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Progéria (Syndrome de Hutchinson-Gilford)

Publié par : rédaction Onmeda (16. mars 2018)

© iStock

La progeria ou syndrome de Hutchinson-Gilford est une pathologie extrêmement rare qui ne concerne que très peu d’enfants, qui prennent l’aspect de vieux dès les premières années de leur vie.   

La vieillesse (ou sénescence) est un phénomène naturel contre lequel on ne peut rien. Les organes et les tissus étant composés de cellules, le développement de la vie qui est visible à nos yeux, est avant tout celui de la vie cellulaire. 

Dès la naissance, les cellules sont programmées pour un nombre défini de divisions

Les bébés viennent au monde, grandissent et deviennent des enfants, puis des adolescents qui se transforment en adultes, et vieillissent. C’est le cycle de la cellule. Quand cette dernière a atteint son nombre maximal de divisions, on parle de mort cellulaire (ou apoptose) et c’est ainsi qu’au terme d’une vie, survient le décès. 

Dans des cas exceptionnels ce cycle se vit en accéléré et on a à faire à une maladie orpheline extrêmement rare connue sous le nom de progéria ou progérie.

Bon à savoir : La racine du mot progéria provient de géron du grec ancien, qui signifie vieux.

Progéria : une maladie qui touche les deux sexes

  • Touchant un enfant sur environ quatre millions ou plus, on évoque environ 250 cas dans le monde dont trois en France.
  • Il y a autant de filles que de garçons atteints.
  • La moyenne de vie maximale est de 12 ou 13 ans avec des exceptions qui peuvent aller jusqu’à 17 ans.

Le séquençage du génome humain a permis un bond spectaculaire dans la découverte des origines des maladies et il est aujourd’hui établi que ce vieillissement précoce des enfants est un dysfonctionnement génétique.

Les causes

Progéria : découverte par l'Inserm du gène responsable d'un syndrome de vieillissement prématuré 

C’est seulement en 2003 qu’une équipe de recherche française de l’Inserm a découvert presque par hasard le gène impliqué dans la progéria. L’équipe de Nicolas Lévy travaillait sur certaines maladies neuromusculaires (comme la maladie de Charcot ou SLA) quand elle a isolé le gène qui code pour la lamine.

Le saviez-vous : L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (ou Inserm) a été créé en 1964. L'institut réunit 15 000 chercheurs, ingénieurs, techniciens et personnels administratifs, ayant pour mission d'améliorer la santé de tous par le progrès des connaissances sur le vivant et sur les maladies, l'innovation dans les traitements et la recherche en santé publique.

VIDEO - Inserm : Recherche sur le rajeunissement cellulaire

Une équipe de chercheurs de Montpellier est parvenue à rajeunir des cellules de la peau (fibroblastes) de personnes âgées parfois de plus de 100 ans. Découvrez comment ce rajeunissement cellulaire a été obtenu grâce à l'injection de six facteurs génétique

Comprendre le fonctionnement des gènes

Pour comprendre le fonctionnement des gènes, il faut savoir qu’ils sont formés d’une succession de quatre bases azotées (A, T, C, G) appelées :

  • adénine = A,
  • thymine = T,
  • cytosine = C,
  • guanine = G.

Tout comme les lettres de l’alphabet forment un mot, ces lettres là forment des gènes qui codent pour la fabrication des protéines. Il suffit de remplacer le T de déTaillant par un F pour comprendre que le mot va devenir déFaillant.

Pour les gènes c’est la même chose, une seule lettre de changée entraînera une protéine qui n’aura plus du tout la même fonction, voire qui entraînera des dysfonctionnements !

Le rôle du gène LMNA dans la progeria

Lorsque tout va bien, le gène LMNA, situé sur le chromosome 1 code correctement pour les lamines. Ces dernières s’emboitent les unes dans les autres pour former le squelette de la membrane qui entoure le noyau cellulaire (appelé nucléosquelette).

Une certaine mutation provoque le remplacement de l’un des C par un T. A partir de là, au lieu de produire de la lamine, la cellule va fabriquer de la progérine, une protéine qui va totalement déstructurer la membrane nucléaire.

Or pour un renouvellement et une réparation des tissus, il faut que les cellules fonctionnent correctement.

Perturbées par cette membrane anormale, les divisions vont être altérées, les cellules ne vont plus pouvoir remplir leur rôle de réparation et se diviser correctement. Ce dysfonctionnement a pour résultat un vieillissement pathologique qu’est la progéria.

Si on sait maintenant que c’est une mutation qui provoque la sénescence prématurée, on en ignore encore la raison. Ce que l’on sait, c’est qu’elle se fait très tôt pendant la vie intra-utérine, qu’elle est autosomique dominant, ce qui signifie qu’il suffit qu’un chromosome de la paire soit atteint pour développer la pathologie, et qu’elle n’est pas présente chez les parents.

