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Résistances bactériennes et antibiotiques

Publié par : rédaction Onmeda (02. novembre 2018)

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Nous en entendons souvent parler : ces bactéries multi-résistantes qui se développent à l'échelle planétaire au point d'inquiéter l'ensemble du corps médical qui craint de se retrouver confronté à des infections impossibles à traiter… Retour sur les raisons qui expliquent le développement de ces résistances et surtout, les armes dont nous disposons pour lutter contre ce phénomène préoccupant : du bon sens et le respect des règles d'hygiène de base.

Le Pr Vincent Jarlier, spécialiste en microbiologie et Directeur du Centre national de référence des mycobactéries et de la résistance des mycobactéries aux antituberculeux à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière dresse un état des lieux peu réjouissant des résistances bactériennes en France : "Nous arrivons à un point où le traitement de certaines infections, autrefois peu problématique, devient un véritable défi."

Il explique aussi que les spécialistes redoutent de se retrouver dans des impasses thérapeutiques, c'est-à-dire dans l'impossibilité totale de traiter ces infections. Selon lui, cela concernait potentiellement à court terme des maladies contagieuses comme la tuberculose ou les infections à gonocoques, mais aussi des infections non contagieuses et très fréquentes, comme les cystites ou certaines maladies respiratoires. Un risque attribué d'une part à l'augmentation des résistances et d'autre part au fait que l'on ne dispose pas ou très peu de nouveaux traitements antibiotiques.

Deux facteurs distincts mais synergiques

Comment expliquer ce développement planétaire de la résistance bactérienne ? "Il résulte de l'interaction de deux facteurs distincts mais synergiques : la pression de sélection et les transmissions croisées", résume le Pr Jarlier. La pression de sélection concerne l'usage massif d'antibiotiques. Chaque année, des tonnes d'antibiotiques sont ainsi utilisés en médecine humaine ou animale. Selon un processus de sélection naturelle, ces médicaments détruisent les germes sensibles et ne laissent subsister que les bactéries résistantes. Une fois cette sélection opérée, il faut un second facteur pour que la résistance se développe, c'est ce qu'on appelle la transmission croisée ou la diffusion de ces germes entre animaux, entre humains, entre animaux et humains, ou encore entre les humains, les animaux et la nature.

Éviter les prescriptions inutiles

Forts de ce constat, de quelles armes disposons-nous ? "Il faut d'abord réduire cette pression de sélection en limitant la prescription d'antibiotiques au minimum indispensable", insiste le Pr Jarlier. Cela passe par l'éducation du corps médical au bon usage des antibiotiques, mais aussi de la population générale. La pression exercée par certains patients auprès de leur pédiatre ou médecin traitant pour obtenir une prescription d'antibiotiques est, selon le spécialiste, une réalité qu'il ne faut pas nier. L'effort doit être fait des deux côtés. La grande majorité des infections les plus fréquentes en ville sont virales, que ce soit les infections ORL (angines, rhinopharyngites) ou digestives (gastro-entérites). Pourtant, faut-il le rappeler, les antibiotiques sont inactifs sur les virus et ne sont justifiés qu'en cas de surinfection bactérienne.

Des règles d'hygiène pour limiter la diffusion des bactéries résistantes

L'autre arme dont nous disposons pour limiter la diffusion des bactéries résistantes consiste à mettre en place des règles d'hygiène à l'hôpital, en ville, au sein des familles et des collectivités, ainsi que dans les élevages animaux. "Il faut aussi mener une réflexion sur le traitement des eaux usées, car le gros de la résistance bactérienne se situe au niveau de la flore fécale, qui est l'usine génétique de fabrique de la résistance", souligne le spécialiste. A l'hôpital, cela concerne toute l'organisation mise en place pour isoler les malades infectés par des bactéries résistantes et éviter les contaminations croisées. En ville, cette hygiène de base repose avant tout sur le lavage des mains en arrivant chez soi, en sortant des toilettes, avant un repas ou une préparation de repas. Cela concerne aussi la qualité de ce nettoyage : le spécialiste nous explique qu'il ne fallait pas utiliser une savonnette qui trempe dans de l'eau croupie, mais un savon propre ou un savon liquide ! Même chose pour l'essuie-main qui doit être jetable ou changé régulièrement.

Évitez les contaminations en suivant des règles d'hygiènes. Il ne faut pas oublier de laver ses mains régulièrement.   © Jupiterimages/PhotoDisc

Évitez les contaminations en suivant des règles d'hygiènes. Il ne faut pas oublier de laver ses mains régulièrement.

Attention aux bactéries résistantes à l'étranger !

Autre point essentiel : bien respecter les conseils d'hygiène lors d'un voyage à l'étranger. Les bactéries résistantes sont devenues légions dans de nombreux pays très prisés des touristes : Inde et Asie en général, pourtour sud-méditerranéen ou Proche-Orient. Les mêmes mesures d'hygiène vont protéger le voyageur de maladies tropicales et lui éviter de revenir porteur de bactéries résistantes.

Les fameuses bactéries BHRe (Bactéries hautement résistante) ultra résistantes restent encore rares en France. "Prendre en charge les patients atteints d'infections causées par ces germes est un véritable défi", note le Pr Jarlier. Lorsque l'on a vu apparaître dans les premières publications les cas des BHRe rapportées notamment par des voyageurs, nous avons compris que nous allions devoir faire face à un problème de très grande ampleur."

En bref, les bonnes règles à adopter pour limiter le développement des résistances bactériennes :

1. Faire confiance à son médecin et respecter sa prescription, surtout lorsque celle-ci ne comporte pas d'antibiotiques (et ne pas aller voir un autre médecin pour en obtenir !).

2. Pas d'auto-prescription : ne pas utiliser soi-même des antibiotiques sans avis médical : l'antibiothérapie prescrite chez un malade pour une infection donnée n'a rien à voir avec celle que l'on pourrait prescrire chez une autre personne, voire chez ce même malade à une autre occasion.

3. Respecter les règles d'hygiène de base à la maison comme en collectivité : lavage soigneux des mains en sortant des toilettes ou avant un repas, utilisation de solution hydro-alcoolique en cas de rhume ou de gastroentérite, port éventuel d'un masque etc…

4. Bien suivre les conseils d'hygiène lors d'un voyage à l'étranger pour éviter de revenir porteur d'un germe résistant.



Auteur : Charlotte Delloye