception œstroprogestative », précise le neurologue.

Globalement, on observe la règle des trois tiers :

  • un tiers des patientes trouvent que la pilule n’aggrave pas leurs migraines,
  • un tiers qu’elle aggrave les crises,
  • le derniers tiers que la pilule améliore les crises.

La crise cataméniale n’est pas liée à un dérèglement hormonal

« Inutile de s’épuiser à essayer de trouver une pilule qui améliore les crises, insiste le Dr Lantéri-Minet. Beaucoup de patientes s’enferrent dans des avis gynécologiques multiples, à la recherche d’une anomalie hormonale.

Il faut bien comprendre que les crises sont dues à une vulnérabilité génétiquement inscrite dans leur cerveau sur un phénomène physiologique.

Face à une patiente qui souffre de crise migraineuse à l’arrêt de la pilule, on peut être amené à changer de mode de contraception et opter pour une contraception progestative en continu, qui permet d’éliminer le facteur déclenchant car il n’y a plus de variation du taux d’œstrogènes. » Ces progestatifs en continu peuvent être administrés sous différentes formes : injectable, implants cutanés, pilule ou DIU (dispositif intra-utérin) hormonal.

A voir : la migraine expliquée en vidéo

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Les symptômes

Dans la très grande majorité des cas, les crises de migraine cataméniales surviennent sans aura.

En termes de signes cliniques, la crise qui survient pendant les règles est similaire à une crise migraineuse classique (maux de tête, nausées, vomissements...), mais elle présente néanmoins quelques particularités :

  • Sa longueur, qui dépasse facilement les 72 heures habituellement décrites comme durée maximale.
  • Sa récurrence au traitement et le fait que la céphalée revienne plusieurs fois au cours d’une même crise.
  • Son intensité, jugée souvent plus importante, et le fait qu’elle résiste parfois aux thérapeutiques habituelles
Un autre élément de sévérité rarement évalué dans les études mais retrouvé fréquemment en consultation concerne l’anticipation anxieuse de la crise, comme l’explique le Dr Lantéri-Minet.

« Certaines patientes, notamment celles atteintes de migraine cataméniale pure, programment leurs crises et emplissent prospectivement leur agenda pour 6 mois, en bloquant toute la période des règles, afin d’éviter voyages et rendez-vous, car elles savent que ce sera très difficile à gérer, explique-t-il. Or, il semble probable que cette anticipation anxieuse et ce phénomène intentionnel sur la crise participe à sa gravité et à sa sévérité. »

Mais alors, comment surmonter la migraine cataméniale lorsqu’elle devient un handicap, du fait de sa récurrence et de la difficulté à la traiter efficacement ?

Les traitements

« La migraine cataméniale se traite, insiste le Dr Lantéri-Minet. La première chose est de considérer que ces crises se traitent comme les autres.

Compte tenu de la durée et des récurrences, on conseille très souvent d’associer d’emblée un AINS (Anti-inflammatoires non stéroïdiens) et un triptan, dès le début de la crise. » Cela permet au triptan d’agir rapidement et à l’AINS de couvrir en durée et d’éviter la récurrence trop rapide.

Un traitement préventif séquentiel : le patch d’estradiol

Quand le traitement de crise ne suffit pas, le médecin peut proposer un traitement séquentiel, administré uniquement durant la période des règles.

« Le patch d’estradiol en percutané est le traitement séquentiel le plus validé, note le neurologue. On l’applique deux à trois jours avant le début des règles ou de l’hémorragie de privation quand les patientes sont sous pilule et ce, jusqu’à la fin de la période menstruelle. »

Les limites de cette technique concernent la régularité du cycle : sous pilule, l’hémorragie de privation est régulière et on peut anticiper sans difficulté la chute du taux d’œstrogènes. En revanche, chez les patientes en cycle naturel, le patch d’estradiol ne fonctionne que si la patiente a un cycle régulier.

Hormis les antécédents de cancers gynécologiques, cette technique ne présente pas de contre-indication car l’estradiol se rapproche de l’hormone naturelle et la tolérance est généralement bonne.

Seul problème observé chez 3 à 5% des patientes, la survenue de spotting (petits saignements inter-menstruels). Les femmes doivent donc être prévenues de ce risque.

Des traitements de fonds classiques

Pour les patientes qui ont des migraines cataméniales associées à d’autres crises au cours du mois, un traitement de fond classique peut être envisagé.

« Il nous arrive souvent de mettre en place un traitement de fond et que celui-ci fonctionne, sauf pour la crise cataméniale, explique le Dr Lantéri-Minet. On se retrouve alors avec une patiente que l’on a transformée en migraineuse cataméniale pure ! On rajoute alors un traitement préventif séquentiel et l’approche d’un traitement de crise cataméniale. »

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Sources et notes

Auteur : Charlotte Delloye

Consultant expert : Dr Michel Lantéri-Minet : neurologue, chef de service du département d’évaluation et de traitement de la douleur au CHU de Nice

Sources :

- Inserm. Migraine. Dossier réalisé en novembre 2013
- Martin VT. American Headache Society. Menstrual Migraine : New approaches to diagnosis and treatment.
- Lanteri-Minet M. et al. Société française d’Etude des Migraines et céphalées. Guidelines for the diagnosis and management of migraine in adults and children. Rev Neurol 2013 ; 169 : 14-29