C’est la raison pour laquelle on n’observe pas plusieurs membres d’une même fratrie atteints de cette maladie. Dans le cas extrêmement exceptionnel où cela pourrait arriver, ce serait probablement en raison d’une mutation qui aurait affecté les ovocytes lors de la gamétogenèse.

A retenir : Une certaine mutation du gène LMNA provoque le remplacement de l’un des C par un T, la cellule va alors fabriquer de la progérine au lieu de la lamine. Les cellules ne fonctionnent plus correctement (rôle de réparation, division). Ce dysfonctionnement a pour résultat une sénescence prématurée : c'est la progéria.

Les symptômes

Progéria : quand peut-on poser un diagnostic ?

La progéria a beau être déjà présente pendant le développement intra-utérin, il n’y a aucun signe révélateur pendant la grossesse, ni à la naissance. Les échographies ne montrent pas de signes particuliers non plus, si ce n’est un poids un peu moins élevé que ce qu’il devrait être au terme correspondant. Les bébés viennent au monde avec un petit gabarit.

C’est au cours des mois qui suivent que les symptômes apparaissent au fur et à mesure. Chez certains enfants, on peut l’observer dès le deuxième mois. La première année, la croissance très ralentie est un motif de consultation médicale de la part des parents.

Toutefois le diagnostic ne peut se poser avant les deux ou trois ans des enfants, notamment lorsqu’ils commencent à présenter une apparence physique typique, qui est la même, quelle que soit l’origine ethnique :

  • la perte progressive des cheveux entraîne une alopécie totale,
  • les yeux sont un peu exorbités,
  • le nez et le menton sont émincés,
  • la peau excessivement fine laisse apparaître un entrelacs de veines.

Il s’agit là de signes physiques, mais parallèlement, les enfants ont des troubles qui sont ceux des personnes âgés, tels que :

  • des raideurs des articulations,
  • des douleurs arthrosiques,
  • des troubles cardiovasculaires,
  • des lésions du tissu osseux,
  • leur voix est aiguë.

A retenir : le diagnostic de la progéria ne peut se poser avant les 2 ou 3 ans de l'enfant, dès que celui-ci présente l'apprence physique particulière de cette sénescence prématurée.

Si le développement des organes génitaux est normal, les autres signes pubertaires ne sont pas tous présents.

Les tissus et organes dans lesquels les divisions cellulaires sont nombreuses, subissent beaucoup de dommages, à l’inverse de ceux dans lesquels il y en a moins. C’est l’une des raisons avancées par de nombreux scientifiques pour expliquer le bon état (relatif) de fonctionnement du foie, du rein, des yeux et du cerveau. C’est aussi ce qui explique que ces enfants précocement vieux ont un développement cognitif et intellectuel généralement normal.

Malheureusement l’issue est toujours fatale, un décès précoce aux alentours des 12 ans, soit par infarctus du myocarde (ou crise cardiaque), soit par AVC ou athérosclérose.

Les traitements

Connaître les causes n’aide hélas pas forcément à concevoir des traitements. A ce jour il n’y a pas encore de moyen de guérir de la progéria.

Toutefois l’amélioration des conditions de vie des enfants est au cœur des préoccupations. Des équipes pluridisciplinaires sont requises afin de dispenser des soins de confort.

Depuis que le gène a été identifié, les regards remplis d’espoir sont tournés vers la thérapie génique. Les essais cliniques sont rares car avec un maximum de 250 cas dans le monde, il est difficile d’avoir des cohortes comprenant de nombreux participants. Pourtant l’équipe ayant découvert le gène a lancé une étude incluant une quinzaine d’enfants prenant une statine, un médicament prescrit contre le cholestérol et un biphosphonate qui est utilisé contre l’ostéoporose. Les résultats n’ont pas été couronnés de succès.

A savoir : Les statines sont prescrites pour faire baisser un taux de LDL-cholestérol trop élevé, et en fonction des facteurs de risque cardiovasculaires. Ces médicaments ont démontré qu'ils abaissent la mortalité, et diminuent la survenue d'accidents cardiovasculaires.

Les recherches ciblent la réduction de l’activité toxique de la progérine. Et parce que les protéines lamines sont impliquées dans d’autres pathologies, il n’est pas exclu qu’une autre découverte fortuite soit bénéfique au traitement de la progéria dans un avenir que tout le monde espère proche !

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Sources et notes

Auteur : Ladane Azernour-Bonnefoy, Généticienne

  • American Journal of Medical Genetics - Hutchinson–Gilford Progeria Syndrome - Review of the Phenotype Raoul C.M. Hennekam - Clinical and Molecular Genetics Unit, Institute of Child Health, Great Ormond Street Hospital, London, UK and Department of Paediatrics, Academic Medical Centre, Amsterdam, The Netherlands
  • Introduction biologique à la physiologie, J.-C Orsini, Editions Bréal
  • Etude du mécanisme de régulation de la sénescence et de p53 par la protéine SOCS1 – Viviane Calabrese
  • Inserm
  • Orphanet

Note de l'auteur : (L’usage du masculin a pour but d’alléger le texte sans préjudice pour la forme féminine.)



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